OCP Green Energy met ses batteries sous tension
OCP Green Energy vient de mettre sous tension à Benguerir le premier système de stockage par batteries lithium-fer-phosphate à grande échelle au Maroc. D’une puissance de 25 mégawatts et d’une capacité de 125 mégawattheures, l’installation peut restituer de l’électricité pendant cinq heures. Elle ouvre une phase industrielle où l’énergie solaire produite sur les sites du Groupe OCP pourra être conservée puis utilisée au moment où la consommation et le coût de l’électricité atteignent leurs niveaux les plus élevés.

La mise sous tension marque l’achèvement de la construction et le début de l’opérationnalisation progressive du système. Les prochaines semaines seront consacrées aux essais de performance avant l’entrée en exploitation. Cette étape doit vérifier le comportement des batteries, les équipements de conversion, les dispositifs de contrôle et leur interaction avec la centrale photovoltaïque déjà installée sur le site minier de Benguerir.
La différence entre les deux capacités annoncées précise le fonctionnement du projet. Les 25 mégawatts correspondent à la puissance maximale que le dispositif peut délivrer à un instant donné. Les 125 mégawattheures représentent la quantité totale d’électricité stockée. À pleine puissance, les batteries peuvent donc alimenter les installations pendant cinq heures. Cette durée permet de déplacer une partie de la production solaire de la journée vers les périodes de forte demande.
Le système est directement associé à la centrale photovoltaïque de Benguerir, dotée d’une capacité de 67 mégawatts-crête. L’électricité produite lorsque l’ensoleillement est disponible pourra être stockée, puis restituée en fin de journée ou pendant les heures de pointe. La batterie doit fonctionner selon un cycle quotidien de charge et de décharge, avec une durée de vie estimée à 25 ans.
OCP Green Energy prévoit une réduction de 25 % de la facture électrique du site pendant les heures de pointe. Cette estimation concerne cette tranche horaire et non l’ensemble de la facture annuelle. L’économie attendue repose sur l’utilisation d’une électricité solaire produite localement à la place d’une énergie achetée au réseau lorsque les tarifs et la demande sont plus élevés.
L’intérêt du dispositif dépasse toutefois le seul arbitrage tarifaire. Une centrale photovoltaïque produit selon l’ensoleillement, alors qu’une exploitation minière et industrielle fonctionne avec des besoins continus. Le stockage permet de rapprocher ces deux rythmes. Il réduit les variations de l’alimentation, améliore la disponibilité de l’électricité renouvelable et apporte une capacité de réaction rapide en cas d’écart entre production et consommation.
La batterie pourra également assurer des services techniques tels que le réglage de fréquence et la compensation de l’énergie réactive. Ces fonctions contribuent à maintenir la stabilité et la qualité de l’alimentation électrique. Pour un site industriel comportant des équipements lourds et des procédés continus, la régularité de la tension et de la fréquence constitue un paramètre direct de production.
Le choix s’est porté sur la technologie lithium-fer-phosphate, connue sous l’acronyme LFP. Cette chimie offre une bonne stabilité thermique, une durée de vie élevée et une sécurité adaptée aux installations stationnaires soumises à des cycles réguliers. Elle utilise aussi du phosphate dans le matériau de cathode, ce qui donne au projet une dimension industrielle particulière pour le Groupe OCP.
La fourniture des équipements a été confiée à Envision à l’issue d’un processus de qualification d’intégrateurs spécialisés. Le contrat a été conclu à la fin de 2025 et la commande a été passée au quatrième trimestre, pendant une période où les prix internationaux des systèmes de stockage étaient favorables. OCP Green Energy indique avoir sécurisé ses équipements avant le retour de tensions sur certaines chaînes mondiales d’approvisionnement.
L’investissement approche 170 millions de dirhams. Il comprend les batteries, les équipements de conversion, le génie civil, les installations électriques, les études et le pilotage du projet. Rapporté aux 125 mégawattheures de capacité nominale, le montant représente environ 1 360 dirhams par kilowattheure installé, travaux d’intégration compris. Les études et l’intégration ont été conduites par des compétences marocaines, tandis que la technologie de stockage a été fournie par l’équipementier international.
Le projet bénéficie également d’un financement de 20 millions de dollars du Clean Technology Fund, le Fonds pour les technologies propres, mobilisé par l’intermédiaire de la Banque africaine de développement. Cet appui traduit l’intérêt des institutions financières pour les dispositifs capables d’augmenter la part des renouvelables dans la consommation industrielle tout en maintenant la continuité d’alimentation.
Le stockage complète la première phase du programme solaire d’OCP Green Energy, mise en exploitation en 2025. Celle-ci totalise 202 mégawatts-crête répartis entre Benguerir avec 67 mégawatts-crête, Foum Tizi avec 30 mégawatts-crête et Oulad Farès, dans la province de Khouribga, avec 105 mégawatts-crête. Ces trois centrales alimentent déjà les activités minières et industrielles du Groupe.
La mise en exploitation de ces trois centrales a représenté un investissement proche de 1,8 milliard de dirhams. OCP Green Energy estime leur coût de production à environ 368 dirhams par mégawattheure. Le stockage doit améliorer la rentabilité de cette électricité solaire en permettant son utilisation pendant les périodes où les besoins industriels et les tarifs du réseau sont les plus élevés.
Le passage de la production au stockage modifie l’usage de ces capacités. Jusqu’ici, la consommation devait principalement coïncider avec les heures de production photovoltaïque. La batterie introduit une réserve pilotable. OCP peut décider du moment de la charge, de la période de restitution et de la puissance injectée selon les besoins du site, le niveau de production solaire et les conditions du réseau.
La portée immédiate du projet reste industrielle. Le système dessert en priorité les installations de Benguerir et se situe au plus près du lieu de production et de consommation. Cette configuration limite les flux sur le réseau et permet de mesurer précisément les économies, la disponibilité des batteries et leur comportement dans les conditions réelles d’une exploitation minière.
Cette réalisation intervient alors que le Maroc prépare plusieurs projets de stockage destinés au réseau national. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable travaille sur un programme de batteries totalisant 1 600 mégawattheures sur plusieurs sites. Un dispositif expérimental utilisant également la technologie LFP est prévu près du complexe Noor Ouarzazate. Le projet de station de transfert d’énergie par pompage d’Ifahsa, d’une puissance de 300 mégawatts, doit pour sa part renforcer les capacités de stockage hydraulique. Benguerir prend une avance opérationnelle dans ce calendrier avec un équipement déjà construit et mis sous tension.
Pour OCP, le projet s’inscrit dans un programme d’investissement vert de 13 milliards de dollars sur la période 2023-2027. Le Groupe vise une alimentation intégrale de ses activités industrielles par des sources d’électricité propres en 2027, avec une capacité annoncée de 5 gigawatts à cette échéance et d’au moins 13 gigawatts en 2032. Le stockage devient indispensable à mesure que la part du solaire et de l’éolien augmente dans cette production.
L’enjeu porte aussi sur la fabrication des matériaux. OCP et l’Université Mohammed VI Polytechnique développent des matériaux LFP à partir de l’acide phosphorique et ont constitué une propriété intellectuelle couvrant leurs procédés de production et les caractéristiques obtenues. Les travaux entrent dans une phase de changement d’échelle en vue d’une industrialisation. Le Groupe se positionne ainsi à la fois comme utilisateur de batteries stationnaires et comme futur acteur de leurs matériaux actifs.
Cette orientation rejoint la constitution au Maroc d’une filière consacrée aux batteries LFP, avec des investissements dans les matériaux de cathode, les anodes, les cellules et les packs. L’expérience de Benguerir apporte à cet ensemble une application industrielle locale, centrée sur le stockage de l’électricité renouvelable plutôt que sur la seule mobilité électrique.
Les essais annoncés devront maintenant mesurer le rendement réel du cycle de charge et de décharge, la disponibilité du système, la dégradation des cellules et l’économie effectivement réalisée pendant les heures de pointe. Leur validation déterminera la date d’exploitation complète et les conditions dans lesquelles ce premier dispositif pourra être reproduit sur d’autres sites industriels du Groupe.

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