[ after header ] [ Mobile ]

[ after header ] [ Mobile ]

Pharmaciens en colère : La confiance brisée avec la tutelle

LA VÉRITÉ


La colère des pharmaciens s’est exprimée avec force à Rabat le 9 septembre 2025 lors d’un rassemblement qui a réuni plusieurs milliers de professionnels venus de toutes les régions. Devant le ministère de la Santé, les protestataires ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une série de promesses non tenues de la part du ministre Amine Tahraoui. Après plus de trois années de travail au sein de commissions mixtes et de réunions censées déboucher sur des réformes structurantes, aucune mesure concrète n’a été appliquée et la profession se dit aujourd’hui abandonnée par les pouvoirs publics.

Les pharmaciens rappellent qu’ils exercent toujours sous l’empire d’un dahir datant de 1922, un cadre juridique dépassé qui n’a pas été révisé malgré les engagements répétés des responsables gouvernementaux. L’ordre national des pharmaciens, qui devait constituer une véritable instance de régulation professionnelle, est toujours paralysé faute de textes d’application. Cette stagnation législative et réglementaire empêche la profession d’évoluer et prive le pays d’une organisation moderne de la distribution du médicament.

La réforme du système de fixation des prix des médicaments, adoptée récemment par décret, a cristallisé la rupture. Présentée par le ministère comme une mesure de rationalisation et de transparence, elle est vécue par les pharmaciens comme un coup porté à leur survie économique. Ils affirment n’avoir jamais eu accès à une version du texte avant son adoption et dénoncent un processus mené sans concertation réelle. En l’absence de mesures d’accompagnement, cette réforme risque de fragiliser l’équilibre financier des officines, déjà affaibli par l’érosion des marges, la hausse des charges et la multiplication des contraintes fiscales.

Dans les slogans scandés au sit-in, la profession a mis en garde contre une crise sanitaire à venir. Selon ses représentants, près de quatre mille pharmacies sont aujourd’hui menacées de faillite, ce qui aurait pour conséquence directe de réduire drastiquement l’accès au médicament, notamment dans les zones rurales et les quartiers populaires. Au-delà de la dimension sociale et économique, c’est la souveraineté médicamenteuse du pays qui est en jeu. La pénurie de certains produits essentiels est déjà une réalité et pourrait s’aggraver si les officines venaient à fermer en masse.

Les pharmaciens réclament également l’élargissement de leurs prérogatives, en particulier le droit de substitution qui permettrait de délivrer des génériques en cas d’indisponibilité d’un médicament de marque, et l’autorisation d’assurer certains actes de santé de première ligne. Ils considèrent que ces réformes, appliquées dans de nombreux pays, renforceraient leur rôle dans le système de santé et amélioreraient la couverture médicale de la population.

La crise actuelle révèle une fracture profonde entre le ministère et un corps professionnel qui se sent trahi et marginalisé. Les pharmaciens rappellent qu’ils constituent un maillon essentiel de la chaîne de soins, directement au contact des citoyens, et que leur fragilisation menace l’équilibre de l’ensemble du système. Si l’autorité sanitaire ne répond pas rapidement par des mesures concrètes et un dialogue sincère, la tension pourrait s’amplifier et déboucher sur une paralysie durable. Pour les pharmaciens, l’heure n’est plus aux promesses, mais à des décisions fermes pour sauver un secteur vital et restaurer la confiance perdue.


À lire aussi
commentaires
Loading...
[ Footer Ads ] [ Desktop ]

[ Footer Ads ] [ Desktop ]