Nucléaire civil : l’AIEA valide la rigueur marocaine
le Maroc s’impose comme modèle africain
Par Yassine Andaloussi
Le Royaume obtient, pour la première fois, un haut niveau d’assurance de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Une reconnaissance rare qui conforte sa stratégie de sûreté nucléaire et son rôle de référence sur le continent. Ce n’est pas une certification anodine. Et encore moins un geste de courtoisie diplomatique. Lorsque l’AIEA accorde à un pays un haut niveau d’assurance en matière de garanties nucléaires, c’est le fruit d’un examen rigoureux, de standards stricts et d’une crédibilité construite sur le long terme. En mai dernier, le Maroc a rejoint ce cercle restreint. Une première historique pour le Royaume.
Une décennie d’efforts saluée
Ce résultat est l’aboutissement d’une stratégie entamée il y a plus de dix ans. Modernisation du cadre législatif, montée en compétence des institutions, investissements dans les infrastructures et engagement constant auprès de l’AIEA : le Maroc a aligné sa politique nucléaire civile sur les meilleures pratiques internationales. Et cela n’a pas échappé à Vienne.
Fin 2023, une mission IRRS (Integrated Regulatory Review Service) de l’AIEA s’est rendue au Maroc pour une revue complète du système de contrôle. Pendant dix jours, des experts internationaux ont inspecté le réacteur de recherche MA-R1 à Maâmora, les installations de production d’isotopes médicaux, les unités de radiothérapie, ou encore les dispositifs de gestion des déchets radioactifs. Leur verdict a été sans appel : le Maroc a franchi un cap.
L’indépendance réglementaire reconnue
Parmi les points salués : la création de l’Agence marocaine de sûreté et de sécurité nucléaires et radiologiques (AMSSNuR), devenue une autorité indépendante ; l’usage d’outils de traçabilité numérique des sources radioactives ; ou encore la mise en place d’un système intégré de gestion conforme aux exigences internationales. L’ensemble reflète une volonté claire du Royaume de traiter les enjeux nucléaires avec sérieux et responsabilité.
Mais l’évaluation ne s’est pas arrêtée là. L’AIEA a également examiné la gouvernance, la culture de sûreté, la capacité de réaction en cas d’incident, ainsi que le niveau de collaboration entre institutions nationales. Résultat, un bilan globalement très positif, avec quelques pistes de consolidation pour les années à venir.
Une ambition régionale assumée
Le Maroc n’a jamais caché ses ambitions dans le domaine du nucléaire civil, à des fins pacifiques. Qu’il s’agisse de recherche, de santé ou d’environnement, le pays s’est positionné comme un hub régional. Le Centre de Maâmora, l’un des plus avancés en Afrique, accueille déjà des chercheurs venus de plusieurs pays du continent. L’obtention de ce niveau d’assurance vient donc conforter un rôle de facilitateur et de formateur régional.
Plus largement, cette reconnaissance pourrait peser dans les débats à venir sur l’avenir énergétique du pays. Même si l’option de l’énergie nucléaire à grande échelle n’est pas encore tranchée, Rabat se donne les moyens d’y réfléchir sereinement, sur des bases solides.
Une crédibilité qui s’exporte
En diplomatie scientifique, les réputations se construisent lentement. Mais elles peuvent, une fois acquises, peser lourd. En obtenant la confiance de l’AIEA, le Maroc envoie un message clair : celui d’un pays stable, fiable, et prêt à assumer des responsabilités techniques dans une région où les enjeux de sûreté sont cruciaux. Une avancée discrète, mais stratégique.
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