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Moyen-Orient sous tension : l’Iran et la bataille des corridors

Alors que les conflits ne se limitent plus aux champs de bataille traditionnels, la géologistique, pensée par le Dr. Mahmoud El Hassouni, montre que la puissance se mesure désormais au contrôle des flux. Énergie, matières premières, infrastructures et données deviennent des leviers stratégiques. Le conflit récent au Moyen-Orient illustre cette logique, où ports et détroits sont directement menacés et où sécuriser les chaînes logistiques devient une question de survie.

Par Yassine Andaloussi


Les conflits contemporains ne se limitent plus aux champs de bataille traditionnels. Dans le Moyen-Orient actuel, où tensions régionales et rivalités globales se croisent, la guerre prend un nouveau format : hybride, réticulaire et multidimensionnelle. Économie, numérique, flux logistiques et infrastructures critiques deviennent des instruments de puissance à part entière.

C’est ce constat qui a conduit le Dr. Mahmoud El Hassouni à développer le concept de géologistique, une approche qui combine géopolitique et logistique pour comprendre la compétition stratégique moderne. « Ce ne sont plus uniquement les territoires qui déterminent la puissance, mais la capacité à contrôler, sécuriser, transformer et orienter les flux », explique-t-il. Matières premières, énergie, composants industriels, données et corridors maritimes et numériques : tous ces flux deviennent aujourd’hui des leviers stratégiques.

Selon le Dr. El Hassouni, « les chaînes logistiques ne sont plus neutres. Elles deviennent des leviers de coercition économique, des outils de dépendance stratégique, des instruments de projection d’influence, et dans certains cas, des cibles militaires directes ». Cette lecture prend tout son sens dans le contexte du conflit récent entre les États-Unis et l’Iran.

Entre le 28 février et le 1er mars 2026, l’Iran a imposé la fermeture du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial. Résultat : des perturbations massives dans les exportations pétrolières, provoquant des ondes de choc sur les marchés et les chaînes d’approvisionnement mondiales. « Chaque baril bloqué devient un levier de pression économique et politique », souligne Dr. El Hassouni.

Dans le Bab el-Mandeb et le golfe d’Aden, la résonance du conflit s’est étendue grâce à des opérations coordonnées du mouvement houthi. Les risques pour le trafic maritime et les chaînes logistiques Est-Ouest se sont intensifiés, démontrant que la guerre ne se joue plus uniquement sur le terrain. « Les ports, les navires marchands et les infrastructures logistiques deviennent des zones de combat », précise le spécialiste.

Le conflit a également pris une dimension informationnelle et symbolique. La mort du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, confirmée officiellement par la télévision d’État le 1er mars 2026 après des frappes américano-israéliennes, a servi de levier narratif. « La guerre s’étend désormais à la perception publique, où chaque annonce peut transformer les calculs diplomatiques et les stratégies nationales », explique Dr. El Hassouni.

Selon lui, la géologistique offre une grille d’analyse pour comprendre ces transformations : « La géopolitique des territoires rencontre la géoéconomie des chaînes de valeur. La souveraineté industrielle devient indissociable de la souveraineté logistique. La sécurité nationale intègre désormais la protection des infrastructures portuaires, numériques, énergétiques et maritimes ».

Dans ce contexte, le pouvoir ne se mesure plus seulement par la possession de stocks ou d’arsenaux : il se déplace vers les flux, vers la capacité à maintenir la continuité des chaînes logistiques dans un environnement fragmenté et instable. « Maîtriser les flux est devenu une condition de survie stratégique », insiste Dr. El Hassouni.

Le conflit au Moyen-Orient illustre cette dynamique de manière dramatique. Les missiles frappent les infrastructures critiques, les cyberattaques paralysent des systèmes essentiels, et les corridors logistiques qu’ils soient terrestres, maritimes ou numériques, se transforment en zones de risque permanent. « La guerre moderne n’épargne aucun domaine. Chaque rupture de chaîne logistique peut avoir des conséquences géopolitiques immédiates », ajoute le spécialiste.

La géologistique, en tant que concept émergent, invite ainsi à repenser la stratégie nationale et internationale. Elle impose de considérer que chaque infrastructure, chaque flux énergétique ou industriel, chaque corridor numérique, n’est pas seulement un outil d’efficacité économique : c’est désormais un instrument de puissance et, potentiellement, une cible dans la guerre hybride.

Dans un monde où les conflits se fragmentent et s’étendent au-delà des frontières, comprendre et anticiper les logiques de flux devient essentiel. Comme le résume Dr. El Hassouni : « La maîtrise des chaînes logistiques n’est plus un avantage économique ; elle est au cœur de la survie stratégique des nations dans un environnement mondial instable. »


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