L’OMS alerte sur l’épidémie d’ébola en RD Congo qui «dépasse» les capacités de réponse
LA VÉRITÉ
La situation sanitaire en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda devient critique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publiquement admis que l’épidémie de virus ébola, causée par la souche Bundibugyo, progresse à une vitesse alarmante. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tiré la sonnette d’alarme en déclarant que le retard dans la détection initiale du foyer oblige les équipes médicales à courir après un virus qui a déjà pris une longueur d’avance, avouant que pour le moment, l’épidémie dépasse les capacités de réponse sur le terrain.
Le bilan épidémiologique en RDC fait état de 101 cas confirmés et 10 décès avérés. Cependant, l’OMS souligne que la réalité de l’épidémie est nettement plus lourde, les autorités enregistrant déjà plus de 900 cas suspects et 220 décès suspectés d’être liés au virus. Face à cette situation, l’organisation a élevé son évaluation des risques au niveau « très élevé » à l’échelle nationale en RDC, maintenant un risque « haut » au niveau régional et « bas » sur le plan mondial. Le pays voisin, l’Ouganda, est également touché avec sept cas confirmés, dont deux professionnels de santé à Kampala, et un décès notifié.
Insécurité, défiance et absence de traitement médical
La riposte sanitaire se heurte à une combinaison de facteurs particulièrement complexes dans les provinces congolaises de l’Ituri et du Nord-Kivu. Ces régions subissent une insécurité chronique avec une intensification des combats qui a généré plus de 100 000 nouveaux déplacés ces derniers mois. De plus, une profonde défiance de la population locale envers les autorités extérieures complique le travail des soignants. À cela s’ajoute un défi scientifique majeur : contrairement à d’autres souches d’ébola, il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement homologué pour lutter spécifiquement contre la souche Bundibugyo.
La gestion des dépouilles reste le principal vecteur de transmission du virus, qui se propage par contact direct avec les fluides corporels. Dans les zones rurales, les rituels funéraires traditionnels impliquant de toucher les corps et les vêtements des défunts favorisent des contaminations de masse, malgré les appels à la prudence des leaders de la société civile.
Tensions et attaques contre les centres hospitaliers
Cette crise de confiance a provoqué de violents incidents dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie depuis la détection du premier cas à Mongbwalu à la mi-mai. Un groupe de jeunes a ainsi attaqué à quatre reprises l’hôpital de la ville pour exiger la restitution du corps d’un leader religieux catholique très populaire, décédé de la fièvre hémorragique. L’intervention de l’armée a été nécessaire pour disperser la foule. Quelques jours auparavant, le centre médical de Rwampara avait également été pris pour cible, des habitants en colère incendiant des tentes d’isolement après s’être vu interdire l’accès à la dépouille d’un proche pour des raisons de sécurité sanitaire.
Malgré la gravité du contexte, les dirigeants de l’OMS maintiennent que l’épidémie peut être contenue grâce au déploiement du rastrage des contacts et au renforcement des laboratoires de campagne. Pour coordonner la réponse d’urgence, Tedros Adhanom Ghebreyesus a annoncé qu’il se rendrait personnellement en RDC en compagnie du directeur du programme des urgences sanitaires.
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