Permis d’habiter : la fin des passe-droits dans l’urbanisme marocain
Le ministère de l’Intérieur impose de nouvelles règles strictes pour garantir la transparence, responsabiliser les élus et protéger le paysage urbain
LA VÉRITÉ
Dans un pays où l’urbanisme reflète autant la vitalité économique que l’image moderne du territoire, le gouvernement vient de marquer un tournant décisif. Le ministère de l’Intérieur impose désormais une règle stricte : les autorités ne délivreront les permis d’habiter et certificats de conformité qu’après l’achèvement complet des chantiers. Une mesure forte, qui met fin à des pratiques jugées trop laxistes et qui entend replacer la rigueur au cœur de la gouvernance urbaine.
L’esprit de la réforme est sans équivoque : s’assurer que les projets immobiliers respectent scrupuleusement les plans autorisés et que les finitions – façades, alignements, aspects esthétiques – répondent aux normes définies. Les architectes, acteurs centraux du processus, ne pourront plus émettre leurs attestations de fin de travaux que sur la base d’un achèvement complet et conforme. Cette exigence, inscrite dans le cadre juridique du décret n° 2.13.424 relatif au règlement général de construction, redonne à la profession un rôle de garant et non plus de simple accompagnateur.
Les rapports adressés à l’administration centrale ont mis en lumière une réalité préoccupante : trop de chantiers restent inachevés, parfois durant des années, au détriment du cadre de vie des riverains et de la qualité esthétique des villes. Ces « coquilles vides », visibles le long des grands axes et au cœur des centres urbains, portent atteinte à l’attractivité des quartiers et ouvrent la voie à des modifications illégales échappant à tout contrôle technique.
Derrière cette décision se dessine une volonté politique assumée : rompre avec la logique du « rente des autorisations ». En responsabilisant les élus locaux et en sanctionnant déjà certains responsables pour leurs manquements, l’État entend instaurer une culture de la transparence et de la redevabilité. L’urbanisme n’est plus une affaire de passe-droits mais un pilier stratégique du développement national.
L’enjeu dépasse la seule conformité administrative. Il s’agit de renforcer l’image du Maroc à travers la qualité de ses paysages urbains, en particulier dans les grandes métropoles et les pôles touristiques, véritables vitrines du pays sur la scène internationale. Une avenue moderne et bien achevée, un quartier harmonieux, une façade soignée : autant de détails qui façonnent la perception d’un territoire attractif et fiable.
La réussite de cette politique dépendra de sa mise en œuvre concrète, notamment dans les villes à forte croissance démographique et dans les destinations touristiques. Mais le signal est fort : le Maroc ne tolérera plus que ses villes soient défigurées par des chantiers éternellement en suspens. Entre rigueur réglementaire et exigence esthétique, le certificat d’habitabilité devient désormais l’ultime garantie de la conformité, et non un simple document administratif délivré par habitude.
Suivez les dernières actualités de Laverite sur Google news