Maroc : Une présence stratégique à la passation de commandement de l’Africom
Rabat au cœur de la nouvelle donne militaire américaine en Afrique
LA VÉRITÉ
Le Maroc a marqué une étape décisive dans sa diplomatie de défense en participant, les 14 et 15 août 2025, à la cérémonie de passation de commandement de l’Africom à Stuttgart, en Allemagne. Un événement hautement symbolique, où le général américain Michael Langley a transmis le flambeau au général Dagvin R. M. Anderson, en présence de hauts responsables militaires et civils venus des États-Unis, d’Afrique et d’Europe. Le Royaume était représenté par le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des Forces armées royales (FAR) et commandant de la zone Sud, agissant sous les instructions directes de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Chef suprême des armées.
Un partenariat solide, ancré dans la confiance
Dès son arrivée à Stuttgart, le général Berrid a multiplié les rencontres bilatérales, réaffirmant l’engagement du Maroc en faveur d’une coopération militaire élargie et structurée avec les États-Unis. Ces échanges, menés dans un climat de grande proximité, ont porté sur la sécurité régionale, la lutte contre le terrorisme, la gestion des flux migratoires et la modernisation des capacités de défense africaines.
Ce niveau d’implication n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une vision stratégique claire : celle de positionner le Maroc comme un partenaire incontournable pour les grandes puissances, notamment dans un contexte de montée en puissance de la Russie et de la Chine sur le continent.
L’Africom vers un ancrage africain ?
Un sujet dominait les discussions en coulisses : la relocalisation du quartier général de l’Africom. Créé en 2007 par l’ancien président George W. Bush, le commandement américain pour l’Afrique est toujours basé à Stuttgart, en raison de réticences diplomatiques et logistiques. Pourtant, l’idée d’un déplacement sur le continent africain ressurgit avec force sous l’administration Trump, qui souhaite affirmer une présence américaine plus visible et plus légitime en Afrique.
Et le Maroc figure en bonne place parmi les candidats. Sa position géostratégique, à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, ses infrastructures militaires modernes et sa stabilité politique en font un partenaire idéal. Plusieurs rapports de presse, notamment espagnols, évoquent des études avancées pour installer le futur siège de l’Africom à la base militaire de Kénitra, déjà utilisée lors des manœuvres conjointes African Lion.
African Lion, un modèle de coopération opérationnelle
Ces exercices militaires, coorganisés chaque année par Rabat et Washington, sont devenus un symbole de la convergence stratégique entre les deux pays. En 2025, ils ont réuni plus de 10 000 militaires de 30 nations, démontrant une capacité de coordination exceptionnelle et une interopérabilité accrue entre les forces américaines et africaines.
Pour les analystes, African Lion ne se limite pas à un entraînement tactique : il incarne un levier diplomatique majeur, où le Maroc joue le rôle de facilitateur régional, en faveur d’une sécurité collective.
Un choix stratégique en gestation
Si le Pentagone n’a pas encore tranché, les critères sont clairs : logistique, stabilité, fiabilité des partenariats. Dans ce cadre, le Maroc devance nettement d’autres options, comme la base espagnole de Rota, désormais écartée. Une décision officielle devrait être annoncée dans les prochains mois, et elle pourrait redessiner durablement la carte de la présence militaire américaine en Afrique.
Pour Rabat, cette relocalisation représenterait bien plus qu’un simple gain d’influence. Ce serait une reconnaissance internationale de son rôle de stabilisateur régional, un levier économique (via les investissements dans les infrastructures) et un atout diplomatique face aux ambitions concurrentes de Moscou et Pékin.
Un héritage qui prend forme
Il est significatif que ce débat relance une promesse non tenue : celle de George W. Bush, qui souhaitait dès 2007 un QG de l’Africom en Afrique, pour les Africains, avec les Africains. Aujourd’hui, près de deux décennies plus tard, cette vision semble enfin à portée de main.
Et le Maroc, par sa constance, sa modernisation accélérée et son ouverture stratégique, s’impose comme l’un des artisans de ce tournant. Comme l’a souligné un haut responsable des FAR à Stuttgart : « Nous ne cherchons pas à héberger une base pour l’héger, mais à construire une sécurité partagée, fondée sur la souveraineté et la responsabilité. »
Une place centrale dans la sécurité continentale
La participation du Maroc à la passation de commandement de l’Africom n’est pas un simple acte protocolaire. Elle témoigne d’une montée en puissance du Royaume dans le concert des grandes puissances stratégiques.
Alors que les États-Unis cherchent à contrecarrer l’influence de leurs rivaux, le Maroc apparaît comme un allié crédible, fiable et opérationnel. Et si le QG de l’Africom devait un jour s’implanter sur le continent, Kénitra, Dakhla ou Tindouf pourraient bien figurer sur la carte du Pentagone.
Dans un monde en mutation, où la géopolitique se joue désormais sur le terrain de la coopération plutôt que de la confrontation, le Maroc trace une voie claire : souveraineté, stabilité et partenariat.
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