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Maroc-Espagne : pourquoi le marché marocain compte autant que les États-Unis

La Vérité


Les exportations espagnoles vers le Maroc dépassent désormais 12 milliards d’euros, selon le ministre espagnol de l’Économie Carlos Cuerpo. Un niveau qui rapproche le Royaume du marché américain et confirme le poids stratégique de la relation économique entre Rabat et Madrid.

Le chiffre avancé lundi par Carlos Cuerpo donne une nouvelle mesure du rapprochement économique entre le Maroc et l’Espagne. Le premier vice-président du gouvernement espagnol et ministre de l’Économie, du Commerce et de l’Entreprise a indiqué que les exportations espagnoles vers le Royaume dépassaient désormais 12 milliards d’euros.

Surtout, le ministre espagnol a lui-même établi la comparaison avec les États-Unis. Les exportations espagnoles vers le marché américain atteignent environ 16 milliards d’euros, soit un écart désormais relativement limité avec le Maroc.

Cette comparaison illustre le changement d’échelle de la relation commerciale entre les deux pays. Pour les entreprises espagnoles, le marché marocain ne constitue plus seulement un débouché régional. Il représente désormais un marché stratégique auquel Madrid entend continuer à apporter un soutien actif.

Un marché stratégique pour les entreprises espagnoles

Selon Carlos Cuerpo, l’importance du marché marocain justifie la poursuite d’une politique destinée à accompagner la présence des entreprises espagnoles dans le Royaume. Le ministre a toutefois insisté sur un principe : la relation commerciale, économique et financière entre les deux pays doit reposer sur la réciprocité.

Cette remarque intervient alors que les échanges bilatéraux ont fortement progressé ces dernières années. L’industrie, les infrastructures, l’automobile, l’énergie, les services, la logistique et l’agroalimentaire figurent parmi les secteurs qui structurent cette relation.

Par ailleurs, la proximité géographique donne au Maroc une place particulière dans les stratégies des entreprises espagnoles. Le Royaume constitue à la fois un marché de consommation, une plateforme industrielle et une porte d’entrée vers l’Afrique pour de nombreux opérateurs européens.

Cette évolution crée également une forme d’interdépendance. L’Espagne cherche à développer ses exportations vers le Maroc, tandis que les entreprises marocaines s’intègrent davantage dans les chaînes de valeur européennes. Les deux économies sont notamment liées par les flux industriels, les investissements et les infrastructures portuaires et logistiques.

Sebta reste un point de tension

Cependant, la dynamique économique ne fait pas disparaître les sujets de friction entre les deux pays. La question de Sebta demeure particulièrement sensible.

Carlos Cuerpo a ainsi été interrogé sur les mesures que Madrid pourrait prendre si une enquête établissait une responsabilité marocaine dans l’arrivée massive de migrants irréguliers à Sebta à la fin du mois de juillet.

Le ministre a refusé de spéculer sur d’éventuelles mesures, rappelant que les investigations se poursuivent. Il a néanmoins indiqué que le gouvernement espagnol entendrait agir fermement si des responsabilités étaient établies.

Dans le même temps, Madrid continue de soutenir l’économie de Sebta, fortement affectée par la baisse de son activité. Le gouvernement espagnol a notamment prévu plus de 4 millions d’euros par an jusqu’en 2031 pour renforcer le financement de l’Autorité portuaire de la ville.

En outre, l’exécutif espagnol a mobilisé 80 millions d’euros d’aides directes en quatre mois en faveur des travailleurs indépendants et des entreprises de Sebta. Selon le gouvernement espagnol, cette enveloppe représente environ 4 % du PIB local.

Une relation économique devenue difficile à contourner

Au fond, les chiffres avancés par Carlos Cuerpo montrent une réalité qui dépasse les tensions ponctuelles : l’économie espagnole et l’économie marocaine sont désormais étroitement liées.

Avec plus de 12 milliards d’euros d’exportations espagnoles vers le Royaume, le Maroc se rapproche du niveau des États-Unis comme débouché commercial pour les entreprises espagnoles.

Le message envoyé depuis Madrid est donc double. D’un côté, l’Espagne veut protéger ses intérêts et défendre ses entreprises. De l’autre, elle reconnaît le poids économique croissant du marché marocain.

Cette évolution confirme également l’importance de la relation avec son principal partenaire économique européen. La proximité géographique ne constitue plus le seul facteur de cette relation : les investissements, les chaînes de production et les échanges commerciaux créent désormais des intérêts économiques communs.

La question est donc moins de savoir si le Maroc compte pour l’économie espagnole que de mesurer jusqu’où cette interdépendance peut encore progresser. Les 12 milliards d’euros d’exportations espagnoles constituent, à cet égard, un indicateur particulièrement révélateur.


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