Mémoire monétaire et souveraineté documentaire : Bank Al-Maghrib scelle un partenariat stratégique avec les Archives du Maroc
La modernisation d’une institution ne se mesure pas uniquement à ses indicateurs financiers ou à la sophistication de ses instruments de politique monétaire. Elle se joue aussi dans la manière dont elle protège, structure et valorise sa mémoire. En signant le 17 février 2026 à Rabat une convention-cadre avec les Archives du Maroc, Bank Al-Maghrib ouvre un chantier stratégique qui dépasse largement la seule question administrative. Il s’agit d’un acte institutionnel fort, inscrit dans une vision de long terme où la gouvernance documentaire devient un levier de souveraineté.
LA VÉRITÉ
L’accord a été paraphé par Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, et Latifa Moftaqir, directrice des Archives du Maroc. Il formalise un programme structuré destiné à renforcer la gestion, la conservation et la valorisation des archives de la banque centrale. Derrière cette formulation se cache une transformation profonde. La gestion des archives n’est plus perçue comme une fonction de support mais comme un pilier de la transparence, de la traçabilité et de la continuité institutionnelle.
Depuis 2010, Bank Al-Maghrib a engagé un processus progressif de professionnalisation de son système d’archivage. Dans le sillage de la loi 69-99 relative aux archives et des standards internationaux en matière de records management, l’institution monétaire a entrepris de structurer ses fonds, de rationaliser ses circuits documentaires et d’améliorer la sécurisation de ses documents historiques et administratifs. La convention signée en 2026 marque une nouvelle étape. Elle vise à atteindre un niveau de maturité plus avancé en s’appuyant sur l’expertise technique et normative des Archives du Maroc, établissement public chargé de la collecte, de la conservation et de la valorisation du patrimoine archivistique national.
Concrètement, les Archives du Maroc apporteront une assistance technique à Bank Al-Maghrib afin d’optimiser l’organisation, la conservation et la traçabilité de ses fonds documentaires. Cela suppose la mise en place de référentiels harmonisés, la clarification des cycles de vie des documents, le renforcement des dispositifs de classement et d’indexation ainsi que l’intégration accrue des outils numériques. La banque centrale, qui pilote aujourd’hui des systèmes d’information complexes et hautement sécurisés, doit garantir une cohérence parfaite entre ses exigences de sécurité financière et ses obligations de conservation patrimoniale.
Dans un contexte marqué par la digitalisation accélérée des institutions publiques et la montée en puissance des risques cyber, la question des archives prend une dimension nouvelle. Les banques centrales à travers le monde ont engagé ces dernières années des programmes ambitieux de numérisation et de gouvernance documentaire. La Banque de France, la Banque centrale européenne ou encore la Réserve fédérale américaine ont renforcé leurs politiques d’archivage afin de préserver la mémoire des décisions stratégiques, des cycles économiques et des grandes réformes monétaires. Pour Bank Al-Maghrib, qui joue un rôle central dans la stabilité financière du Royaume et dans l’accompagnement des réformes bancaires, la structuration de son patrimoine documentaire constitue un enjeu de crédibilité institutionnelle.
L’archivage n’est pas seulement une affaire de stockage. Il conditionne la capacité d’une institution à documenter ses décisions, à justifier ses choix et à transmettre son expérience. Les archives de Bank Al-Maghrib couvrent plusieurs décennies d’histoire monétaire, depuis la création de la banque centrale en 1959 jusqu’aux réformes récentes liées à la supervision bancaire, à l’inclusion financière ou au développement des moyens de paiement électroniques. Elles constituent une source précieuse pour les chercheurs, les historiens de l’économie et les décideurs publics.
En renforçant ses capacités en matière d’archivage, la banque centrale consolide également sa conformité aux exigences réglementaires et aux standards internationaux de gouvernance. Les bonnes pratiques recommandent une gestion rigoureuse des documents stratégiques, une sécurisation renforcée des supports sensibles et une politique claire de conservation à long terme. L’appui des Archives du Maroc permettra d’inscrire ces démarches dans un cadre méthodologique reconnu, garantissant cohérence et pérennité.
Au-delà de l’aspect technique, cette convention traduit une évolution plus large de la culture administrative. L’État marocain a multiplié ces dernières années les initiatives visant à moderniser la gestion publique, à améliorer la transparence et à valoriser le patrimoine documentaire national. La coopération entre une institution aussi stratégique que Bank Al-Maghrib et les Archives du Maroc illustre cette convergence entre performance institutionnelle et préservation de la mémoire collective.
En consolidant son système d’archivage, la banque centrale ne se contente pas d’optimiser ses procédures internes. Elle affirme que la mémoire est un actif stratégique. Dans un environnement économique en mutation rapide, où les cycles financiers s’enchaînent et où les réformes se succèdent, la capacité à conserver, structurer et transmettre l’expérience accumulée devient un facteur de résilience. La modernisation documentaire engagée en 2026 s’inscrit ainsi dans une logique de continuité et de souveraineté. Elle rappelle qu’une institution forte est aussi celle qui sait préserver et organiser son histoire pour mieux préparer l’avenir.
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