Masoud Pezeshkian, la modération pour sauver l’Iran

Par Yassine Andaloussi
Depuis son accession à la présidence iranienne, Masoud Pezeshkian s’emploie à se distinguer par un ton mesuré et un discours moins dogmatique que celui du noyau dur du régime. Sa position sur le hijab obligatoire, symbole central de l’orthodoxie politique des mollahs, illustre cette stratégie puisqu’il affirme y croire mais rejette l’idée d’une imposition par la force en privilégiant l’éducation et la persuasion.
Une nuance qui, dans le contexte iranien, prend la forme d’un acte politique calculé. Sur le plan intérieur, cette posture vise à désamorcer une tension sociale latente depuis la mort de Mahsa Amini en 2022, événement qui a déclenché un mouvement de contestation sans précédent. Pezeshkian sait que l’obsession coercitive sur le hijab est devenue un facteur de fracture entre l’État et une partie croissante de la société, notamment la jeunesse urbaine et connectée. En relâchant la pression sur ce point, il cherche à restaurer un minimum de cohésion nationale sans rompre ouvertement avec le clergé. À l’international, ce discours agit comme un signal d’ouverture. Dans un pays où chaque déclaration présidentielle est scrutée par les chancelleries occidentales, ces nuances sur un sujet hautement symbolique peuvent servir de gage de bonne foi et amorcer une fenêtre de dialogue. Ce positionnement s’inscrit dans une diplomatie d’image destinée à atténuer l’isolement du pays. Au-delà des considérations sociales, la clé de lecture réside dans l’économie. L’Iran ploie sous un régime de sanctions sévères qui limitent ses exportations pétrolières, restreignent ses accès aux marchés financiers et asphyxient son économie. Le rial connaît une chute chronique, l’inflation fragilise le pouvoir d’achat et la fuite des cerveaux s’accélère. Pezeshkian, pragmatique, sait que la stabilité politique est indissociable d’un redressement économique. En modulant la ligne idéologique sur des sujets emblématiques, il espère créer un climat propice à un allègement des sanctions. Il ne s’agit pas d’un virage idéologique complet mais d’une stratégie d’ajustement visant à montrer des signes de modération afin d’ouvrir des canaux de négociation notamment avec l’Union européenne et certains pays du Golfe. Sa marge de manœuvre reste toutefois limitée car la politique étrangère et les dossiers stratégiques demeurent étroitement contrôlés par le Guide suprême et les Gardiens de la Révolution. Pezeshkian ne peut donc engager que des réformes par petites touches en évitant de franchir les lignes rouges du régime. Cette prudence est en elle-même un signe de réalisme politique puisque pour moderniser un système verrouillé, il ne mise pas sur la rupture mais sur l’érosion progressive des rigidités. Le hijab devient alors un levier symbolique non seulement pour apaiser la société mais aussi pour tester jusqu’où il peut aller dans l’assouplissement. La trajectoire de Pezeshkian révèle ainsi une double lecture. À l’intérieur, il tente de réduire la fracture entre le pouvoir et la société en relâchant l’étau idéologique. À l’extérieur, il veut faire évoluer l’image de l’Iran afin de relancer des échanges économiques et diplomatiques. Sa modération n’est pas un hasard mais une stratégie de survie face à une crise économique imminente. Le succès de ce pari dépendra moins de sa volonté que de sa capacité à naviguer dans un système où le président reste un acteur parmi d’autres et où chaque geste d’ouverture se heurte à la méfiance des gardiens de l’orthodoxie.

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