l’OCP et l’UM6P préparent une nouvelle filière industrielle
OCP et l’UM6P développent des technologies pour valoriser le phosphogypse, récupérer du soufre et créer de nouveaux matériaux industriels

La Vérité
Les recherches menées au Maroc ouvrent plusieurs voies de valorisation de ce coproduit de l’industrie des phosphates. La récupération du soufre figure parmi les priorités, tandis que les essais sur les matériaux routiers et le ciment progressent. L’industrialisation reste soumise à des conditions techniques, économiques et réglementaires
Et si un coproduit de l’industrie des phosphates devenait une ressource pour plusieurs secteurs économiques ? C’est l’objectif des recherches menées par OCP et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) autour du phosphogypse, issu de la fabrication de l’acide phosphorique.
Dans un entretien publié lundi 28 septembre par Médias24, la professeure Amina Alaoui Soulimani, chargée du projet phosphogypse auprès de la présidence de l’UM6P, détaille les applications étudiées et les étapes nécessaires à leur déploiement industriel. Le groupe OCP vise, à terme, la valorisation de l’ensemble des volumes qu’il produit.
Récupérer le soufre pour sécuriser la production d’engrais
Le soufre occupe une place centrale dans cette stratégie. L’industrie des engrais en a besoin pour fabriquer l’acide sulfurique, utilisé dans la transformation du phosphate. Or, le Maroc dépend des importations pour son approvisionnement.
La récupération du soufre contenu dans le phosphogypse pourrait donc répondre à un double objectif : réduire les quantités de coproduits à stocker et disposer d’une source locale de matière première.
Les chercheurs ont déjà développé des procédés d’extraction. Ils doivent désormais confirmer leur efficacité à une échelle plus importante et vérifier leur compétitivité économique. La disponibilité d’une technologie ne suffit pas : son coût énergétique, son rendement et la valorisation des autres matières issues du traitement détermineront sa viabilité.
Des applications dans les routes et le ciment
Le phosphogypse ne présente pas uniquement un intérêt pour l’industrie chimique. OCP étudie également son utilisation dans les infrastructures routières, la fabrication de matériaux de construction et l’amélioration de certains sols.
Son rapport de durabilité 2024 fait état d’essais sur des formulations destinées aux couches routières, menés avec le Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE). Il mentionne aussi des recherches sur la récupération du soufre et des expérimentations agricoles.
À Safi, une route expérimentale réalisée en 2017 permet aux équipes de suivre le comportement du matériau dans la durée. Selon la chercheuse interrogée par Médias24, cette expérience apporte des indications encourageantes sur sa résistance. Elle ne dispense toutefois pas de contrôles environnementaux avant une utilisation plus large.
Du laboratoire au marché, des obstacles à lever
Le passage à l’échelle industrielle reste progressif. Chaque application doit satisfaire des exigences de sécurité, de qualité et de coût. Le transport représente également une contrainte pour les matériaux de construction, dont la valeur peut être faible au regard des distances à parcourir.
Un autre obstacle concerne le statut réglementaire du phosphogypse. Aujourd’hui classé comme déchet au Maroc, il ne peut pas être commercialisé librement comme un matériau ordinaire. Son utilisation nécessite donc un cadre adapté et des garanties environnementales.
OCP a confié en septembre une mission spécifique de valorisation du phosphogypse à Abdeljalil Chakir, directeur de son site de Safi. Cette organisation doit notamment accompagner le développement des filières et la préparation de leur industrialisation.
L’ambition affichée est de parvenir à une valorisation intégrale à l’horizon 2037-2040. Il s’agit d’un objectif de long terme, et non de l’annonce d’une exploitation commerciale généralisée dès aujourd’hui.
Pour le Maroc, l’intérêt de cette démarche dépasse la gestion d’un coproduit industriel. Elle pourrait créer des débouchés pour la recherche nationale, réduire certains besoins d’importation et fournir de nouvelles matières à plusieurs secteurs. Sa réussite dépendra de la capacité à transformer les résultats scientifiques en procédés fiables, compétitifs et conformes aux exigences environnementales.

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