N’envenimons pas le climat des affaires
En ce stade du développement du Maroc, je peux affirmer que le pays a plus besoin de managers que de révolutionnaires, de pro- fils genre Rothschild ou Dassault que des reproductions de Robespierre ou de Mélenchon. Et pour demeurer local et ne point quitter nos réalités, disons que nous avons davantage besoin de profils type Aziz Akhannouch et Miriem Bensalah que des Zefzafi et Sylia Ziani.
Parce que les premiers produisent du concret et les seconds génèrent des illusions. Jamais un discours idyllique, une chanson envoûtante n’a permis à ses fans de manger à leur faim. Cette approche prosaïque voire terre à terre pour aller à l’essentiel risque de choquer certains, mais la stupidité des mensonges charriés par les instigateurs du boycott justifient ces répliques quelque peu frustres et l’élégance requise pour la langue de bois.
En effet les appels à un boycott discriminatoire se poursuivent dans une inconscience coupable et peu soucieuse des dégâts collatéraux. Leurs auteurs paraissent mieux organisés qu’un parti politique. Ils ont la détermination des milices endoctrinées et les procédés des propagandistes illuminés.
Il rejettent toute forme de dialogue et se veulent au dessus des critiques et des observations qui sont forcément malsaines lorsqu’elles osent aller dans le sens contraire des désirs du bon peuple ou plutôt de ceux qui se sont autoproclamés ses portes-paroles improvisés.
Limité pendant plusieurs semaines aux réseaux sociaux, le débat sur le boycott a fait une entrée discrète chez les cercles restreints de la bienpensance économique, dont les animateurs évoquent de plus en plus les conséquences de tout ce charivari sur le climat des affaires au Maroc.
La femme, cet éternel punshing-ball
Des trois cibles boycottées et leur incidence sur le climat des affaires, ces milieux adoptent une position consensuelle en considérant plus influent l’impact des deux investisseurs nationaux (Akhannouch et Bensalah) comme éléments dissuasifs de nature à pousser l’investisseur étranger à s’abstenir d’accomplir l’acte d’investir au Maroc.
Car l’investissement qui est l’un des tout premiers facteurs de développement économique, affirment-ils, devrait être le fait de l’autochtone. Si ce dernier ne s’épanouit pas dans le climat de son propre écosystème et si ce dernier voit ses affaires péricliter face à une opinion hostile pour des considérations non économiques, quel destin aussi cruel réserve-t-on à l’étranger. Ce sont là des interrogations légitimes à un moment où le royaume s’apprête à cueillir les dividendes d’une politique de réformes qui lui permet de s’affirmer comme une force de paix et de coopération régionale.
Ne l’oublions surtout pas : Le Maroc arrive à terme d’une importante phase de changements qu’il a engagés depuis deux décennies et qui visait justement à travers une série de réformes l’amélioration durable du climat des affaires et la facilitation des investissements.
Après avoir offert à l’étranger cette vitrine attrayante d’une économie qui ne craint pas la concurrence et dont des entreprises comme Afriquia ou Oulmès rivalisent avec les champions de leurs secteurs respectifs, voilà qu’une mésentente partisane dégénère d’abord en campagne acrimonieuse ensuite en charges destructrices.
On découvre avec hallucination que nombre de Marocains continuent de maugréer idées reçues et arrières pensées dont la sédimentation est profonde dans l’héritage collectif. On s’aperçoit que la femme est toujours cet éternel punshingball de la société patriarcale.
On lui tape dessus sans savoir pourquoi. « Et si on ne le sait pas, comme le recommandent les Cheikhs de la tradition, sachons que, elle, elle le sait ». Que l’une d’elles s’érige au rang de Patronne des Patrons est assurément une hérésie qu’il faut faire tomber de son piédestal.
Si l’on cible les femmes aux postes clefs, c’est que la plus visible et la plus symbolique y est déjà ! Elle s’appelle Miriem Bensalah Chaqroun. Pourquoi elle dérange tant le monde politique qui en fait référence pour exploiter les bas sentiments de certains Marocains, conservateurs vermoulus, prêts à aller au combat dès qu’ils entendent parler d’égalité et de parité du genre.
Ces couches rétrogrades de la société marocaine ne se rendent pas compte de la dynamique qui s’est emparée du royaume! Il y a quarante ou cinquante ans, les femmes étaient pratiquement absentes de l’entreprise au Maroc. Aujourd’hui, elles ont investi des conseils d’administration et des postes de responsabilité dans le public comme dans le privé.
L’on reconnaît à Mme Bensalah un niveau d’excellence dans le domaine de la gestion, on ne lui pardonne pas une visibilité sur le champ politique. Surtout qu’elle ne s’est pas suffi d’être une bonne patronne dans les pérégrinations royales. Miriam Bensalah Chaqroun s’est révélée lisible et visible. Elle a su faire et faire savoir.
Une carrière au féminin, dans un pays comme le Maroc, implique-t-elle nécessairement une part de renoncement ?
Je crois que les femmes d’aujourd’hui n’ont pas toutes les moyens d’être sur tous les fronts, avec les risques que cela comporte, et l’obligation de sortir de soi-même. Les autorités du pays ont le devoir de protéger les rarissimes réussites féminines dans l’entreprise.
Le « Chleu » et l’épicerie
Quant au « Chleu », le fier Amazigh il n’aurait pas droit, selon ses persécuteurs du parti adverse, à s’épanouir en dehors de sa présumée épicerie familiale. Ces âneries ont été exprimées sur les réseaux sociaux. Tous ceux qui ont dérogé à la règle sont à bannir. Qu’ils s’appellent Akhannouch, Jettou ou Agouzal, ils sont mal perçus par ces personnes haineuses et jalouses.
Qu’il s’appelle Driss Jettou, Aziz Akhannouch ou Messaoud Agouzal, ces familles ont été, chacune à une certaine époque, objet de tracasseries de la part de ceux qui vouent une haine viscérale au « Chleu » juste bon à se confiner dans une épicerie pour servir aux petits fonctionnaires de caisse à crédit destinée à la consommation vers la fin de chaque mois. Les temps ont bien changé et l’histoire a balayé ces préjugés et démontré que la valeur des hommes se mesure à l’aune des résultats engrangés qu’ils produisent. L’oeuvre d’Akhanouch et de sa famille plaide pour eux et l’histoire les absoud déjà des accusations insensées.
Le « Nesrani » coupable d’exploitation
En ce qui concerne enfin l’étranger ou le « Nesrani » et qui est, à s’en tenir au crédo des extrémismes exprimés lors de cette campagne abominable, à combattre parce qu’il ne serait pas un investisseur mais un colonisateur, c’est tout simplement une position raciste et donc condamnable. Qu’il s’appelle Danone ou Renault il serait d’abord coupable d’exploitation éhontée de nos chômeurs.
Ceux qui s’attaquent aujourd’hui à l’investisseur étranger à travers Danone sont oublieux de la politique de privatisation et de libéralisation entreprise depuis vingt ans et qui a notamment permis de dynamiser plusieurs secteurs économiques stratégiques et de renforcer les liens avec des partenaires internationaux de référence. Comme justement Danone qui est un leader mondial. A cet effort remarquable de notre pays pour assainir le climat des affaires sue certains voudraient aujourd’hui réduire à néant, il convient de rappeler initiatives hardies comme la libéralisation des transports routier, maritime et transport aérien (En particulier Open Skies avec l’Union européenne et les Etats-Unis).
Ajoutez-y la signature de plusieurs accords de libre-échange (Association Européenne de Libre-échange, Etats-Unis, Égypte, Jordanie, Tunisie).
Tout celà a permis l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec l’Union Européenne en 2000, et l’obtention du statut avancé en 2008.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
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