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Office des changes : Le Maroc face au dilemme de la croissance

L'Office des changes révèle une dégradation notable de la balance commerciale : le déficit des biens franchit la barre des 259 MMDH à fin septembre, affichant une hausse de 17,7% due à la progression des importations (+9,2%) excédant celle des exportations (+3,6%). Contrepoint salutaire : les recettes invisibles opèrent un amortisseur financier, l'afflux net des investissements directs étrangers (IDE) s’accélère de 58%, dépassant 25 MMDH, tandis que les recettes Voyages enregistrent une croissance de 14,7% pour franchir le cap des 100 MMDH. Cet équilibre financier est par ailleurs soutenu par un allègement de 5,1% de la facture énergétique, résultant principalement d’une baisse des prix des gas-oils et fuel-oils durant les neuf premiers mois de 2025.

LA VÉRITÉ


L’Office des changes a récemment levé le voile sur les indicateurs des échanges extérieurs du Royaume, couvrant les neuf premiers mois de l’année. Ces chiffres dressent un portrait économique contrasté, où la robustesse de certains piliers financiers tente d’endiguer une réalité commerciale structurelle plus complexe. Dès les premières lignes de ce bulletin, l’attention du lecteur est captée par une dualité significative. Si les flux d’investissements et les recettes du tourisme atteignent de nouveaux sommets, le déficit commercial s’accentue, posant un défi persistant à l’équilibre macroéconomique.

 

L’accentuation du déséquilibre commercial

Le commerce des biens témoigne d’une dynamique d’importation particulièrement vigoureuse, qui a pour corollaire une dégradation notable de la balance commerciale. Au terme des neuf premiers mois de 2025, le déficit commercial a ainsi franchi le seuil de 259 milliards de dirhams (MMDH), enregistrant une progression sensible de 17,7% par rapport à l’année précédente. De fait, cette évolution est la conséquence directe d’une croissance des importations de biens, qui ont culminé à plus de 605,35 MMDH, affichant une hausse de 9,2%. Cette poussée est principalement attribuable aux produits bruts, dont les achats ont explosé de 35,2%, aux produits finis d’équipement (+13,9%), et aux produits finis de consommation (+13,1%), sans omettre les demi-produits (+7,1%) et les produits alimentaires (+4%).

Néanmoins, le mouvement haussier des exportations, bien que plus modéré (+3,6% à environ 346,3 MMDH), démontre la vitalité de secteurs stratégiques. L’essor des expéditions est soutenu par la progression remarquable des « Phosphates et dérivés », qui ont augmenté de 19,2%. De plus, l’aéronautique (+6,1%) et le segment « Agriculture et Agro-alimentaire » (+3,4%) confirment leur rôle de moteurs de la croissance externe. Toutefois, la disproportion entre les flux entrants et sortants a conduit le taux de couverture à un étiage de 57,2%, perdant 3,1 points.

 

L’atténuation de la facture énergétique

Dans ce contexte d’accroissement du déficit des biens, un facteur est venu apporter un répit financier significatif, la décélération de la facture énergétique. Celle-ci s’est établie à environ 81,47 MMDH à fin septembre, marquant une diminution de 5,1% comparativement à la même période de 2024. Cette amélioration est, essentiellement, le fruit d’une conjoncture favorable sur les prix. L’Office des changes précise que les approvisionnements en gas-oils et fuel-oils ont diminué de 10,5%. Cette baisse s’explique par l’effet prix, en recul spectaculaire de 17,6%, et ce en dépit d’une hausse de 8,5% des quantités importées. Par ailleurs, le segment du « Gaz de pétrole et autres hydrocarbures » a également enregistré un repli de 5,3%, se situant à 14,88 MMDH. Cependant, cette tendance déflationniste n’est pas uniforme, les importations de houilles cokes et combustibles solides similaires ont progressé de 6,3%, frôlant les 10,13 MMDH.

 

Les piliers de la résilience : tourisme et transferts de MRE

L’équilibre de la balance globale repose plus que jamais sur les flux invisibles, ces recettes qui compensent partiellement l’excédent des importations. Les secteurs du tourisme et des transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) affichent une dynamique particulièrement engageante. Les recettes Voyages ont dépassé la barre symbolique des 100 MMDH à fin septembre, contre 87,24 MMDH un an auparavant. Ces recettes affichent une croissance interannuelle soutenue de 14,7%. En conséquence, le solde de la balance Voyages s’est amélioré de 16,4%, atteignant plus de 75,63 MMDH, même si les dépenses ont augmenté de 9,5% (24,4 MMDH).

Simultanément, la balance des services dans son ensemble dégage un excédent en progression de 9,4%, dépassant 114,52 MMDH. Cette performance est due à une hausse des exportations de services (+9,2% à 229,1 MMDH), légèrement supérieure à celle des importations (+9% à 114,58 MMDH). Dans la même veine, les transferts de fonds effectués par les MRE ont atteint 92,73 MMDH, en augmentation de 1,1% par rapport à l’année précédente (91,72 MMDH).

 

L’apogée des investissements directs étrangers

L’attractivité du Maroc auprès des capitaux internationaux constitue un autre indicateur d’une confiance économique renforcée. Le flux net des investissements directs étrangers (IDE) a connu une véritable envolée, dépassant les 25 MMDH au terme des neuf premiers mois de l’année. Cette progression spectaculaire de 58% est le signe manifeste d’une amélioration significative des recettes, qui ont grimpé de 39,5% pour s’établir à 42,5 MMDH, tandis que les dépenses n’augmentaient que de 19% (17,16 MMDH). De surcroît, l’activité des opérateurs nationaux à l’étranger s’est également accrue. Le flux net des investissements directs marocains à l’étranger (IDME) a progressé pour atteindre plus de 2,73 MMDH.

 

Les données de l’Office des changes pour les neuf premiers mois de 2025 révèlent une économie marocaine à double vitesse. D’un côté, l’augmentation structurelle du déficit commercial des biens, tirée par une forte demande en importations, rappelle la nécessité d’approfondir la substitution à l’importation. De l’autre, le pays bénéficie d’un afflux massif de devises généré par des recettes record dans les services, le tourisme et les IDE, qui agissent comme de puissants amortisseurs financiers. L’excédent de la balance des services (+114,52 MMDH) et le dynamisme des IDE (+58%) contrastent avec la difficulté à contenir la balance commerciale. La question fondamentale qui se pose désormais est celle de la pérennité de ces flux compensatoires. Le Maroc peut-il maintenir une croissance forte et stable sans parvenir à rééquilibrer durablement sa balance des biens ?


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