PAM : l’alternative de la majorité ?
Après cinq ans au cœur de la coalition gouvernementale, le PAM ne veut plus seulement participer au pouvoir : il veut le conduire. Direction collégiale, ministres candidats, arrivée de Fouzi Lekjaa et programme à 350 milliards de dirhams, le parti joue sa première place sur sa capacité à assumer son bilan et à crédibiliser sa promesse de changement.

Par Sanae El Amrani
Le PAM entre dans les élections du 23 septembre avec une formule qui résume son principal argument et sa première difficulté : il demande aux Marocains de lui donner sa chance. Le parti rappelle qu’il a exercé des responsabilités gouvernementales sans jamais présider l’exécutif. Cette distinction lui permet de proposer une autre orientation. Elle l’oblige également à préciser ce que la présidence du gouvernement changerait dans ses décisions.
Depuis 2021, le Parti authenticité et modernité participe à la majorité conduite par le Rassemblement national des indépendants. Il a soutenu les lois de finances, défendu les textes adoptés par la coalition et dirigé plusieurs départements importants. Ses ministres ont exercé dans la justice, l’habitat, la culture, l’enseignement supérieur, l’énergie et l’emploi. Le PAM a donc gouverné pendant cinq ans, avec une responsabilité directe sur ses ministères et une responsabilité collective sur les politiques de la majorité.
Mohamed Mehdi Bensaid l’a reconnu le 8 septembre sur 2M : le parti assume cette expérience avec ses résultats positifs et négatifs. Il affirme aussi que le PAM a présenté, dans les instances de la coalition, des observations et des propositions qui n’ont pas toujours été retenues. Cette déclaration précise la défense du parti, mais appelle des faits : quelles mesures a-t-il proposées, quels arbitrages a-t-il contestés et quelles décisions aurait-il prises s’il avait présidé le gouvernement ?
La fonction de chef du gouvernement donne une portée réelle à cet argument. Elle permet de fixer les priorités, de coordonner les ministres, d’organiser les compromis entre les partenaires et de préparer les principaux arbitrages budgétaires. Le PAM peut ainsi soutenir que la direction de plusieurs portefeuilles ne lui donnait pas la maîtrise de l’ensemble de l’action gouvernementale. Sa présence dans la coalition engage néanmoins sa responsabilité sur les décisions qu’il a soutenues jusqu’au terme de la législature.
Toute sa campagne consiste désormais à transformer cette différence institutionnelle en offre électorale. Le parti revendique les réformes auxquelles il a contribué, reconnaît la persistance des difficultés liées au pouvoir d’achat, à l’emploi et aux services publics, puis présente son programme pour 2027-2031 comme une modification des priorités et du rythme d’exécution.
La compétition avec le RNI a progressivement gagné en intensité. Les divergences portent sur le bilan, le financement des promesses, l’utilisation des aides publiques, le recrutement des candidats et la composition de la prochaine majorité. Les deux formations continuent de gouverner ensemble tout en proposant désormais des lectures concurrentes de leur action commune.
Bensaid a confirmé la position exprimée par Fatima Ezzahra El Mansouri : si le RNI arrive en tête, le PAM ne se considère pas concerné par une nouvelle coalition conduite par lui. La déclaration engage davantage le parti qu’une simple rivalité de campagne. Elle signifie que le PAM demande la première place pour présider le gouvernement et envisage, en cas de victoire, une majorité construite selon un autre rapport de force.
Cette ambition repose sur une organisation inédite dans l’histoire du parti. Depuis 2024, le PAM est conduit par une direction collégiale composée de Fatima Ezzahra El Mansouri, Mohamed Mehdi Bensaid et Fatima Saâdi. Cette formule répartit les responsabilités entre trois dirigeants et permet de mobiliser plusieurs profils pendant la campagne. Une arrivée en tête imposerait toutefois le choix d’une seule personnalité pour exercer la fonction de chef du gouvernement.
L’article 47 de la Constitution prévoit que SM le Roi Mohammed VI nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Le PAM conduit pourtant sa campagne sans candidat officiellement désigné pour cette fonction. Bensaid estime que tout membre du Bureau politique peut légitimement nourrir cette ambition. Il a également exprimé le souhait de voir une femme accéder un jour à la présidence du gouvernement, une déclaration qui place naturellement El Mansouri parmi les principales possibilités.
L’arrivée de Fouzi Lekjaa a élargi le nombre de personnalités susceptibles de peser sur cette décision. Bensaid affirme qu’El Mansouri a elle-même conduit les consultations ayant abouti à son adhésion et rejette l’existence d’une rivalité entre eux. Lekjaa n’est pas candidat aux élections et ne siège pas dans la direction collégiale. Son entrée directe au Bureau politique et sa participation à la présentation du programme lui confèrent cependant une place centrale dans la campagne.
Son expérience de ministre délégué chargé du Budget renforce la crédibilité technique recherchée par le PAM. Elle rend également son positionnement plus exigeant. Fouzi Lekjaa participe depuis 2021 à la préparation et à l’exécution des finances publiques. Lorsqu’il critique l’efficacité de certaines dépenses ou défend les 350 milliards de dirhams annoncés par son parti, il intervient à la fois comme responsable du bilan budgétaire de la législature et comme défenseur d’une politique différente pour la suivante.
Le programme donne une traduction économique et sociale à cette ambition. Il comprend 5 pactes, 20 engagements et un effort financier additionnel de 350 milliards de dirhams sur cinq ans. Pouvoir d’achat, fiscalité, retraites, aide sociale, emploi, logement, santé, éducation, distribution agricole et sécurité stratégique composent une proposition qui associe intervention publique et accélération de la croissance.
La précision des chiffres expose le PAM à une vérification plus rigoureuse que les programmes formulés autour d’orientations générales. Chaque engagement appelle un coût, une source de financement, un calendrier et une administration capable de l’exécuter. La qualité technique du programme sera jugée à partir de cette cohérence, autant que de l’attractivité des mesures annoncées.
Le PAM demande ainsi de passer de la participation à la conduite. Il présente son expérience gouvernementale comme une préparation à la présidence, sa direction collégiale comme une capacité à travailler collectivement et l’arrivée de Lekjaa comme un renforcement de sa compétence économique. Le scrutin dira si ces trois arguments peuvent produire une autorité commune, une majorité cohérente et un programme applicable.
6 ministres, quels résultats ?
Le PAM présente six membres du gouvernement aux législatives. Trois exercent depuis 2021, trois ont rejoint l’exécutif après le remaniement de 2024. Leur candidature transforme le bilan ministériel en argument électoral et soumet chaque département à une évaluation distincte.
Fatima Ezzahra El Mansouri, Mohamed Mehdi Bensaid, Abdellatif Ouahbi, Azzedine El Midaoui, Hicham Sabiry et Adib Benbrahim porteront les couleurs du PAM dans les circonscriptions locales. Le parti choisit ainsi d’exposer directement une partie de son équipe gouvernementale au suffrage, alors que plusieurs autres membres de l’exécutif sortant ont renoncé à se présenter.

Ces 6 candidatures ne recouvrent pas la même durée d’exercice. El Mansouri, Bensaid et Ouahbi dirigent leurs départements depuis octobre 2021. El Midaoui, Sabiry et Benbrahim ont intégré le gouvernement lors du remaniement d’octobre 2024. Les 3 premiers répondent donc d’une législature presque complète. Les 3 autres peuvent être évalués sur leurs décisions, leur méthode et l’avancement des chantiers repris en cours de mandat.
Le bilan le plus directement quantifiable concerne l’habitat. Le programme d’aide directe au logement, piloté par El Mansouri et accompagné par Adib Benbrahim, dépassait 101 000 bénéficiaires au printemps 2026. Le dispositif a remplacé les avantages accordés aux promoteurs par une aide versée à l’acquéreur, de 70 000 ou 100 000 dirhams selon la valeur du logement. Le PAM en fait une illustration de sa conception de la politique sociale : financer directement le ménage plutôt que l’opérateur.
Le nombre de bénéficiaires établit une réalité. L’évaluation doit aussi porter sur les ménages restés en dehors du dispositif, la disponibilité de logements correspondant aux plafonds retenus, l’évolution des prix et la situation des bâtiments menaçant ruine. L’aide facilite l’achat pour une partie des familles, tandis que l’accessibilité du foncier, le coût de la construction et l’offre locative continuent de déterminer l’efficacité globale de la politique du logement.
À la Justice, Abdellatif Ouahbi présente un mandat marqué par une intense activité législative et par plusieurs confrontations avec les professions du secteur.
L’action d’Ouahbi s’inscrit dans un chantier de réformes qui dépend aussi de l’adhésion des professionnels de la justice. La mise en œuvre des peines alternatives, la réforme de la procédure civile et la loi relative à la profession d’avocat témoignent d’une volonté de transformation du système judiciaire. Les réactions des avocats, des greffiers et des adouls montrent cependant l’importance des tensions institutionnelles provoquées par certaines méthodes et dispositions.
La réforme de la Moudawana occupe une place particulière. Elle mobilise le ministère de la Justice, tout en relevant d’un processus politique, religieux et institutionnel plus large. À l’ouverture de la campagne, sa traduction législative reste attendue. Le bilan d’Ouahbi associe ainsi des textes adoptés, des réformes encore en cours et une relation tendue avec plusieurs acteurs judiciaires.
Mohamed Mehdi Bensaid défend, pour sa part, une politique centrée sur les industries culturelles et créatives, le jeu vidéo, les infrastructures de jeunesse, le cinéma et les mécanismes de soutien aux entreprises de presse. Son action a donné une place économique plus visible à la culture. L’évaluation portera sur les équipements effectivement ouverts, les emplois créés, l’accès des jeunes aux nouvelles infrastructures et la stabilité du modèle de financement proposé aux médias.
Azzedine El Midaoui a hérité de l’enseignement supérieur en octobre 2024, dans un contexte marqué par les tensions universitaires, la réforme des formations et le conflit avec les étudiants en médecine. Sa période d’exercice permet surtout d’évaluer la reprise du dialogue, l’exécution des décisions annoncées et l’adaptation des filières aux besoins de l’économie.
Hicham Sabiry, secrétaire d’État chargé de l’Emploi, porte une responsabilité plus récente. Bensaid a annoncé que l’amélioration des conditions de travail dans les zones industrielles figurerait parmi les premières mesures d’un gouvernement dirigé par le PAM. La proposition concerne directement un département déjà exercé par le parti. Elle ouvre donc une question immédiate : quelles mesures réglementaires, sociales ou contractuelles peuvent être engagées avant même le scrutin ?
Les 6 ministres candidats donnent au PAM des visages identifiables et une expérience de l’administration. Ils l’obligent aussi à individualiser son bilan. Chaque candidat devra distinguer les objectifs annoncés, les décisions prises, les réalisations achevées et les chantiers transmis au prochain gouvernement. La crédibilité du parti commence par cette reddition des comptes.
Pourquoi Fouzi Lekjaa ?
Fouzi Lekjaa participe à la campagne du PAM depuis le Bureau politique, et non depuis une circonscription. Son adhésion, officialisée le 25 juillet 2026, lui a pourtant donné une place centrale dans la présentation du programme, la défense de son financement et la confrontation avec le RNI. Le parti a choisi de faire de son expertise et de sa notoriété des arguments électoraux, tout en le préservant d’une élection personnelle le 23 septembre.
Ce recrutement répond d’abord à un besoin de crédibilité économique. Le PAM propose 350 milliards de dirhams de dépenses additionnelles sur cinq ans, une réforme profonde de l’impôt sur le revenu, un million d’emplois et plusieurs dispositifs destinés à soutenir le pouvoir d’achat. La solidité de ces engagements dépend de leur financement. En confiant leur présentation à l’actuel ministre délégué chargé du Budget, le parti associe son programme à l’un des responsables qui connaissent le mieux les recettes, les dépenses et les capacités d’arbitrage de l’État.

Fouzi Lekjaa possède une expérience construite au sein du ministère des Finances. Inspecteur des finances, ancien directeur du Budget, il exerce depuis octobre 2021 les fonctions de ministre délégué auprès de la ministre de l’Économie et des Finances. Il intervient dans la préparation de la loi de finances, la mobilisation des recettes et la détermination des enveloppes accordées aux différents départements. À cette compétence administrative s’ajoute une audience nationale acquise à la présidence de la Fédération royale marocaine de football, qu’il dirige depuis 2014.
Cette combinaison distingue son profil de celui d’un responsable recruté pour renforcer une liste locale. Le PAM mobilise Lekjaa comme concepteur, porte-parole économique et garant de la faisabilité de ses engagements. Son influence électorale sera donc appréciée à travers les résultats obtenus par les candidats du parti et la confiance accordée au programme qu’il défend.
Mohamed Mehdi Bensaid a précisé, le 8 septembre sur 2M, que cette adhésion avait été préparée à travers des consultations conduites par Fatima Ezzahra El Mansouri. Cette déclaration inscrit l’arrivée de Lekjaa dans une décision assumée par la coordination nationale. Son entrée directe au Bureau politique lui donne accès à l’instance chargée de définir les orientations du PAM, tout en maintenant la direction opérationnelle du parti entre les mains du trio formé par El Mansouri, Bensaid et Fatima Saâdi.
La répartition actuelle attribue ainsi à El Mansouri la coordination politique, aux ministres candidats la confrontation électorale dans leurs circonscriptions et à Lekjaa la défense des choix économiques. Cette organisation permet au PAM d’utiliser plusieurs formes de légitimité : celle des instances, celle du suffrage et celle de l’expertise. Elle ouvre également la compétition pour l’incarnation du pouvoir en cas de victoire.
Bensaid a déclaré que l’ambition de devenir chef du gouvernement restait ouverte à tout membre du Bureau politique. Il a, dans la même émission, exprimé le souhait de voir une femme accéder un jour à cette fonction, une déclaration qui renvoie directement au profil d’El Mansouri. Le PAM maintient ainsi plusieurs possibilités sans avoir procédé à une investiture officielle.
La Constitution laisse cette question ouverte. Son article 47 prévoit que SM le Roi Mohammed VI nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Le mandat parlementaire ne figure pas parmi les conditions posées par cet article. L’absence de candidature de Fouzi Lekjaa ne ferme donc pas juridiquement l’hypothèse de sa nomination si le PAM obtient la première place. Politiquement, une telle option confierait la conduite du gouvernement à une personnalité qui aurait participé à la campagne sans solliciter directement les suffrages dans une circonscription.
L’entrée de Lekjaa au PAM modifie aussi la relation entre les deux principaux partis de la majorité sortante. Ministre délégué auprès de Nadia Fettah, membre du Bureau politique du RNI, il défend désormais le programme économique du principal concurrent de son propre partenaire gouvernemental. La discussion sur les 350 milliards de dirhams a rendu cette situation particulièrement visible.
À Azilal, le 7 septembre, Lekjaa a opposé aux critiques du financement du programme les quelque 280 milliards de dirhams mobilisés, selon lui, durant la législature pour protéger le pouvoir d’achat. Cette comparaison répondait indirectement à Nadia Fettah, qui avait invité les partis à préciser leurs calculs. Elle sera déterminante à condition d’établir si les 280 milliards exécutés et les 350 milliards promis couvrent des dépenses comparables. La confrontation budgétaire place déjà les deux membres du même département ministériel dans deux stratégies électorales concurrentes.
La proposition de porter le SMIG à 5 000 dirhams a confirmé ce positionnement. À Dakhla, Lekjaa s’est déclaré prêt à défendre son application dès le Conseil de gouvernement suivant, transformant une promesse électorale avancée par plusieurs partis en test immédiat pour la majorité. L’ordre du jour publié pour la réunion du 10 septembre ne comportait toutefois aucun texte relatif au salaire minimum. Le débat a alors porté sur le dialogue social, la compétitivité des entreprises et la répartition des responsabilités au sein de l’exécutif.
Cette double appartenance à l’équipe gouvernementale et à une formation qui promet une autre politique constitue le principal enjeu de son arrivée. Son expertise renforce le PAM précisément parce qu’elle provient du centre de la décision budgétaire actuelle. Elle l’oblige aussi à préciser la part des choix qu’il a défendus depuis 2021, les arbitrages qui relevaient des autres départements et les changements qu’il souhaite désormais conduire.
Le PAM a donc recruté davantage qu’une personnalité populaire. Il a intégré un responsable capable de chiffrer ses promesses, d’affronter le RNI sur le terrain budgétaire et de revendiquer demain un rôle gouvernemental majeur. Sa place exacte après le 23 septembre dépendra du résultat du parti, de la décision de ses instances et des négociations autour de la future majorité. Pour l’heure, Fouzi Lekjaa occupe une position singulière : il engage son autorité dans la campagne, tandis que les candidats du PAM engagent leur mandat dans les urnes.
350 milliards sous conditions
Le PAM chiffre ses engagements à 350 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires entre 2027 et 2031, soit une moyenne de 70 milliards par an. Ce montant donne une dimension concrète au programme et permet d’examiner ensemble les mesures sociales, les investissements annoncés et les ressources destinées à les financer.
Le plan présenté par le parti repose sur trois sources. La croissance économique, l’élargissement de l’assiette fiscale et l’intégration progressive d’activités informelles apporteraient 300 milliards de dirhams. Les collectivités territoriales contribueraient à hauteur de 40 milliards. Les gains d’efficacité dans la gestion publique compléteraient le financement par 10 milliards.

La première source représente 85,7 % de l’enveloppe totale. La contribution des collectivités correspond à 11,4 % et les économies de gestion à 2,9 %. La faisabilité des engagements dépend donc principalement des recettes fiscales produites par une économie plus dynamique et par l’augmentation du nombre de contribuables.
Le PAM retient une croissance annuelle moyenne de 5 %. Maintenu pendant cinq ans, ce rythme augmenterait le produit intérieur brut réel d’environ 27,6 % entre le début et la fin de la période. Le parti associe cette progression à un déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB et à une dette publique limitée à 62 % du PIB en 2031. Il s’engage ainsi sur trois résultats simultanés : financer de nouvelles dépenses, réduire le déficit et diminuer le poids de la dette dans l’économie.
Le Maroc a déjà enregistré des années de croissance supérieures à 5 %, notamment à la faveur de bonnes campagnes agricoles. La dernière séquence de cinq années ayant atteint une moyenne voisine de ce niveau remonte toutefois à la période 2006-2010. Depuis, les variations de la production agricole, les sécheresses successives, la crise sanitaire et les tensions internationales ont maintenu la croissance moyenne en dessous de ce seuil.
Les prévisions pour 2026 illustrent cette incertitude. Bank Al-Maghrib a anticipé une croissance supérieure à 5 %, soutenue par la reprise agricole, tandis que la Banque mondiale a retenu une estimation de 4,2 %. La banque centrale envisage ensuite un ralentissement en 2027 dans l’hypothèse d’une campagne agricole moyenne. Le scénario du PAM suppose donc que l’industrie, les services, l’investissement privé et les exportations prennent durablement le relais des variations agricoles.
Le rendement fiscal attendu devra également être précisé. Les 300 milliards annoncés représentent une moyenne de 60 milliards de dirhams de ressources supplémentaires par an. Une partie proviendrait mécaniquement de l’augmentation de l’activité, de la consommation et des bénéfices des entreprises. Une autre dépendrait de la facturation électronique, du contrôle fiscal et de l’intégration de revenus actuellement déclarés de manière partielle ou exercés dans l’informel.
Ces recettes n’ont toutefois pas toutes la même nature. La croissance augmente les prélèvements sans modifier les taux. L’élargissement de l’assiette exige des dispositifs de contrôle, une identification des contribuables et une formalisation progressive des activités. Le rendement dépendra du calendrier d’application, du comportement des entreprises et de la capacité de l’administration fiscale à distinguer l’activité de subsistance de la fraude organisée.
La réforme de l’impôt sur le revenu ajoute une donnée essentielle au calcul. Le PAM propose de relever le seuil d’exonération à 15 000 dirhams bruts par mois, d’appliquer un taux de 10 % jusqu’à 46 000 dirhams et de ramener le taux marginal de 37 % à 20 %. Cette baisse doit soutenir la consommation et l’activité économique. Elle entraîne aussi une diminution immédiate des recettes prélevées sur les salaires et les autres revenus concernés. Le coût budgétaire devra apparaître dans le calcul global, avec une estimation du gain accordé à chaque catégorie de contribuables.
La composition des 350 milliards compte autant que leur montant. Une infrastructure représente une dépense limitée à sa construction, suivie de frais d’exploitation. Une hausse des pensions, une revalorisation de l’aide sociale ou un allègement fiscal créent une charge annuelle appelée à se poursuivre après 2031. Le programme devra donc distinguer les investissements temporaires des engagements permanents et indiquer le coût annuel atteint à la fin du mandat.
La contribution de 40 milliards demandée aux collectivités territoriales correspond à environ 8 milliards par an. Sa réalisation suppose de préciser la part supportée par les régions, les communes et les autres collectivités, ainsi que l’origine des ressources mobilisées. Une contribution prélevée sur des budgets existants implique une réorganisation des dépenses locales. Des recettes nouvelles exigeraient, pour leur part, une évolution de la fiscalité territoriale ou des transferts accordés par l’État.
Les 10 milliards attendus des gains d’efficacité représentent 2 milliards par an. Ce volet peut s’appuyer sur la numérisation des procédures, la rationalisation des achats et l’amélioration de l’exécution budgétaire. Sa crédibilité dépendra d’une base de calcul, d’un calendrier et de services précisément identifiés.
À Azilal, Fouzi Lekjaa a défendu la capacité de l’État à mobiliser cette enveloppe en rappelant que 280 milliards de dirhams avaient été consacrés, selon lui, au soutien du pouvoir d’achat durant la législature. La comparaison montre qu’un effort budgétaire de grande ampleur a déjà été réalisé. Elle appelle aussi une clarification du périmètre : les 280 milliards correspondent à des mesures exécutées dans un contexte de crises successives, tandis que les 350 milliards couvrent l’ensemble des engagements du PAM sur cinq ans. L’écart atteint 70 milliards, soit 25 %, mais les dépenses comparées poursuivent des objectifs différents.
Le RNI a, de son côté, chiffré son programme à 224 milliards de dirhams, environ 45 milliards par an. L’écart avec le PAM atteint 126 milliards sur la durée du mandat. Cette différence traduit deux niveaux d’engagement, mais elle doit être examinée à partir de catégories identiques : dépenses nouvelles, avantages fiscaux, investissements déjà programmés, contributions locales et charges permanentes.
Le PAM a rendu publique l’enveloppe globale. La prochaine précision attendue concerne sa programmation annuelle : le coût de chaque mesure, la recette correspondante et l’ordre de priorité. Avec une croissance inférieure à 5 %, le futur gouvernement devrait décaler certaines mesures, mobiliser d’autres ressources ou revoir la trajectoire du déficit et de la dette. Les 350 milliards placent le parti devant un engagement précis : présenter les arbitrages qui permettraient de maintenir ses priorités lorsque les recettes s’écartent des prévisions.
Pouvoir d’achat : qui gagne, qui paie ?
Le pouvoir d’achat occupe la première place dans le programme du PAM. Cette priorité répond à une réalité plus large que l’évolution des salaires. Pour un ménage marocain, le revenu disponible dépend également du coût du logement, de l’alimentation, du transport, de la scolarité et des soins. Le recours à l’enseignement privé, l’épargne constituée pour faire face à une urgence médicale, les revenus informels et la solidarité familiale modifient fortement la situation réelle de foyers disposant pourtant de revenus comparables.
Le PAM intervient simultanément sur les revenus, la fiscalité et les prix. Il propose une réforme de l’impôt sur le revenu, une revalorisation des pensions et des aides sociales, une augmentation des rémunérations les plus faibles et une réduction des marges accumulées dans les circuits de distribution. Chaque mesure vise une catégorie différente et répartit son coût entre l’État, les entreprises et les contribuables.

La réforme de l’impôt sur le revenu constitue la proposition la plus immédiate pour les salariés déclarés. Le parti veut relever le seuil d’exonération à 15 000 dirhams bruts par mois, appliquer un taux de 10 % jusqu’à 46 000 dirhams et ramener le taux marginal de 37 % à 20 %. La retenue fiscale diminuerait dès l’entrée en vigueur du nouveau barème, augmentant directement le salaire net.
Le montant du gain progresserait toutefois avec le revenu imposable. Un salarié situé près du nouveau seuil bénéficierait de l’exonération, tandis qu’un cadre relevant aujourd’hui de la tranche supérieure obtiendrait une réduction plus importante en valeur absolue. Le passage de 37 % à 20 % concentre donc une part significative de l’avantage sur les revenus les plus élevés. Une évaluation par tranches de revenus permettrait d’établir la répartition exacte du gain fiscal entre les différentes composantes de la classe moyenne.
Le PAM défend cette orientation par son effet attendu sur la consommation. Le revenu conservé par les ménages serait dépensé dans le commerce, les services, le logement ou les loisirs, soutenant l’activité des petites et moyennes entreprises. Ce mécanisme dépend de la destination de l’argent disponible. Une consommation tournée vers des produits importés augmente moins la production nationale qu’une dépense réalisée auprès d’entreprises locales. Les revenus les plus élevés peuvent également orienter une partie de leur gain vers l’épargne.
Cette réforme concerne avant tout les personnes disposant d’un revenu déclaré. Les travailleurs informels, les chômeurs et les ménages situés sous le seuil actuel d’imposition tireraient peu d’avantages directs d’une baisse de l’impôt sur le revenu. Pour ces catégories, l’amélioration du niveau de vie passe davantage par l’emploi, les transferts sociaux et la baisse du coût des dépenses essentielles.
La structure actuelle de l’impôt ajoute une question d’équité. Les retenues opérées chaque mois sur les salaires procurent une part importante des recettes de l’impôt sur le revenu, alors que le rendement de plusieurs professions indépendantes reste inférieur à leur capacité contributive estimée. La réforme proposée gagnerait à associer l’allègement accordé aux salariés à une déclaration plus complète des revenus professionnels, locatifs et agricoles. L’objectif serait de déplacer une partie de la charge sans réduire durablement les moyens consacrés aux politiques sociales.
Le salaire minimum à 5 000 dirhams ouvre un second débat. Depuis janvier 2026, le salaire minimum légal dans les activités non agricoles s’établit autour de 3 423 dirhams bruts par mois sur la base de 191 heures. Le porter à 5 000 dirhams représenterait une augmentation de près de 46 %. Pour les salariés concernés, le gain serait substantiel. Pour les entreprises, cette hausse augmenterait également les cotisations sociales et les coûts associés aux grilles de rémunération.
Son impact varierait selon les secteurs. Les entreprises disposant de marges élevées pourraient absorber une partie de l’augmentation ou la compenser par des gains de productivité. Le textile, l’offshoring, certains services et les petites unités industrielles sont davantage exposés au coût du travail et à la concurrence. Une application progressive, négociée dans le cadre du dialogue social et accompagnée de mesures ciblées pour les secteurs les plus fragiles, permettrait de concilier la hausse des revenus avec la préservation de l’emploi formel.
La déclaration de Fouzi Lekjaa proposant de défendre les 5 000 dirhams dès le Conseil de gouvernement a déplacé la discussion vers l’exécution immédiate. Une revalorisation du salaire minimum relève d’un accord avec les partenaires sociaux et mobilise plusieurs départements. Elle ne constitue pas une dépense budgétaire ordinaire pour l’État : son coût initial est principalement supporté par les employeurs. Les finances publiques bénéficieraient ensuite de cotisations et de recettes fiscales supplémentaires, à condition que l’emploi déclaré progresse.
La troisième intervention concerne les prix alimentaires. Le PAM propose de créer six sociétés régionales de distribution agricole afin de réduire le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le détaillant. Il veut également conditionner certaines aides publiques à la réservation d’une partie de la production au marché national.
La réduction des marges suppose une connaissance précise du circuit suivi par chaque produit. Le nombre d’intervenants ne suffit pas à identifier une rente : certains assurent le transport, le tri, le stockage, le financement ou la prise en charge des pertes. La marge injustifiée apparaît lorsque la rémunération perçue dépasse le service réellement apporté ou lorsqu’un intermédiaire impose son passage sans créer de valeur identifiable.
Les futures sociétés régionales devront donc disposer de capacités de stockage, de transport et d’information sur les prix. Leur efficacité dépendra aussi du paiement rapide des producteurs. Les transactions agricoles s’effectuent souvent au comptant parce que l’agriculteur doit financer immédiatement la campagne suivante. Une structure publique offrant de la transparence mais réglant ses fournisseurs après plusieurs semaines laisserait aux intermédiaires privés leur principal avantage.
La traçabilité des transactions apporterait une donnée aujourd’hui insuffisante : le prix payé au producteur, les frais engagés à chaque étape et la marge réalisée avant la vente au consommateur. Cette information permettrait de distinguer une hausse liée au transport, aux pertes ou au stockage d’une augmentation provenant d’une position dominante. Elle servirait aussi à contrôler l’effet réel des aides et exonérations accordées aux producteurs ou aux importateurs.
Les mesures proposées ne profiteront donc pas aux mêmes ménages selon les mêmes délais. La baisse de l’impôt favorisera rapidement les revenus déclarés. Le relèvement du salaire minimum ciblera les salariés les moins rémunérés, avec un coût direct pour les entreprises. Les aides sociales atteindront les foyers enregistrés dans les dispositifs de ciblage. La réforme de la distribution cherchera à réduire le prix payé par l’ensemble des consommateurs.
Pour chaque ménage, le résultat tiendra à quatre données : le revenu supplémentaire obtenu, l’emploi conservé, le prix effectivement payé et le coût des services essentiels. Le PAM devra désormais chiffrer ces effets par catégorie de revenus afin d’établir qui bénéficiera de chaque mesure, qui la financera et dans quel délai.
Un million d’emplois, lesquels ?
Le PAM s’engage à créer un million d’emplois nets entre 2027 et 2031. Réparti sur cinq années, l’objectif représente une moyenne de 200 000 emplois supplémentaires par an. Le parti compte sur les investissements liés au Mondial 2030, l’industrie, l’agriculture, l’économie du sport et les services numériques à forte valeur ajoutée.
L’engagement porte sur des emplois nets. Le calcul devra donc retrancher les postes détruits dans l’agriculture, les activités fragilisées par la concurrence internationale et les métiers transformés par l’automatisation. Il devra également distinguer les créations nouvelles de la formalisation d’activités déjà exercées dans l’économie informelle. Les deux améliorent la protection sociale, mais seule la première augmente réellement le nombre total de personnes en emploi.

La mesure de départ a changé en 2026. Le Haut-Commissariat au Plan a remplacé son ancienne enquête par l’Enquête sur la main-d’œuvre. La nouvelle méthode considère comme emploi uniquement une activité exercée contre une rémunération ou en vue d’un profit. Elle exclut désormais certaines activités d’autoconsommation et adopte une définition plus stricte du chômage. Les résultats de 2026 ne peuvent donc être comparés directement aux anciennes séries sans rétropolation.
Cette évolution impose au PAM de fixer une année de référence et un indicateur précis. Le million d’emplois devra être suivi à partir du nombre total de personnes rémunérées, complété par leur statut, la durée du travail et l’accès à la protection sociale. Un emploi déclaré à temps plein, une activité saisonnière de quelques semaines et une microactivité individuelle produisent des effets très différents sur le revenu des ménages.
Au deuxième trimestre 2026, le chômage strict s’établissait à 9,5 %, selon la nouvelle enquête du Haut-Commissariat au Plan. Il atteignait 27,2 % chez les 15-24 ans. Leur taux de participation au marché du travail restait limité à 22,9 %, tandis que celui des femmes se situait à 18,1 %. Ces chiffres montrent que la création de postes devra aussi ramener vers l’emploi des personnes qui ont cessé d’en chercher.
La situation des jeunes sans emploi, sans études et sans formation constitue l’autre enjeu. Leur nombre atteint environ 1,5 million parmi les 15-24 ans. Une partie d’entre eux possède peu de qualifications, tandis que d’autres détiennent un diplôme qui correspond insuffisamment aux besoins des entreprises. Les dispositifs d’insertion devront donc associer accompagnement individuel, formation courte et engagement effectif d’embauche.
Les activités liées au Mondial 2030 peuvent produire rapidement des emplois dans le bâtiment, les transports, l’hôtellerie, la sécurité, l’événementiel et les services. Leur durée constitue cependant une donnée centrale. Les chantiers atteindront leur niveau le plus élevé avant la compétition, puis l’emploi se déplacera vers l’exploitation des infrastructures, le tourisme et les services urbains. Le programme devra préciser la part des postes appelés à se maintenir après 2030 et les reconversions prévues pour les travailleurs recrutés pendant la phase de construction.
L’industrie présente une capacité plus durable, particulièrement dans l’automobile, l’aéronautique, les équipements électriques, l’agroalimentaire et les nouvelles activités énergétiques. Le nombre d’emplois dépendra du contenu local des investissements et du recours aux fournisseurs marocains. Une usine fortement automatisée peut augmenter les exportations et la valeur ajoutée avec un effectif limité. La politique industrielle devra donc relier les avantages accordés aux investisseurs à des objectifs de formation, de sous-traitance locale et d’emploi déclaré.
Dans l’agriculture, la création d’emplois dépend de l’eau, de la transformation locale et de la capacité à stabiliser les activités saisonnières. L’investissement dans le stockage, la logistique et l’industrie agroalimentaire peut prolonger la durée du travail au-delà des périodes de récolte. La nouvelle définition statistique imposera aussi de séparer l’emploi rémunéré de la production destinée principalement à l’autoconsommation.
L’économie du sport constitue l’un des choix distinctifs du PAM. Les infrastructures, les clubs, la formation, les médias, le marketing, l’organisation d’événements et le tourisme sportif peuvent créer des activités dépassant le calendrier du Mondial. Leur développement exige toutefois des modèles économiques capables de financer les emplois après la période d’investissement public. La professionnalisation des clubs et l’exploitation commerciale des équipements feront partie des conditions de cette continuité.
Le numérique offre des perspectives dans l’externalisation de services, la cybersécurité, les données, le cloud et l’intelligence artificielle. La stratégie nationale prévoit déjà de former 200 000 diplômés aux compétences liées à l’intelligence artificielle et de créer 50 000 emplois spécialisés à l’horizon 2030. Le PAM propose pour sa part de former 5 000 encadrants et de mettre en place un dispositif national consacré à cette technologie.
L’intelligence artificielle transforme cependant les métiers que les jeunes occupent habituellement au début de leur carrière. Le traitement administratif, la rédaction standardisée, le service client, certaines tâches comptables et une partie du développement informatique peuvent désormais être exécutés plus rapidement avec des outils automatisés. Les entreprises continuent à recruter, mais recherchent davantage de profils capables de vérifier, d’organiser et d’exploiter le travail produit par ces systèmes.
Cette évolution modifie le contenu de la formation. Préparer uniquement des spécialistes de l’intelligence artificielle couvrirait une partie limitée des besoins. Les techniciens, les commerciaux, les comptables, les enseignants, les ingénieurs et les agents administratifs devront eux aussi apprendre à travailler avec ces outils. Le référentiel de compétences des établissements d’enseignement et de formation professionnelle devra évoluer au même rythme que les postes proposés par les entreprises.
L’expérience des programmes d’emploi montre également l’importance du suivi après l’embauche. Une subvention peut faciliter le premier contrat, tandis que la stabilité dépend de la productivité de l’entreprise, de ses débouchés et de la qualification du salarié. Le résultat devra être évalué à six mois, un an et trois ans afin de distinguer l’insertion durable de la succession de contrats aidés.
Le PAM promet un million d’emplois. La campagne doit maintenant préciser leur statut, leur durée, leur localisation et les compétences exigées. Ces quatre données détermineront la portée réelle de l’engagement pour les jeunes, les entreprises et les territoires.
38 nouveaux candidats, quel renouvellement ?
En présentant ses candidats aux élections du 23 septembre, le PAM a avancé trois chiffres qui renseignent sur sa stratégie électorale : 38 candidats porteront pour la première fois ses couleurs, sept femmes conduiront une liste dans une circonscription locale et 41 profils sont issus du monde des affaires. Cette composition associe ouverture du parti, recherche d’efficacité électorale et recrutement de compétences économiques.
Les 38 nouveaux candidats sont nouveaux au PAM. Cette qualification peut recouvrir des parcours très différents : une première candidature électorale, le passage d’une autre formation politique au PAM, le retour d’un ancien élu ou l’entrée d’un responsable territorial déjà expérimenté. Leur nombre mesure donc la capacité d’attraction du parti davantage qu’un renouvellement complet de la représentation politique.

Cette distinction concerne directement la cohérence de la campagne. L’arrivée de candidats sans expérience partisane peut élargir le recrutement vers la société civile, l’entreprise ou les professions organisées. Le ralliement d’élus déjà implantés apporte des réseaux locaux, une connaissance des circonscriptions et une capacité de mobilisation immédiate. Les deux catégories répondent à des objectifs différents et méritent d’être identifiées séparément.
Le PAM privilégie manifestement des candidatures capables d’obtenir rapidement des résultats. Dans plusieurs circonscriptions, ses choix portent sur des présidents de collectivités, des parlementaires, des responsables régionaux ou des personnalités disposant d’un ancrage professionnel important. Le renouvellement recherché conserve donc une forte dimension territoriale. Il repose autant sur la capacité à convaincre de nouveaux électeurs que sur la maîtrise des équilibres locaux.
La confrontation engagée avec le RNI confirme l’importance de ces réseaux. Le 9 septembre, Iâtimad Zahidi, responsable du RNI et présidente du Conseil préfectoral de Skhirat-Témara, a qualifié de « piratage » le passage de certains élus vers le PAM. Hicham Aïroud, membre du Bureau politique du PAM, lui a répondu en avançant que 700 élus communaux avaient effectué le trajet inverse en 2021. Ce chiffre demeure une affirmation partisane en l’absence d’une liste publique permettant de le vérifier.
L’échange révèle toutefois la nature du rapport de force. Le PAM et le RNI recrutent dans des espaces électoraux proches et recherchent des profils disposant déjà d’une implantation locale. Derrière chaque changement d’étiquette se trouvent des élus, des équipes de campagne, des relations avec les collectivités et une capacité à organiser le vote dans une circonscription. La bataille des candidatures porte donc sur le contrôle de ressources électorales constituées au fil de plusieurs scrutins.
La présence de sept femmes à la tête de listes locales apporte un autre indicateur. Fatima Ezzahra El Mansouri, Najwa Koukouss, Manal Badil, Imane Lamaoui, Hanan El Massi, Zineb Simo et Bouchra El Ouardi ont été investies dans des circonscriptions territoriales. Une tête de liste locale occupe une position déterminante puisque les sièges remportés sont attribués suivant l’ordre de présentation des candidats.
Ce choix offre à ces candidatures une portée politique supérieure à une présence limitée aux mécanismes électoraux réservés à la représentation féminine. Leur nombre reste cependant éloigné d’une répartition équilibrée parmi les têtes de liste. L’évaluation dépendra également de la compétitivité des circonscriptions confiées à ces candidates, des moyens de campagne mis à leur disposition et de leur place future dans le groupe parlementaire.
Les 41 profils issus du monde des affaires constituent le troisième élément marquant. Leur sélection correspond au positionnement économique recherché par le PAM et à sa volonté de présenter des candidats familiers de l’investissement, de l’emploi, du financement et de la gestion. Elle procure également au parti des personnalités disposant souvent d’une visibilité professionnelle et d’une implantation sociale dans leur territoire.
Cette présence importante appelle des exigences précises. L’expérience de l’entreprise devra se traduire par une contribution au travail législatif, au contrôle budgétaire et à l’évaluation des politiques publiques. La transparence des intérêts économiques, la prévention des conflits d’intérêts et le suivi de l’assiduité parlementaire permettront d’apprécier la valeur politique de ces recrutements.
Le choix des candidats livre finalement une première indication sur la manière dont le PAM entend exercer le pouvoir. Le parti privilégie une combinaison de responsables territoriaux, de nouvelles recrues, de femmes placées dans des circonscriptions locales et de dirigeants d’entreprise. Le véritable renouvellement apparaîtra dans le parcours des 38 nouveaux candidats, leur autonomie à l’égard des réseaux qui les ont soutenus et leur capacité à produire un travail parlementaire identifiable. Le 23 septembre dira combien d’entre eux auront élargi l’électorat du PAM et combien auront principalement déplacé vers lui des forces politiques déjà constituées.
Avec qui gouverner ?
Le PAM a placé la première position au centre de sa campagne. Cette ambition lui permettrait d’ouvrir le processus de formation du prochain gouvernement, mais elle ne lui assurerait pas à elle seule la capacité de gouverner. La Chambre des représentants compte 395 sièges. Une majorité stable en exige 198. Quel que soit son résultat le 23 septembre, le parti devra donc négocier avec plusieurs formations.
Le cadre constitutionnel fixe la première étape. Conformément à l’article 47 de la Constitution, SM le Roi Mohammed VI nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants, au vu de leurs résultats. La première place détermine donc le parti chargé de former une coalition. La composition de cette coalition dépend ensuite du nombre de sièges obtenu par chaque formation, de la compatibilité de leurs programmes et des accords conclus entre leurs directions.

Le scrutin de 2021 donne une indication sur l’ampleur de l’exercice. Le RNI avait obtenu 102 sièges, le PAM 87 et l’Istiqlal 81. Leur coalition réunissait 270 députés, soit une majorité particulièrement confortable. Même en conservant ses 87 sièges et en prenant la première place à la faveur d’une redistribution générale des résultats, le PAM aurait besoin de partenaires représentant au moins 111 sièges supplémentaires.
La relation avec le RNI constitue désormais le point le plus sensible. Après cinq années de gouvernement commun, les deux partis s’opposent sur le bilan, les candidatures, le financement des programmes et la capacité de chacun à conduire l’exécutif. Fatima Ezzahra El Mansouri a exprimé son refus de participer à une nouvelle majorité dirigée par le RNI si celui-ci arrivait en tête. Le 8 septembre, Mohamed Mehdi Bensaid a publiquement soutenu cette position en déclarant que le PAM ne serait pas concerné par une alliance avec le RNI dans cette configuration.
La portée exacte de cette déclaration mérite d’être précisée. Elle ferme la perspective d’un PAM reconduit comme partenaire d’un gouvernement dirigé par le RNI. Elle ne tranche pas explicitement le scénario inverse, celui d’un PAM arrivé en tête qui proposerait au RNI de rejoindre une coalition placée sous sa conduite. Aucune décision publiée du Bureau politique ou du Conseil national n’a, à ce stade, établi une exclusion générale de toute alliance entre les deux formations.
Cette distinction conserve une importance politique. Le PAM veut convaincre qu’il représente une autre orientation tout en partageant avec le RNI plusieurs priorités électorales : hausse du salaire minimum, soutien au pouvoir d’achat, aides sociales, investissement productif et création d’emplois. Les différences portent principalement sur l’ampleur des mesures, leur rythme d’application et leur financement. Le programme du PAM mobilise 350 milliards de dirhams sur cinq ans, contre 224 milliards de dépenses supplémentaires annoncées par le RNI selon un périmètre qui demande encore à être détaillé.
Une alliance dirigée par le PAM avec le RNI disposerait d’une cohérence économique sur plusieurs politiques publiques et préserverait la continuité de projets engagés depuis 2021. Elle placerait toutefois le PAM devant une difficulté électorale : expliquer pourquoi la formation qu’il critique pendant la campagne redeviendrait un partenaire central après le vote. La répartition des responsabilités et l’inscription des engagements prioritaires dans le programme gouvernemental deviendraient alors déterminantes.
L’Istiqlal occupe une place essentielle dans les autres configurations. Avec ses 81 sièges obtenus en 2021, il constituait la troisième force de la majorité sortante. Son implantation territoriale, son histoire gouvernementale et son propre programme social et économique en font un partenaire possible du PAM. Il possède également une ambition autonome pour la première place et négociera en fonction de son résultat, des portefeuilles proposés et de l’influence qui lui serait accordée dans la définition du programme gouvernemental.
Sur la base des résultats de 2021, une alliance limitée au PAM et à l’Istiqlal aurait réuni 168 sièges. Elle aurait nécessité l’appui d’une troisième formation. L’addition du PAM, de l’Istiqlal et de l’USFP aurait atteint 202 sièges, soit une majorité courte. Une coalition associant le PAM, l’Istiqlal et le Mouvement populaire serait restée à 196 sièges et aurait encore eu besoin d’un soutien complémentaire. Ces calculs servent uniquement de référence : le scrutin du 23 septembre établira un rapport de force différent.
Une majorité composée de trois ou quatre partis élargirait les possibilités arithmétiques tout en augmentant le nombre d’arbitrages. Chaque partenaire défendra ses engagements sur la fiscalité, les aides sociales, l’emploi, l’éducation, la santé et l’investissement public. Les 350 milliards annoncés par le PAM, la réforme de l’impôt sur le revenu ou la création des sociétés régionales de distribution devront alors être intégrés à un programme négocié. Certaines mesures pourront être maintenues, d’autres étalées ou révisées.
La qualité de la future coalition dépendra donc du contenu de l’accord autant que du nombre de sièges réunis. Le PAM devra identifier les engagements qu’il considère comme prioritaires, leur calendrier et les ressources nécessaires à leur application. Cette hiérarchie permettra de distinguer les propositions qui engagent réellement le parti de celles qui pourront faire l’objet d’un compromis.
Le 23 septembre désignera le premier parti. Les négociations qui suivront détermineront la politique effectivement menée. Pour le PAM, la réussite consistera à réunir une majorité qui reconnaisse son autorité, adopte ses principales priorités et lui permette d’assumer les résultats du prochain mandat. C’est à cette condition que sa revendication d’alternative trouvera une traduction gouvernementale.

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