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Maroc : Fronde contre la réforme du Conseil national de la presse

Colère des journalistes face au projet de réorganisation du Conseil national de la presse

LA VÉRITÉ


Adopté dans la précipitation et sans réelle concertation, le projet de réorganisation du Conseil national de la presse (CNP), porté par le ministre de la Culture Mehdi Bensaïd, soulève une vague de colère inédite parmi les professionnels des médias marocains. Pour ses opposants, ce texte incarne un tournant préoccupant : celui d’un recul assumé face à la liberté de la presse et aux principes de gouvernance démocratique.

Depuis plusieurs jours, une coalition large et déterminée prend forme à Rabat. Des représentants de syndicats de journalistes, d’organisations professionnelles, d’associations culturelles et de structures de défense des libertés ont multiplié les réunions pour dénoncer un projet jugé contraire à l’esprit de la Constitution. Cette réforme, selon eux, vide le CNP de sa mission première : garantir une autorégulation libre, représentative et pluraliste du paysage médiatique national.

Au cœur du malaise, les nouvelles dispositions de la loi apparaissent comme une régression nette.

Les journalistes dénoncent une tentative de marginalisation des corps intermédiaires et un affaiblissement méthodique de leur représentativité

Le texte propose en effet un recentrage des pouvoirs entre les mains de l’exécutif, au détriment de l’élection des membres de l’instance. Ce retour à un modèle de nomination, déjà invalidé par la Cour constitutionnelle, est perçu comme une manœuvre politique visant à soumettre le champ médiatique à des logiques de contrôle. Les journalistes dénoncent une tentative de marginalisation des corps intermédiaires et un affaiblissement méthodique de leur représentativité.

La méthode employée par le gouvernement ajoute à la défiance. Élaboré sans dialogue avec les acteurs concernés, le projet a été soumis au Parlement et adopté en un temps record. Une stratégie jugée brutale, opaque et incompatible avec les engagements démocratiques du pays. En gelant les élections du Conseil, puis en ressuscitant un ancien dispositif controversé, l’exécutif donne le sentiment de vouloir verrouiller un organe censé incarner la liberté d’expression.

Mais la riposte s’organise. Face à ce qu’ils qualifient de dérive autoritaire, les professionnels des médias annoncent la constitution d’un front unitaire. L’objectif affiché est clair : bloquer l’adoption du projet, alerter l’opinion publique et défendre les acquis en matière de liberté d’information. Une dynamique de résistance est en cours, portée par une volonté transversale de faire barrage à toute tentative de recentralisation du contrôle médiatique.

Les initiateurs de cette mobilisation rappellent que l’enjeu dépasse les seuls intérêts corporatistes. Il s’agit, selon eux, de préserver un espace vital de débat démocratique dans une société en mutation, où les médias libres jouent un rôle irremplaçable dans l’équilibre des pouvoirs. Une série d’actions concertées est déjà annoncée, mêlant plaidoyer, mobilisations de terrain et interpellation des institutions nationales et internationales.

Ce bras de fer entre le gouvernement et les professionnels de la presse marocaine pourrait bien devenir un marqueur politique majeur des mois à venir. Car au-delà du Conseil national de la presse, c’est la conception même de la régulation indépendante et du rôle des journalistes dans l’espace public qui se trouve aujourd’hui au centre du débat.


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