OCP accélère la transition énergétique et pose les fondations industrielles de l’engrais vert marocain
Le déploiement des trois nouvelles centrales photovoltaïques de l’OCP à Benguerir, Foum Tizi et Khouribga marque une séquence décisive dans la transformation énergétique du premier producteur mondial de phosphates. Avec une capacité cumulée de 202 MW, ces infrastructures constituent aujourd’hui le plus important dispositif solaire industriel en exploitation au Maroc, dont la centrale d’Oulad Farès à Khouribga, à elle seule forte de 105 MW, devient la plus grande installation photovoltaïque opérationnelle du pays. À Benguerir, 67 MW viennent compléter le dispositif, tandis que le site de Foum Tizi ajoute 30 MW supplémentaires au maillage énergétique du groupe.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
Derrière cette montée en puissance se joue bien davantage qu’un simple investissement dans le solaire. L’OCP poursuit une stratégie industrielle de fond visant à verdir l’ensemble de sa chaîne de valeur, de l’extraction du phosphate jusqu’à la production d’engrais sur mesure destinés à l’agriculture mondiale. Piloté par la filiale OCP Green Energy, créée en 2022 pour porter exclusivement le virage énergétique du groupe, ce programme s’inscrit dans un plan plus large qui ambitionne de couvrir 100 % des besoins électriques de l’OCP par des énergies renouvelables à l’horizon 2030.
L’enjeu est double. Il est d’abord industriel. Le groupe sécurise ses approvisionnements énergétiques, historiquement sensibles aux fluctuations internationales des prix de l’électricité et des combustibles fossiles. La production solaire interne permet de stabiliser les coûts, avec un prix de l’énergie estimé autour de 368 dirhams par mégawattheure, niveau particulièrement compétitif pour une industrie lourde. Cette stabilité énergétique est essentielle à la compétitivité globale de l’OCP dans un marché des intrants agricoles soumis à de fortes tensions géopolitiques et monétaires.
Mais l’enjeu est également environnemental et stratégique. Ces nouvelles centrales alimentent notamment les installations de dessalement d’OCP Green Water, maillon clé de la sécurisation hydrique du groupe. L’eau dessalée, produite grâce à une électricité bas carbone, est utilisée tant pour les procédés industriels que pour l’irrigation agricole des territoires voisins, contribuant à réduire la pression sur les ressources hydriques conventionnelles. Ce couplage énergie renouvelable eau industrie illustre la nouvelle logique de circularité adoptée par le groupe, où chaque investissement répond simultanément à plusieurs équations de durabilité.
Sur le plan industriel, l’apport solaire permet également d’alimenter directement les unités de production d’engrais « verts ». Ces fertilisants à faible empreinte carbone constituent désormais un axe stratégique majeur pour OCP face à la montée des exigences environnementales des marchés européens, africains et américains. La décarbonation des engrais devient un facteur clé de compétitivité commerciale, à mesure que les mécanismes d’ajustement carbone aux frontières se renforcent et que les chaînes d’approvisionnement de l’agro-industrie mondiale se recentrent sur des intrants certifiés durables.
L’investissement, estimé à près de 2 milliards de dirhams pour cette seule phase solaire, doit être replacé dans un programme énergétique bien plus vaste qui inclut le développement de capacités éoliennes, de solutions de stockage par batteries et, à moyen terme, d’une filière hydrogène vert couplée à la fabrication d’ammoniac propre. Ces projets positionnent l’OCP non plus seulement comme un acteur minier, mais comme un groupe chimique intégré opérant désormais au cœur de la transition énergétique régionale.
Les implantations de Benguerir et Khouribga symbolisent d’ailleurs cette transformation territoriale. À Benguerir, pôle d’innovation et de recherche avec l’UM6P, la centrale renforce l’écosystème technologique et énergétique local dédié aux solutions agricoles durables. À Khouribga, cœur historique du bassin phosphatier marocain, la centrale d’Oulad Farès vient sceller la mutation d’une région autrefois dominée par les énergies fossiles vers un modèle industriel aligné avec la neutralité carbone.
À travers cette initiative, l’OCP s’inscrit également dans une dynamique nationale. Le Maroc consolide son rôle de plateforme énergétique régionale, capable de produire massivement de l’électricité renouvelable à coûts compétitifs pour soutenir à la fois ses besoins domestiques et les ambitions exportatrices de ses grands groupes industriels. Cette synergie entre stratégie publique et projets privés structurants renforce la crédibilité du Royaume dans ses engagements climatiques internationaux, tout en préservant la souveraineté industrielle du pays face aux évolutions réglementaires mondiales.
Plus qu’un simple chantier solaire, le lancement des 202 MW photovoltaïques représente ainsi une étape fondatrice d’un nouveau modèle productif pour le groupe OCP et, au-delà, pour l’industrie marocaine. L’engrais « vert » n’est plus un concept prospectif. Il devient progressivement une réalité industrielle, issue d’un système énergétique intégré où soleil, eau dessalée, innovation agronomique et compétitivité économique convergent. Ce basculement conforte la place du Maroc dans la géopolitique alimentaire mondiale et affirme l’OCP comme l’un des rares acteurs globaux ayant transformé la transition énergétique en véritable avantage stratégique.
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