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OCP dégage 28 % de marge au premier semestre

Le chiffre d’affaires d’OCP a reculé de 7,3 % au premier semestre 2026, à 48,4 milliards de dirhams. Son résultat opérationnel a baissé plus rapidement, sous l’effet conjugué de volumes vendus moins importants et d’une forte hausse du coût du soufre. Le Groupe a néanmoins conservé une marge d’EBITDA de 28 % sur six mois, puis de 27 % au deuxième trimestre, période la plus difficile pour ses approvisionnements. Ces chiffres racontent à la fois la pression subie par l’industrie des engrais phosphatés et la capacité d’OCP à adapter sa production.


L’EBITDA s’est établi à 13,3 milliards de dirhams, contre 18,6 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 28,5 %. Sa marge est passée de 36 % à 28 %. La marge brute a suivi le même mouvement : elle atteint 26,4 milliards de dirhams, contre 33,3 milliards au premier semestre 2025, et représente 55 % du chiffre d’affaires au lieu de 64 %. OCP reste rentable à un niveau élevé, mais le coût du choc apparaît clairement dans ses comptes.

La hausse du soufre explique une grande partie de cette contraction. Cet intrant sert à fabriquer l’acide sulfurique nécessaire à la transformation de la roche phosphatée en acide phosphorique, composant de nombreux engrais. Dans un contexte de tensions au Moyen-Orient, son prix a été multiplié par trois. Celui des engrais phosphatés a progressé d’environ 20 %. Les fabricants ont donc supporté un surcoût qu’ils ne pouvaient répercuter entièrement sur des agriculteurs déjà confrontés à des prix élevés. Selon les éléments communiqués par OCP, la hausse de ses achats de soufre dépasse à elle seule la diminution de son EBITDA sur le semestre.

La demande a réagi à cette augmentation des prix. Les échanges mondiaux d’engrais phosphatés ont reculé d’environ 22 % au premier semestre, d’après les données sectorielles présentées par le Groupe. L’Inde a puisé dans ses stocks. En Europe, les achats anticipés à la fin de 2025 ont limité les commandes nouvelles, tandis que le prix des engrais pesait sur les décisions des agriculteurs. En Afrique, le déplacement du calendrier des achats éthiopiens a contribué au recul observé. Le Brésil s’est montré plus résistant et OCP y a réorienté une partie de ses volumes.

Le choc a également réduit l’offre. La dernière note média transmise par OCP précise que plusieurs producteurs dépendants du soufre importé ont diminué leurs cadences ou interrompu temporairement des unités. Au Brésil, le taux d’utilisation des capacités phosphatées de Mosaic est tombé à 47 % au deuxième trimestre, contre 84 % un an auparavant. La hausse d’un intrant a ainsi eu des effets au-delà des marges des fabricants : elle a aussi réduit les quantités d’engrais disponibles sur le marché.

Les expéditions marocaines de DAP, MAP, TSP et NPS ont diminué de 16 % sur le semestre, selon OCP. Ce repli reste inférieur aux 22 % estimés pour les échanges mondiaux de ces engrais. La part du Maroc dans ces échanges serait passée d’environ 28 % à 30 %. Il s’agit d’une progression relative dans un marché contracté, et non d’une hausse des volumes exportés. La distinction est importante pour apprécier la performance commerciale du Groupe sans effacer la baisse de son activité.

OCP a agi sur plusieurs postes à la fois. Il avait constitué des stocks de soufre avant la forte hausse des prix, puis diversifié ses sources d’approvisionnement. Au deuxième trimestre, une partie de la maintenance prévue pour la seconde moitié de l’année a été avancée. Cette décision a permis de placer des arrêts programmés pendant une période de demande plus faible et de préserver la disponibilité des installations pour les mois suivants.

Le choix des produits fabriqués a joué un rôle tout aussi important. Le triple superphosphate, ou TSP, consomme moins de soufre que d’autres engrais phosphatés et se produit sans ammoniac. Sa part dans les volumes d’engrais exportés par OCP est passée de 26 % à 35 % en un an. Le Groupe le présente également comme une solution plus accessible pour les agriculteurs. Une troisième ligne de TSP, d’une capacité annuelle d’un million de tonnes, est entrée en production en juillet à Jorf Lasfar. Elle renforce la possibilité d’orienter la fabrication vers ce produit si la demande et les prix des intrants continuent de le justifier.

Cette adaptation intervient alors que les métiers historiques connaissent tous une baisse de revenus. En monnaie locale, le chiffre d’affaires des engrais recule de 7 %, celui de la roche phosphatée de 28 % et celui de l’acide phosphorique de 9 %. Pour l’acide, OCP a privilégié son utilisation dans ses propres unités de production d’engrais. À l’inverse, l’activité Specialty Products & Solutions, consacrée aux produits de spécialité, enregistre une croissance de 26 %, à 4,755 milliards de dirhams. Sa contribution représente désormais près de 10 % du chiffre d’affaires du Groupe. Elle montre l’intérêt d’activités dont les débouchés et les marges ne suivent pas exactement le même rythme que le marché des engrais conventionnels.

La situation financière appelle une lecture tout aussi nuancée. Les investissements ont atteint 16,1 milliards de dirhams au premier semestre, contre 15,2 milliards un an plus tôt, mais les décaissements ont été davantage concentrés sur le début de l’année. OCP indique avoir ajusté le calendrier de certains projets aux conditions du marché, tout en poursuivant ses programmes liés notamment au TSP, à l’eau, à l’énergie et à Mzinda-Meskala.

À fin juin, la trésorerie s’élevait à 32,7 milliards de dirhams. La dette financière nette avait diminué à 115,5 milliards, contre 119,1 milliards à fin 2025. Dans le même temps, le ratio rapportant cette dette à l’EBITDA est passé de 2,76 à 3,05, le résultat opérationnel ayant reculé plus vite que l’endettement. Les financements hybrides levés par OCP sont comptabilisés en capitaux propres selon les normes appliquées par le Groupe et ne figurent donc pas dans sa dette financière nette. La trésorerie disponible reflète notamment ces fonds levés pour couvrir les besoins du programme 2026.

Les résultats du semestre dessinent ainsi une situation contrastée : moins de ventes, des coûts plus élevés et des marges en retrait par rapport à 2025, mais une capacité maintenue à livrer et à dégager 27 % de marge d’EBITDA au deuxième trimestre.


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