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OCP prépare sa production aux États-Unis

OCP North America et CHS préparent en Louisiane une nouvelle unité de production d’engrais phosphatés qui pourrait mobiliser jusqu’à 450 millions de dollars. Prévue à Waggaman, au sein du Cornerstone Energy Park, elle disposerait d’une capacité supérieure à 1 million de tonnes par an et serait alimentée en acide phosphorique par le Groupe OCP. Le projet associe ainsi la base industrielle marocaine à une production réalisée aux États-Unis et destinée au marché agricole américain.

Par Mohammed Taoufiq Bennani


L’annonce marque une nouvelle étape dans la stratégie américaine d’OCP. Sa filiale OCP North America et CHS, première coopérative américaine détenue par des agriculteurs, préparent la création d’une société commune chargée de construire et d’exploiter l’installation. Si les autorisations réglementaires et les conditions de financement sont réunies, elle deviendrait la première nouvelle unité de production d’engrais phosphatés construite aux États-Unis depuis 1984.

Le montage industriel repose sur la complémentarité des deux partenaires. Le Groupe OCP fournirait l’acide phosphorique en mobilisant ses ressources et son expertise mondiale dans les phosphates. La transformation finale serait réalisée en Louisiane, tandis qu’OCP North America et CHS distribueraient les engrais à travers leurs réseaux respectifs auprès des agriculteurs, coopératives et distributeurs américains. Cette organisation permettrait de rapprocher les produits finis des grands bassins agricoles tout en maintenant le phosphate marocain au cœur de la chaîne de production.

Les informations communiquées par CHS précisent que la capacité étudiée pourrait atteindre 1,3 million de tonnes par an. La future unité produirait notamment du phosphate monoammonique, MAP, et du phosphate diammonique, DAP, deux engrais largement utilisés dans l’agriculture américaine. L’acide phosphorique serait fourni par OCP depuis le Maroc, tandis que d’autres intrants nécessaires au processus industriel seraient approvisionnés aux États-Unis.

Le choix de Waggaman répond à des impératifs industriels et logistiques. Cornerstone Energy Park s’étend sur environ 800 acres et dispose d’infrastructures industrielles existantes, d’un accès aux services publics et d’une connectivité multimodale. Sa localisation à proximité du Mississippi et du golfe du Mexique facilite l’arrivée des matières premières et l’acheminement des engrais vers les grandes régions agricoles américaines. Le projet prévoit également de mobiliser les infrastructures existantes du parc lorsque leur configuration le permet.

Cette implantation répond directement à l’évolution de l’approvisionnement américain en phosphates. Les États-Unis importent actuellement environ 40 % des engrais phosphatés nécessaires pour satisfaire la demande de leurs agriculteurs. Selon les estimations communiquées par les partenaires, la nouvelle capacité pourrait réduire de plus de 48 % les volumes d’engrais phosphatés finis actuellement importés. Les deux indicateurs mesurent des réalités différentes : le premier correspond à la part actuelle des importations dans les besoins américains, tandis que le second évalue la réduction potentielle de ces importations grâce à la future unité.

La question prend une importance particulière dans un marché marqué par une concentration élevée de la production et par le recul de l’extraction américaine de roche phosphatée sur le long terme. Dans le même temps, les coûts des fertilisants sont devenus une préoccupation majeure pour les producteurs de maïs, soja, blé, coton et autres grandes cultures. La disponibilité des engrais pendant les périodes d’application constitue également un paramètre essentiel pour les exploitations, dont les calendriers agricoles imposent une forte concentration des besoins sur certaines périodes de l’année.

Le projet intervient quelques semaines après une évolution importante du dossier commercial entre OCP et les États-Unis. Fin juin, l’administration américaine a accordé une suspension temporaire des droits compensateurs applicables aux engrais phosphatés marocains. Cette mesure a permis le retour des produits d’OCP sur le marché américain après plus de cinq années d’accès fortement restreint. Une première cargaison d’environ 54 000 tonnes de triple superphosphate en provenance du Maroc est ainsi arrivée au port de La Nouvelle-Orléans en août.

La future société commune introduit une dimension industrielle de plus long terme. Les importations de produits finis répondent aux besoins immédiats du marché, tandis que le projet de Waggaman prévoit une capacité de fabrication implantée aux États-Unis et alimentée par l’acide phosphorique du Groupe OCP. Cette configuration rapproche la production des agriculteurs américains et du vaste réseau coopératif de CHS.

Le profil de CHS constitue à cet égard un atout déterminant. Première coopérative agricole américaine, l’entreprise appartient à des agriculteurs et intervient dans l’agronomie, les céréales, l’alimentation et l’énergie. Elle fournit des intrants, un accès aux marchés et des services de gestion des risques, et sert des clients dans 65 pays. Son chiffre d’affaires a atteint 35,5 milliards de dollars au cours de l’exercice 2025. Son réseau permettrait à la production de Waggaman d’être distribuée directement vers les coopératives, détaillants et exploitations agricoles américaines.

L’investissement s’inscrit également dans les priorités de Washington en matière de production nationale d’engrais. OCP North America et CHS ont soumis une demande en vue d’un éventuel financement dans le cadre du programme FIELDS, Fertilizer Investment & Expansion for Long-term Domestic Supply, du Département américain de l’Agriculture. Ce dispositif vise à soutenir le développement de nouvelles capacités domestiques et des infrastructures nécessaires à leur fonctionnement. L’attribution d’un éventuel financement reste à ce stade soumise aux procédures américaines.

La dimension locale accompagne le volet industriel. Les informations publiées autour du projet font état d’environ 60 emplois permanents et de 500 emplois pendant la phase de construction. L’impact économique total pourrait atteindre 924 emplois directs et de services. Les partenaires ont également annoncé une contribution initiale de 100 000 dollars à deux banques alimentaires de la région de La Nouvelle-Orléans.

Le projet demeure à une phase de développement. Les études d’ingénierie se poursuivent et l’installation reste soumise aux autorisations réglementaires, environnementales et opérationnelles ainsi qu’à la finalisation de son financement. Les indications communiquées par CHS envisagent un démarrage de la construction en 2027, pour une durée pouvant atteindre 24 mois. Ce calendrier reste donc conditionné aux différentes étapes d’approbation.

Pour OCP, cette implantation s’inscrit dans le renforcement de sa présence au plus près des principaux marchés agricoles. OCP North America développe des solutions phosphatées adaptées aux systèmes de culture régionaux et s’appuie sur les principes des 4R de la gestion responsable des nutriments : la bonne source, à la bonne dose, au bon moment et au bon endroit. La production locale permettrait d’associer cette expertise agronomique à une disponibilité accrue des engrais sur le territoire américain.

Le projet de Louisiane intervient également dans une période de renforcement des partenariats industriels internationaux du Groupe. En juillet, OCP Nutricrops et l’américain Koch Ag & Energy Solutions ont annoncé une nouvelle étape de leur coopération autour de Jorf Fertilizers Company I à Jorf Lasfar. Avec CHS, la logique s’organise différemment : l’acide phosphorique marocain alimenterait une capacité de transformation installée directement aux États-Unis.

Cette organisation précise la complémentarité industrielle recherchée par les deux partenaires. Le Maroc conserve un rôle central dans l’approvisionnement en matière phosphatée grâce aux ressources et aux capacités industrielles d’OCP, tandis que la Louisiane accueillerait la fabrication des engrais finis au plus près du marché. CHS apporterait son réseau coopératif et sa relation directe avec les agriculteurs. L’ensemble crée une chaîne reliant la base phosphatière marocaine à la production et à la distribution américaines.

Kevin Kimm, CEO d’OCP North America, inscrit le projet dans l’engagement de la filiale auprès de l’agriculture américaine et dans la recherche d’un approvisionnement fiable en solutions de fertilisation produites aux États-Unis. Jay Debertin, président-directeur général de CHS, met pour sa part en avant la possibilité de construire la première usine américaine d’engrais phosphatés depuis plus de 40 ans et de rapprocher la production des agriculteurs et du réseau de coopératives.

Après le rétablissement des livraisons marocaines rendu possible par la suspension temporaire des droits compensateurs, OCP prépare ainsi une présence industrielle directement intégrée au marché américain. Si les autorisations et le financement permettent la réalisation du projet, l’acide phosphorique produit à partir de la base industrielle du Groupe au Maroc serait transformé en Louisiane puis distribué aux exploitations américaines par les réseaux d’OCP North America et de CHS. Cette organisation renforcerait la présence d’OCP dans l’une des principales agricultures mondiales tout en contribuant à l’objectif américain d’accroître la disponibilité domestique des engrais phosphatés.


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