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Migration : bâtir des ponts, pas des murs

Entre pacte stratégique, sécurité partagée et solidarité humaine, Rabat et Bruxelles tracent une nouvelle voie pour la Méditerranée

Par Fayçal El Amrani


Dans un monde traversé par les turbulences migratoires, les chocs géopolitiques et les mutations économiques, une conviction s’impose : aucun pays ne peut relever seul les défis de son temps. C’est sur cette base que le Maroc et l’Union européenne renforcent leur partenariat, dans une logique de coresponsabilité, de respect mutuel et d’engagements concrets.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, était à Bruxelles pour participer à la 5ᵉ réunion ministérielle de l’Union avec les pays du voisinage Sud. Une présence hautement symbolique, saluée par la commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, comme « un signal fort » en faveur d’un dialogue méditerranéen élargi et inclusif.

Un partenariat multidimensionnel en gestation

Les discussions entre Rabat et Bruxelles vont bien au-delà des échanges protocolaires. Elles touchent à l’essentiel : la migration, la sécurité, le développement économique, l’éducation, l’énergie, le numérique.

Dans la continuité des mémorandums signés avec la Tunisie, l’Égypte ou la Jordanie, la Commission européenne souhaite établir avec le Maroc un accord stratégique multidimensionnel. L’ambition est claire : transformer les défis communs en opportunités partagées.

Pour l’Union européenne, le Maroc est un partenaire de confiance. Un acteur stable. Un pont entre l’Afrique et l’Europe. Pour le Royaume, l’enjeu est d’ancrer cette relation dans une logique de co-développement, loin des approches sécuritaires rigides ou des conditionnalités déséquilibrées.

Migration : coresponsabilité et humanité

Au cœur du futur accord figure la question migratoire. Un dossier sensible, mais crucial.

L’Union propose un cadre structuré : appui financier, soutien aux capacités institutionnelles, lutte contre les réseaux criminels, coopération sur les retours. Le Maroc, lui, insiste sur une approche souveraine, équilibrée, respectueuse des droits humains.

« Le Maroc ne sera jamais un simple gendarme migratoire de l’Europe », rappelle un diplomate à Rabat.
Mais le Royaume ne tourne pas le dos à ses responsabilités. Il contrôle ses frontières. Il dialogue avec ses voisins africains. Il protège les migrants. Il coopère quand cela a du sens.

L’humain au centre des politiques

Ce partenariat ne sera durable que s’il change la vie des gens. Cela, Bruxelles et Rabat l’ont compris.

Les jeunes doivent pouvoir circuler librement pour étudier, travailler, créer. Les femmes doivent bénéficier des mêmes opportunités des deux côtés de la Méditerranée. Les diasporas doivent être reconnues comme des passerelles, pas comme des problèmes.

Dans cet esprit, des projets conjoints seront lancés autour de la formation professionnelle, de l’entrepreneuriat des jeunes, du financement des start-up et du développement rural. L’objectif est de freiner les départs forcés en favorisant les choix éclairés.

Des frontières ouvertes, mais ordonnées

Les tensions récurrentes autour des postes frontaliers de Ceuta et Melilla ont été abordées en marge des discussions. Le ministre espagnol José Manuel Albares a assuré que les frontières n’ont jamais été fermées, mais seulement ralenties par des flux logistiques trop denses.

Le dialogue reste la règle. La coopération douanière continue. L’opération Marhaba en est le témoignage. Elle permet chaque été à des millions de Marocains de l’étranger de retrouver leur pays dans la dignité.

Sécurité partagée, stabilité durable

Au-delà de la migration, la coopération euro-marocaine s’étend à la sécurité régionale. Nasser Bourita a rencontré la haute représentante de l’UE, Kaja Kallas, pour discuter de nouveaux mécanismes conjoints en matière de défense, notamment en Afrique du Nord et au Sahel.

Terrorisme, cybermenaces, trafic transfrontalier : les menaces sont partagées. La réponse doit l’être aussi.

Le Maroc joue ici un rôle charnière, fort de son expérience, de ses services de renseignement reconnus et de sa diplomatie proactive.

Vers un nouveau pacte pour la Méditerranée

Le futur « Pacte pour la Méditerranée », en cours de rédaction, devrait être présenté à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de la Déclaration de Barcelone. Un texte fondateur. Un moment historique.

Il inclura les pays du Maghreb, du Machrek, mais aussi du Golfe. Il reposera sur trois piliers : prospérité économique, stabilité sécuritaire et coopération humaine.

Le Maroc entend y jouer un rôle moteur. Pas seulement comme bénéficiaire. Mais comme co-concepteur. Comme force de proposition. Comme trait d’union entre les continents.

Le monde change. Les rapports Nord-Sud aussi. Maroc et Union européenne semblent désormais converger vers une nouvelle manière de coopérer : plus égale, plus inclusive, plus tournée vers les citoyens.

Il ne s’agit plus d’aide, mais d’alliances.
Pas d’imposition, mais de négociation.
Pas de murs, mais de ponts.

Et c’est peut-être là, dans cette Méditerranée qui rassemble au lieu de diviser, que se joue une partie de l’avenir de l’Europe et de l’Afrique.


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