Polisario, l’impasse mise à nu

Par Sanae El Amrani
Il y a des moments où la géopolitique cesse d’être un jeu de patience pour devenir un miroir impitoyable. Le Polisario se trouve aujourd’hui face à ce miroir. Après cinq ans de mise en scène militaire, nourrie de communiqués grandiloquents et d’illusions martiales, les séparatistes et leur parrain algérien sont brusquement ramenés vers le terrain qu’ils redoutaient le plus : celui d’un processus politique encadré, sérieux et placé sous la pression accrue de Washington et du Conseil de sécurité. Ce revirement n’est pas un choix. C’est une contrainte imposée par la réalité.
La résolution 2797 a replacé le dossier du Sahara dans son véritable cadre. Les grandes capitales ne se laissent plus distraire par les récits fabriqués à Tindouf. Elles privilégient la stabilité régionale et la crédibilité des propositions. Dans ce paysage, le plan d’autonomie défendu par le Maroc apparaît non seulement comme réaliste, mais comme le seul socle viable capable d’éviter une nouvelle zone de tension dans la région. L’agitation militaire mise en scène par les séparatistes semble désormais appartenir à un autre temps, tant elle est devenue sans effet face à la capacité marocaine de contrôle du terrain.
La tentative d’incursion près de Smara en est l’illustration la plus récente. Une opération préparée depuis la zone mauritanienne, appuyée par deux véhicules équipés de roquettes, a été immédiatement neutralisée par les Forces armées royales grâce à leur système de surveillance aérienne et aux drones de frappe qui assurent désormais un contrôle total de la zone. Les allégations du Polisario, prétendant avoir capturé des soldats marocains ou réalisé une opération d’envergure, n’ont résisté ni aux faits ni aux recoupements médiatiques. Leur multiplication sur les réseaux sociaux montre surtout une nécessité interne de sauver la façade, d’alimenter une mobilisation devenue difficile dans les camps de Tindouf, et de masquer les échecs répétés sur le terrain.
Dans ce contexte, la direction du Polisario traverse une zone de turbulences. Les voix discordantes s’élèvent, la stratégie belliciste ne convainc plus, et les jeunes générations des camps s’impatientent. La pression américaine ajoute une dimension décisive. Washington exige la reprise d’un processus politique crédible et refuse que les discussions restent otages de l’obstruction imposée par Alger. Les séparatistes ont même posé comme condition que les États-Unis ne puissent pas accueillir la prochaine table ronde, signe manifeste d’un malaise face à une médiation jugée trop contraignante. La marge de manœuvre se réduit, et l’ouverture annoncée n’est qu’un aveu involontaire de faiblesse stratégique.
La question n’est donc plus de savoir si le Polisario veut négocier, mais s’il peut encore se permettre de refuser. L’impasse dans laquelle il s’est enfermé tourne désormais contre lui. Le Maroc, de son côté, avance avec une vision claire, appuyée par un réseau diplomatique solide, un ancrage africain réaffirmé et des partenariats internationaux qui consolident le sérieux de son approche. Le contraste est saisissant. Il écrase les illusions entretenues pendant des années autour d’une stratégie de tension devenue impossible à soutenir, moralement comme politiquement.
La réponse apportée par les dirigeants du Polisario façonnera les prochains mois.
Elle dira si le mouvement est capable de sortir de la logique irréaliste qui l’a figé depuis cinq ans ou s’il continuera à agiter des mirages militaires pour masquer une perte d’influence désormais visible à l’échelle internationale. Ce qui est certain, c’est que le temps des récits fabriqués s’achève. Celui de la responsabilité politique s’impose. La scène internationale n’attendra plus.

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