Face à un risque d’incendie élevé, le Maroc muscle son dispositif de protection des forêts
Face à un risque d'incendie de forêt historiquement élevé pour l'été 2026, l'ANEF déploie un plan d'urgence de 150 millions de dirhams au Maroc
LA VÉRITÉ
Le Royaume est en état d’alerte maximale. L’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) a émis un avertissement formel concernant un risque exceptionnellement élevé d’incendies de forêt pour l’été 2026. Cette situation météo paradoxale découle directement des généreuses pluies hivernales : si ces dernières ont permis de revitaliser les écosystèmes agricoles et de redresser le niveau des barrages, elles ont également favorisé le développement d’une biomasse végétale d’une densité rare. Avec l’arrivée des fortes chaleurs estivales, ce tapis végétal se transforme en un combustible hautement inflammable, capable d’accélérer l’éruption et la propagation rapide des flammes.
Les signaux d’alarme se sont concrétisés dès la fin du mois de mai avec des températures frôlant déjà les 45°C dans plusieurs provinces, présageant une saison estivale d’une rigueur extrême. Ce contexte national s’inscrit dans une urgence climatique globale, l’année 2025 s’étant classée comme la troisième année la plus chaude jamais enregistrée dans le monde, confirmant le franchissement du seuil critique des 1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle.
Le plan de riposte de l’ANEF : 150 millions de dirhams mobilisés
Pour faire face à cette menace imminente, le Maroc a anticipé sa stratégie de défense en débloquant un budget massif de 150 millions de dirhams (MDH) pour l’année 2026. Ce programme opérationnel d’envergure est structuré autour de plusieurs axes de prévention et d’intervention rapide, à commencer par une surveillance humaine renforcée grâce au déploiement stratégique de 1 493 guetteurs d’incendie à travers l’ensemble des zones forestières du territoire national pour assurer une détection précoce.
De plus, le plan prévoit d’importants travaux de maintenance intensive des pistes forestières pour faciliter l’accès des secours, ainsi que l’entretien des tranchées pare-feu et l’approvisionnement rigoureux des points d’eau d’urgence au titre des infrastructures de défense. En parallèle, une sensibilisation citoyenne est mise en place par le biais du lancement de vastes campagnes de communication auprès des populations locales, des agriculteurs et des riverains des massifs forestiers pour minimiser les comportements à risque. L’enjeu est de taille, particulièrement dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, une zone géographique qui concentre à elle seule 40 % des départs de feu nationaux et subit 89 % de la superficie totale brûlée à l’échelle du pays, demeurant ainsi le point noir de la cartographie des risques.
Un défi crucial pour les engagements climatiques du Royaume
La préservation des 7,3 millions d’hectares de forêts que compte le Maroc dépasse le cadre de la simple sécurité civile ; elle est au cœur de la stratégie nationale d’adaptation climatique. Ces espaces naturels jouent un rôle vital dans la régulation du cycle de l’eau, la séquestration du carbone et la lutte contre l’érosion des sols.
La protection de ce patrimoine vert est explicitement intégrée dans la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) du Maroc dans le cadre de l’Accord de Paris, ainsi que dans le programme national de reboisement 2022-2030 qui ambitionne de planter 600 000 hectares. Une saison des feux destructrice mettrait gravement en péril la réalisation de ces objectifs environnementaux, ce qui explique la mobilisation sans précédent des autorités marocaines à l’aube de cet été de tous les dangers.
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