Océan durable : L’Afrique, la Méditerranée et l’Europe s’engagent à Nice
La coopération Afrique-Europe-Méditerranée au cœur de la gouvernance océanique.
LA VÉRITÉ
Mercredi 11 juin 2025, Nice est devenue le carrefour des ambitions maritimes mondiales. En effet, en marge de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC-3), l’Académie du Royaume du Maroc a orchestré un événement parallèle crucial. Cette rencontre a mis en lumière la coopération indispensable entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe pour bâtir une gouvernance durable de l’Océan. Elle a réuni des acteurs clés des trois continents, tous animés par la volonté de forger un partenariat renforcé, guidé par une « Feuille de Route à Horizon 2030 ».
Une vision royale pour l’océan africain
Placée sous le thème éloquent de la « Coopération pour une gouvernance durable de l’Océan rassemblant l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe », cette rencontre scientifique a été co-organisée avec l’ONG gouvernementale « La Saison Bleue ». Par ailleurs, elle s’inscrit dans la continuité de la consultation régionale africaine pour l’UNOC-3 et du Blue Africa Summit, tenus à Tanger en octobre dernier. Bachir Tamer, directeur exécutif de l’Académie du Royaume du Maroc, a souligné l’importance de ce partenariat pour le Maroc, sous la direction du Roi Mohammed VI. En outre, il a rappelé le message puissant du Souverain au Sommet « L’Afrique pour l’Océan », où le Roi Mohammed VI a plaidé pour une « relecture stratégique du rôle maritime africain ». Cette vision s’articule autour de trois axes fondamentaux : une croissance bleue, une coopération Sud-Sud renforcée, ainsi qu’une intégration régionale axée sur les espaces océaniques et une effectivité maritime par les synergies atlantiques.
Repenser l’océan : au-delà de la protection
Abondant dans le même sens que le message Royal, Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS), a insisté sur la nécessité de « repenser l’Océan non juste comme une ressource à protéger, mais comme un espace à gouverner ». Il a cité les paroles du Souverain, qui résument parfaitement cette philosophie : « L’océan est et restera un trait d’union et un horizon partagé qu’il nous appartient à tous de protéger et d’aménager en un espace de paix, de stabilité et développement ». Ces mots, a affirmé l’expert devant une assistance prestigieuse d’acteurs des deux rives, « nous obligent en tant que Marocains, Africains, et Méditerranéens ».
Les défis de la gouvernance océanique africaine
Intervenant lors d’une table ronde consacrée à « La gouvernance face aux défis de l’économie bleue en Afrique », M. Alaoui a mis en évidence trois « failles » majeures qui freinent actuellement les efforts africains en matière de gouvernance océanique. Premièrement, il a pointé une « gouvernance fragmentée et peu inclusive ». Deuxièmement, il a identifié un « déficit de souveraineté technologique et informationnelle ». Enfin, il a souligné l’ »absence de diplomatie bleue coordonnée ». Ces défis nécessitent des réponses structurées et une collaboration accrue.
Science, formation et données ouvertes : Clés de la résilience
Pour surmonter ces obstacles, plusieurs voix se sont élevées, dont celle de Pascal Lamy, co-président du Groupe de Stratégie Afrique-Europe pour l’Océan de la Fondation Afrique Europe (AEF). Ils ont plaidé en faveur de la promotion de la recherche et de la science, notamment par le biais de partenariats public-privé et d’approches interdisciplinaires. Ces initiatives sont essentielles pour aider les pays africains à relever les défis océaniques, notamment en matière d’observation. Des données ouvertes sont également cruciales pour éclairer les décideurs. De plus, la formation et le renforcement des capacités des pays africains dans ce domaine figurent parmi les recommandations clés des participants. Ces derniers insistent aussi sur l’importance d’associer les jeunes et les acteurs locaux à ces efforts collectifs.
Le pacte pour une Afrique bleue durable
La rencontre de Nice s’est clôturée par la présentation du « Pacte pour une Afrique bleue durable ». Ce pacte, présenté par l’Envoyé spécial du Président de la République française pour la Conférence des Nations Unies sur l’Océan, Ambassadeur pour les pôles et les océans, M. Olivier Poivre d’Arvor, est une étape majeure. Il établit une feuille de route concrète pour renforcer la coopération entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. Ce pacte s’engage résolument à aligner les actions sur l’Objectif de Développement Durable n°14 (ODD14) « Vie aquatique », axé sur la conservation et l’exploitation durable des océans, des mers et de leurs ressources. Il vise à préserver la santé des océans, à soutenir la prospérité des communautés côtières, et à assurer un développement durable inclusif pour toutes les populations dépendantes de la mer.
Le prochain Blue Africa Summit : vers des actions concrètes
« Il faut que l’Afrique bleue ait une feuille de route, un programme concret, un agenda », a affirmé M. Poivre d’Arvor à la presse. Le prochain Blue Africa Summit, prévu les 9 et 10 octobre à Tanger, s’annonce comme une étape décisive. Il réunira quatre « collèges » distincts : celui de la gouvernance (incluant scientifiques, collectivités et États), des entreprises et du monde économique, ainsi que des organisations non-gouvernementales. Ces quatre collèges travailleront ensemble pendant un an. Ils remettront en octobre 2026, lors du quatrième Blue Africa Summit, une feuille de route accompagnée de financements. L’objectif est de lancer concrètement cette « route africaine bleue ». En définitive, l’événement de Nice, co-organisé par La Saison Bleue et l’Académie du Royaume du Maroc, a réuni un large éventail d’acteurs stratégiques, démontrant l’engagement collectif pour un avenir océanique partagé et protégé.
En conclusion, la conférence de Nice a clairement démontré que l’Océan est bien plus qu’une ressource à protéger. C’est un espace à gouverner collectivement. La coopération tripartite entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe, soutenue par une vision politique forte et des initiatives concrètes comme le « Pacte pour une Afrique bleue durable », est essentielle. Le chemin est tracé vers une gouvernance océanique plus inclusive, résiliente et durable. Cependant, la question demeure : comment transformer ces engagements en actions concrètes et financements pérennes pour garantir un avenir prospère à toutes les populations dépendantes de la mer ?
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