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Maroc-Corée : Séoul accélère sur le CEPA et voit dans le Royaume un hub industriel stratégique

La Vérité


Le Maroc s’impose progressivement dans la nouvelle stratégie commerciale de la Corée du Sud. Séoul prévoit d’engager ou de relancer en 2026 des discussions commerciales avec sept partenaires, dont le Royaume. Cette dynamique intervient alors que les deux pays préparent un partenariat économique global destiné à renforcer les échanges, les investissements et l’intégration industrielle.

La relation économique entre le Maroc et la Corée du Sud entre dans une nouvelle phase. Alors que les tensions commerciales et géopolitiques poussent les grandes économies à revoir leurs chaînes d’approvisionnement, Séoul cherche de nouveaux partenaires capables de lui offrir à la fois des débouchés commerciaux et des plateformes industrielles.

Dans cette recomposition, le Maroc occupe une place de plus en plus importante. Le Royaume figure parmi les sept partenaires avec lesquels la Corée du Sud prévoit d’engager ou de reprendre des discussions commerciales en 2026. La liste comprend également l’Égypte, l’Argentine, l’Uruguay, le Mercosur, le Mexique et la Tanzanie. Cette orientation, communiquée par le ministère sud-coréen du Commerce, de l’Industrie et des Ressources, confirme la volonté de Séoul de diversifier ses partenariats et de réduire son exposition aux risques liés à la concentration des échanges et des chaînes de production.

Le CEPA au cœur du rapprochement

Pour le Maroc, l’enjeu dépasse toutefois l’ouverture de nouvelles négociations commerciales. Les deux pays travaillent déjà sur un Comprehensive Economic Partnership Agreement (CEPA), appelé à donner un nouveau cadre aux relations économiques bilatérales.

Le dossier a connu une accélération ces derniers mois. Le 6 mai 2026, le ministre sud-coréen chargé du Commerce, Yeo Han-koo, avait fait part à Omar Hejira, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, de la volonté de Séoul d’avancer rapidement vers la conclusion de cet accord. Quelques semaines plus tard, la visite de Yeo Han-koo au Maroc, les 11 et 12 juin, a permis de franchir une nouvelle étape. Le responsable sud-coréen a rencontré plusieurs responsables marocains ainsi que des représentants d’entreprises coréennes implantées dans le Royaume.

À cette occasion, Rabat et Séoul ont convenu de mettre en place un groupe de travail réunissant des directeurs généraux. Sa mission consiste à structurer les consultations techniques et à préparer l’ouverture des négociations formelles du CEPA. Cette décision marque un changement de rythme. Les relations maroco-coréennes passent progressivement d’un rapprochement essentiellement diplomatique à une coopération économique plus structurée.

Le Maroc, plateforme entre trois marchés

L’intérêt de Séoul pour le Maroc s’explique également par la position géographique du Royaume. Situé à proximité de l’Europe et disposant d’un accès privilégié aux marchés africains et méditerranéens, le Maroc offre aux entreprises asiatiques une plateforme permettant de produire localement et de réexporter. Le réseau d’accords commerciaux du Royaume renforce encore cet avantage. Pour les groupes industriels coréens, l’objectif n’est donc plus seulement de vendre leurs produits au Maroc. Il consiste aussi à y installer des capacités de production destinées à servir plusieurs marchés.

Cette logique correspond à une transformation profonde des stratégies industrielles mondiales. Les entreprises cherchent désormais à diversifier leurs implantations, à rapprocher leur production des marchés finaux et à sécuriser leurs approvisionnements. Sur ce terrain, le Maroc dispose de plusieurs atouts : infrastructures logistiques, proximité européenne, accès au marché africain et développement d’un tissu industriel intégré aux chaînes de valeur internationales.

Les batteries et le ferroviaire en première ligne

Cette évolution se traduit déjà par des projets industriels concrets. Lors de sa visite au Maroc, Yeo Han-koo s’est notamment intéressé aux investissements coréens engagés ou envisagés dans le Royaume. Le projet de Hyundai Rotem visant la construction d’une usine consacrée aux trains électriques figure parmi les dossiers évoqués. À cela s’ajoute l’investissement de LG Energy Solution dans une raffinerie de lithium destinée à soutenir l’industrie des batteries.

Ces projets illustrent le changement d’échelle de la coopération. Le Maroc apparaît désormais comme davantage qu’un marché pour les produits coréens : il devient une base industrielle susceptible de participer directement aux chaînes de valeur mondiales. Le secteur des batteries revêt, à cet égard, une importance particulière. Il se situe au croisement de plusieurs priorités de l’industrie coréenne : véhicules électriques, stockage de l’énergie, sécurisation des matières premières et transition énergétique. Pour Séoul, une implantation industrielle au Maroc permettrait de diversifier certaines étapes de production tout en rapprochant les entreprises coréennes des marchés européens et africains.

Une relation appelée à changer de dimension

La Corée du Sud multiplie parallèlement les discussions commerciales avec d’autres partenaires, notamment la Thaïlande, le Pakistan, l’Inde, l’ASEAN, Singapour et la Chine. Cette offensive répond à une même nécessité : diversifier les débouchés et renforcer la résilience d’une économie fortement dépendante du commerce extérieur. Dans cette stratégie, le Maroc présente une configuration particulière. Le Royaume réunit un marché intérieur, une base industrielle, une plateforme d’exportation et une porte d’entrée vers plusieurs marchés africains et européens. Le futur CEPA pourrait ainsi dépasser le simple cadre des droits de douane et de l’accès aux marchés. Il pourrait englober l’investissement, la coopération industrielle, les chaînes d’approvisionnement, les technologies, la transition énergétique et le développement de nouvelles filières.

Pour Rabat, l’enjeu sera surtout de transformer l’intérêt croissant des industriels coréens en investissements à plus forte valeur ajoutée. Le transfert de technologies, la localisation de certaines activités et l’intégration des entreprises marocaines dans les chaînes de sous-traitance pourraient constituer des priorités. Pour Séoul, le Maroc offrirait en retour un ancrage industriel supplémentaire au sud de la Méditerranée, avec une proximité immédiate de l’Europe et un accès à un continent africain en pleine transformation économique.

Au final, le futur CEPA Maroc-Corée pourrait devenir bien davantage qu’un accord commercial. Il pourrait servir de levier à une nouvelle étape du partenariat bilatéral, fondée sur l’investissement, l’industrie et la maîtrise des chaînes de valeur.


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