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Pluie et sécurité hydrique

Par Yassine Andaloussi


Après sept années consécutives de sécheresse, le Maroc traverse une phase climatique plus favorable, marquée par des précipitations significatives qui redonnent un souffle aux ressources hydriques du pays. Cette évolution, attendue depuis longtemps, intervient dans un contexte de forte tension sur l’eau, où les effets cumulés du changement climatique, de la croissance démographique et de la pression agricole ont mis en évidence la fragilité du modèle hydrique national. Si ces pluies constituent un signal positif, elles rappellent aussi l’ampleur des défis structurels auxquels le Royaume demeure confronté.

Durant plusieurs années, la raréfaction des précipitations a lourdement affecté les barrages, réduisant leurs capacités de stockage à des niveaux préoccupants. L’agriculture, pilier essentiel de l’économie nationale, a été particulièrement touchée, tout comme l’approvisionnement en eau potable dans plusieurs régions. Les autorités ont dû recourir à des mesures d’urgence, allant de la rationalisation de l’irrigation à la limitation de certains usages, révélant ainsi la nécessité d’une gestion plus durable et anticipative de la ressource hydrique.

Les précipitations enregistrées récemment ont permis d’amorcer une amélioration progressive de la situation. Selon les données disponibles au 23 décembre, plusieurs barrages stratégiques ont connu une hausse notable de leurs réserves. Le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah, principal réservoir alimentant Rabat et Casablanca, a vu son stock augmenter de près de 14,8 millions de mètres cubes, portant son taux de remplissage à plus de 81 %. Le barrage Al Wahda, l’un des plus importants du Royaume, a enregistré une hausse équivalente pour atteindre environ 42 % de remplissage. De son côté, le barrage Oued El Makhazine, dans le nord du pays, a dépassé les 73 %, tandis que le barrage Ahmed El Hansali, bien que toujours en situation fragile, a connu une progression atteignant près de 17 %.

À l’échelle nationale, les réserves totales d’eau stockées dans les barrages ont dépassé les 5,7 milliards de mètres cubes à la fin du mois de décembre, contre environ 5,4 milliards une semaine auparavant. En quelques jours seulement, les apports ont ainsi dépassé les 300 millions de mètres cubes, faisant progresser le taux de remplissage global autour de 34 %. Ces chiffres témoignent d’une amélioration réelle, mais encore insuffisante pour combler les déficits accumulés au cours des dernières années.

Cette situation rappelle, par sa symbolique, le récit de la sourate Youssouf, dans lequel l’Égypte traverse sept années de disette avant d’entrer dans une phase d’abondance grâce à une gestion rigoureuse et anticipée des ressources. L’enseignement de ce récit trouve aujourd’hui un écho particulier dans le contexte marocain, l’abondance ponctuelle ne garantit pas la sécurité à long terme si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie claire, fondée sur la prévoyance et la rationalité.

C’est dans cette optique que s’inscrivent les grands projets structurants lancés ces dernières années, notamment les « autoroutes de l’eau ». Ces infrastructures visent à transférer les excédents hydriques des bassins les mieux dotés vers les régions structurellement déficitaires, afin d’assurer une répartition plus équitable de la ressource à l’échelle nationale. Elles constituent un levier central de la politique hydrique du Royaume, aux côtés du dessalement de l’eau de mer et de la réutilisation des eaux usées traitées.

Toutefois, ces efforts infrastructurels ne suffiront pas à eux seuls. La durabilité de la politique de l’eau repose également sur l’évolution des comportements, la réduction du gaspillage et l’adoption de pratiques plus économes, notamment dans le secteur agricole qui demeure le principal consommateur d’eau. La sensibilisation des citoyens, la modernisation des systèmes d’irrigation et l’amélioration de la gouvernance locale sont autant de conditions nécessaires pour renforcer la résilience hydrique du pays.

Les pluies récentes constituent ainsi une opportunité à ne pas surestimer, mais à exploiter intelligemment. Elles offrent un répit, mais rappellent surtout que la question de l’eau ne peut plus être traitée dans l’urgence ou l’improvisation. Elle exige une vision de long terme, fondée sur l’anticipation, l’équilibre territorial et la responsabilité collective. À ce titre, le Maroc se trouve aujourd’hui à un moment charnière, celui où la gestion de l’eau doit passer d’une logique de réaction à une véritable stratégie de résilience durable.


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