OCP : De la puissance nationale à l’influence mondiale
Par Sanae El Amrani
De Khouribga à Lagos, des laboratoires de Benguerir aux ports de Jorf Lasfar, le géant OCP redéfinit le rôle d’un groupe public. Plus qu’un champion national, un acteur de souveraineté et d’innovation pour l’Afrique.
Une multinationale stratégique, moteur d’un Maroc qui se réinvente
Longtemps considéré comme un simple exploitant des ressources nationales, le groupe OCP incarne aujourd’hui bien davantage qu’un acteur des phosphates. Il est devenu, en moins de deux décennies, l’un des piliers de la souveraineté industrielle marocaine, un modèle de transformation économique, et une référence internationale dans les domaines de l’innovation verte, de la fertilisation raisonnée et du développement territorial intégré.
Le groupe ne se contente plus d’exporter du phosphate brut. Il conçoit des engrais intelligents, alimente des chaînes de valeur agro-industrielles à travers toute l’Afrique, développe des solutions de résilience hydrique et énergétique, et impulse une recherche scientifique de pointe à travers l’Université Mohammed VI Polytechnique. Cette mutation, orchestrée avec une vision de long terme, démontre qu’un groupe public marocain peut réussir une mue complète tout en restant ancré dans ses missions fondamentales de développement durable et de rayonnement régional.
Une transformation stratégique en profondeur
En 2006, l’État marocain engage une nouvelle dynamique pour faire du groupe OCP un acteur pleinement intégré, moderne et compétitif à l’échelle mondiale. La nomination de Mostafa Terrab à la tête de l’Office marque le point de départ d’une réforme stratégique ambitieuse, pensée pour valoriser le potentiel du phosphate au-delà de l’exportation brute. Il s’agit de transformer le groupe en une multinationale industrielle, capable de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de produire des fertilisants à haute valeur ajoutée, de rayonner sur les marchés internationaux, et de contribuer activement au développement du pays. Cette transition s’accompagne d’un changement de gouvernance, d’une refonte managériale et d’un programme d’investissement sans précédent dans l’histoire industrielle du Maroc.
La première étape clé survient en 2008 avec la transformation juridique de l’OCP en société anonyme. Ce changement, appuyé par une réforme du cadre légal, permet au groupe d’adopter des standards de gouvernance internationaux, et surtout de dialoguer plus facilement avec les marchés financiers et les institutions multilatérales. L’État reste actionnaire unique, mais la gouvernance devient autonome, structurée autour d’un conseil d’administration et de comités spécialisés.
À partir de 2010, OCP entame une stratégie d’intégration verticale massive. L’ambition est de contrôler toute la chaîne de valeur : extraction, traitement, transport, transformation chimique, production d’engrais, logistique portuaire et, à terme, commercialisation directe sur les marchés cibles. Un programme d’investissement titanesque est lancé. Entre 2012 et 2022, plus de 200 milliards de dirhams sont mobilisés dans les infrastructures industrielles. On assiste à une modernisation complète des sites de Khouribga, Benguerir, Youssoufia et Jorf Lasfar.
À Khouribga, un minéroduc de 187 kilomètres est mis en service pour transporter le phosphate sous forme de pâte jusqu’à Jorf Lasfar, réduisant les coûts logistiques et les émissions de CO₂. À Jorf, un véritable complexe chimique est érigé, capable de produire plusieurs millions de tonnes d’engrais chaque année. Le port minéralier est également agrandi, avec de nouvelles installations de chargement, de stockage et de distribution.
Mais cette transformation est aussi managériale. OCP adopte une culture de la performance, attire des profils marocains et internationaux issus des plus grandes écoles, et investit massivement dans la formation de ses cadres. Une politique RH ambitieuse est déployée, reposant sur la méritocratie, la mobilité interne et le leadership. Le système d’évaluation des performances est modernisé. Les décisions deviennent data-driven, avec une centralisation intelligente des flux d’information et un pilotage par indicateurs.
Parallèlement, OCP engage une réforme de sa transparence financière. Dès 2011, le groupe publie volontairement ses comptes consolidés. Les rapports d’activité sont accessibles, détaillés, et certifiés selon les standards IFRS. Cette démarche de transparence renforce la crédibilité du groupe, à la fois vis-à-vis des marchés, des investisseurs et des institutions financières internationales.
L’apogée de cette crédibilité nouvelle est atteinte en 2024, lorsque le groupe réalise une levée de fonds historique de 1,75 milliard de dollars sur les marchés internationaux. Cette émission obligataire, notée favorablement par les agences de notation, reflète non seulement la solidité financière de l’OCP, mais aussi la confiance que lui accordent les acteurs économiques mondiaux dans sa stratégie long terme.
Aujourd’hui, OCP représente près de 20 % des exportations marocaines et plus de 7 % du PIB industriel du pays. Il contribue à hauteur de 7 à 8 milliards de dirhams par an au budget de l’État, soutient plus de 23 000 emplois directs et indirects, et alimente des centaines d’entreprises partenaires dans son écosystème. Il joue un rôle central dans la politique économique du Royaume, notamment dans le cadre du Nouveau Modèle de Développement, en tant que locomotive stratégique des filières nationales.
Le passage d’un office administratif à une société anonyme à capitaux publics s’est accompagné d’une montée en puissance industrielle et stratégique, qui a permis à OCP de devenir un acteur global intégré, tout en restant un pilier du développement national.
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