Statistiques de l’emploi : La vérité des chiffres face aux défis de l’économie réelle
La nouvelle Enquête sur la Main-d'œuvre (EMO2026) du HCP : entre dynamisme macroéconomique, recul du chômage strict à 9,5% et persistance des fractures structurelles chez les jeunes et les diplômés

LA VÉRITÉ
Le paysage statistique national franchit un cap décisif avec la publication, par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), des indicateurs du marché du travail au titre du deuxième trimestre 2026. En inaugurant la nouvelle Enquête sur la Main-d’œuvre (EMO2026), le Royaume s’arrime enfin aux standards internationaux les plus exigeants édictés par l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Cette mise à niveau méthodologique, qui élargit l’échantillon à 135.000 ménages et s’adosse au RGPH 2024, doit être saluée comme une avancée majeure vers la transparence, la rigueur et la précision dans le pilotage des politiques publiques.
Toutefois, si l’adoption de concepts plus stricts, tels que le chômage strict (établi à 9,5% au niveau national) et l’évaluation multidimensionnelle de la sous-utilisation de la main-d’œuvre (18,9%), offre une lecture renouvelée, elle ne saurait masquer les fragilités persistantes qui traversent l’économie réelle.
Certes, les chiffres du deuxième trimestre affichent une dynamique encourageante, avec une progression de la main-d’œuvre à 11.764.000 personnes et la création de 279.000 postes d’emploi contre revenu par rapport au trimestre précédent, portés principalement par le secteur des services (qui concentre 49,3% des actifs occupés) et l’industrie. De même, le recul trimestriel du chômage strict de 1,3 point, passant de 10,8% au premier trimestre à 9,5%, témoigne d’une résilience appréciable de l’appareil productif, s’accompagnant d’une baisse du taux composite de la sous-utilisation de la main-d’œuvre à 18,9%.
Cependant, l’analyse de ces données met en lumière des lignes de fracture structurelles qu’aucune transition statistique ne saurait effacer. Les disparités de genre et d’âge demeurent criantes : un taux de participation des femmes bloqué à 18,1% (contre 66,5% pour les hommes), un chômage des jeunes de 15 à 24 ans qui s’élève encore à 27,2%, et un taux composite de sous-utilisation atteignant 41,7% pour cette même tranche d’âge (ainsi que 26,7% pour les femmes). De surcroît, le rapport souligne que le chômage frappe plus lourdement les diplômés, le taux de chômage strict atteignant 16,7% pour les détenteurs d’un diplôme avancé et 16% pour les intermédiaires. Ces indicateurs rappellent l’urgence absolue d’accélérer l’insertion socio-professionnelle de la jeunesse et de libérer le potentiel d’activité féminine, véritable angle mort de notre modèle de croissance.
Le mérite de l’EMO2026 est de doter les décideurs d’un thermomètre d’une redoutable exactitude, mettant également en relief de fortes disparités régionales, à l’image d’un taux composite de sous-utilisation culminant à 26,2% dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra ou 26,2% dans l’Oriental. L’heure n’est donc plus aux approximations, mais à l’action ciblée. Pour que la modernisation statistique s’accompagne d’une véritable prospérité partagée, l’effort d’investissement public doit impérativement se traduire par des réformes structurelles profondes, capables de transformer l’audace macroéconomique du Royaume en emplois durables et qualifiants dans tous les territoires.

Suivez les dernières actualités de Laverite sur Google news