Maroc–Royaume-Uni : un partenariat qui change d’échelle
Le Maroc et le Royaume-Uni franchissent une nouvelle étape dans leur partenariat économique avec l’actualisation des règles qui encadrent leur accord d’association. En simplifiant les procédures douanières, en modernisant les règles d’origine et en renforçant l’intégration des chaînes de valeur régionales, Rabat et Londres créent un environnement plus favorable aux investissements, aux exportations et aux projets industriels communs dans un contexte marqué par la montée des échanges bilatéraux et les grands chantiers engagés par le Royaume.

Par Fayçal El Amrani
Six ans après la signature de leur accord d’association post-Brexit, le Maroc et le Royaume-Uni poursuivent l’adaptation de leur cadre commercial afin de répondre aux nouvelles réalités du commerce international. La décision n° 01/2026 du Conseil d’association, signée le 16 mars 2026, modifie le Protocole 4 relatif aux règles d’origine et aux méthodes de coopération administrative. Cette évolution, relayée par une récente circulaire de l’Administration des douanes et impôts indirects, apporte des ajustements techniques dont les effets dépassent largement le cadre administratif. Elle vise à offrir davantage de souplesse aux entreprises, à sécuriser les échanges préférentiels et à accompagner l’accélération des flux commerciaux entre les deux Royaumes, alors que les investissements britanniques au Maroc et les ambitions communes autour de la Coupe du monde 2030 ouvrent une nouvelle phase de coopération économique.
Une intégration plus poussée des chaînes de valeur
L’un des principaux apports des nouvelles dispositions concerne l’évolution des règles de cumul de l’origine, un mécanisme déterminant pour les entreprises dont la production est répartie entre plusieurs pays. Les matières ou opérations de transformation réalisées au Maroc, au Royaume-Uni, dans l’Union européenne, en Islande, en Norvège, en Suisse, au Liechtenstein ou en Turquie peuvent désormais être prises en compte selon des modalités adaptées à l’organisation actuelle des chaînes de production. Cette évolution tient compte de la fragmentation croissante des processus industriels, où un même produit est élaboré dans plusieurs pays avant son exportation.
Pour les industriels marocains, cette adaptation renforce les possibilités d’intégration dans des filières fortement internationalisées, notamment l’automobile, l’aéronautique, le textile, les équipements électriques et l’industrie agroalimentaire. Les entreprises bénéficient d’une plus grande souplesse dans le choix de leurs fournisseurs et dans l’organisation de leurs approvisionnements, tout en conservant l’accès aux préférences tarifaires prévues par l’accord commercial.

Les nouvelles dispositions précisent également les conditions dans lesquelles les marchandises conservent leur origine préférentielle lorsqu’elles transitent par un pays tiers. Les opérations de transbordement, de stockage temporaire ou de fractionnement des expéditions sont autorisées lorsque les produits demeurent sous le contrôle des autorités douanières et qu’aucune transformation susceptible d’en modifier l’origine n’est effectuée. Cette clarification répond à l’organisation actuelle des réseaux logistiques internationaux, où les plateformes portuaires et les centres de distribution occupent une place stratégique dans l’acheminement des marchandises.
Le dispositif modernise également les moyens de preuve exigés lors des contrôles douaniers. Les opérateurs pourront présenter un document de transport couvrant l’ensemble du parcours, une attestation délivrée par les autorités du pays de transit ou tout autre document permettant d’établir la traçabilité des marchandises. Les modalités applicables aux certificats EUR.1, aux certificats EUR-MED et aux déclarations sur facture sont adaptées dans le même objectif de sécurisation et de simplification des opérations commerciales.
Ces ajustements offrent aux exportateurs un cadre plus lisible pour organiser leurs flux commerciaux entre le Maroc et le Royaume-Uni. Ils réduisent les incertitudes liées aux procédures administratives et facilitent l’intégration des entreprises dans des chaînes d’approvisionnement de plus en plus internationales.
Des échanges commerciaux en forte progression
L’actualisation de l’accord intervient dans un contexte marqué par le renforcement des relations économiques entre Rabat et Londres. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord d’association en 2021, les échanges commerciaux ont enregistré une progression régulière, portée par la diversification des exportations marocaines et par l’intérêt croissant des entreprises britanniques pour le marché marocain. Selon les statistiques du gouvernement britannique, le commerce total de biens et de services entre les deux pays a atteint près de 4,2 milliards de livres sterling au cours des quatre derniers trimestres disponibles, soit environ 53 milliards de dirhams, confirmant la place du Maroc parmi les principaux partenaires du Royaume-Uni sur le continent africain.
Les exportations marocaines vers le Royaume-Uni reposent sur une base de plus en plus diversifiée. Les produits agricoles et agroalimentaires conservent un poids important, avec les tomates, les fruits rouges, les agrumes et les produits de la pêche, mais ils sont désormais accompagnés par une montée en puissance des industries manufacturières. Les équipements automobiles, les composants électriques, les produits textiles à forte valeur ajoutée et certains équipements destinés à l’industrie britannique gagnent progressivement du terrain, illustrant la transformation du tissu productif marocain.
Les importations en provenance du Royaume-Uni reflètent également cette complémentarité. Elles concernent principalement les machines industrielles, les équipements de haute technologie, les produits pharmaceutiques, les matériels de transport, les services financiers ainsi que plusieurs prestations à forte valeur ajoutée destinées aux secteurs industriels et aux infrastructures. Cette configuration traduit une relation économique qui s’appuie autant sur les investissements et les services que sur les échanges de marchandises.
Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie plus large engagée par les deux gouvernements pour accroître les flux d’investissement. Le Royaume-Uni accompagne déjà plusieurs projets au Maroc dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, des services financiers, de l’enseignement supérieur et de la transition énergétique. Les préparatifs de la Coupe du monde 2030 ouvrent également de nouvelles perspectives pour les entreprises britanniques spécialisées dans les transports, les équipements sportifs, les infrastructures urbaines, les technologies numériques et les services d’ingénierie.
Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’atouts qui renforcent son attractivité auprès des investisseurs britanniques. La stabilité du cadre macroéconomique, l’extension de son réseau d’accords de libre-échange, la montée en gamme de son industrie, le développement de plateformes comme Tanger Med et les investissements réalisés dans les énergies renouvelables confortent son positionnement comme plateforme de production et d’exportation vers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient. Pour les entreprises britanniques confrontées à la recomposition de leurs chaînes d’approvisionnement depuis le Brexit, le Royaume représente un partenaire capable d’offrir à la fois proximité géographique, compétitivité industrielle et accès à de nouveaux marchés.
Un partenariat tourné vers les grands projets de la prochaine décennie
L’actualisation de l’accord commercial intervient à un moment où la coopération entre Rabat et Londres s’élargit à des secteurs à forte valeur ajoutée. Lors du Morocco–UK Business Forum organisé à Rabat en 2026, les responsables des deux pays ont affiché l’objectif d’accélérer les échanges commerciaux et les investissements à l’horizon 2030, en s’appuyant sur les infrastructures, les services, les technologies et l’innovation. Cette orientation accompagne les grands programmes d’investissement engagés par le Maroc dans les transports, l’eau, la santé, l’aménagement urbain et les infrastructures sportives en préparation de la Coupe du monde 2030.

Les énergies renouvelables figurent parmi les principaux axes de cette coopération. Le Maroc dispose d’un potentiel reconnu dans le solaire et l’éolien, tandis que le Royaume-Uni poursuit l’accélération de sa stratégie de décarbonation. Les deux pays identifient l’hydrogène vert, l’ammoniac bas carbone et les nouvelles filières énergétiques comme des domaines de coopération industrielle et technologique. Le Royaume a fixé l’objectif de couvrir jusqu’à 4 % de la demande mondiale en hydrogène à l’horizon 2030 grâce à sa stratégie nationale et à l’initiative « Offre Maroc », qui vise à attirer des investisseurs internationaux autour de projets de production et de transformation.
La coopération financière constitue également un levier important. La place financière de Londres demeure l’une des principales plateformes mondiales pour le financement des infrastructures, des projets climatiques et des investissements internationaux. Pour le Maroc, cette complémentarité peut faciliter la mobilisation de capitaux destinés aux projets structurants, notamment dans les domaines de la transition énergétique, des réseaux de transport, de la gestion de l’eau, de la logistique et de la transformation industrielle.
Cette dynamique s’appuie également sur la position géographique du Royaume. Grâce à Tanger Med, premier port à conteneurs de Méditerranée et d’Afrique, à son réseau d’accords de libre-échange couvrant plus de deux milliards de consommateurs et à l’essor de plateformes industrielles intégrées dans l’automobile, l’aéronautique, l’électronique et l’agroalimentaire, le Maroc renforce son rôle de plateforme de production et d’exportation reliant l’Europe, l’Afrique et le bassin atlantique. Cette configuration répond aux stratégies de diversification des chaînes d’approvisionnement engagées par de nombreux groupes internationaux depuis plusieurs années.
Les ajustements apportés au cadre commercial s’inscrivent dans cette évolution de long terme. Ils offrent aux entreprises un environnement réglementaire plus adapté aux exigences des échanges internationaux et créent des conditions favorables à l’émergence de nouveaux partenariats industriels, technologiques et financiers entre le Maroc et le Royaume-Uni. Les prochaines années permettront de mesurer la capacité des deux pays à transformer cette modernisation juridique en projets d’investissement, en créations de valeur et en nouvelles opportunités pour leurs entreprises.

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