Conseil de sécurité 2028-2029 : le Maroc porte sa candidature à l’ONU, le choix africain reste ouvert
Nasser Bourita a présenté mardi la candidature marocaine à un siège non permanent du Conseil de sécurité devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Mais le processus africain n’est pas encore tranché : l’Union africaine maintient à ce stade les candidatures du Maroc et de la Libye pour l’Afrique du Nord et appelle la région à parvenir à un candidat unique

La Vérité
Le Maroc a porté, mardi 22 septembre à New York, sa candidature à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période 2028-2029. Devant le débat général de la 81e session de l’Assemblée générale, Nasser Bourita a présenté cette démarche comme l’expression de la volonté du Royaume de continuer à contribuer à la paix, à la sécurité collective et au multilatéralisme.
L’annonce donne une nouvelle visibilité internationale à une candidature qui ne date toutefois pas de cette semaine. Les documents de l’Union africaine montrent que son Conseil exécutif avait déjà pris acte, en février 2021, des candidatures du Maroc et de la Libye pour le mandat 2028-2029.
C’est précisément sur ce point que se situe désormais l’un des enjeux diplomatiques du dossier.
Maroc et Libye toujours inscrits par l’Union africaine
La décision la plus récente du Conseil exécutif de l’Union africaine, adoptée lors de sa session des 28 et 29 juillet 2026 à Addis-Abeba, cite quatre candidatures africaines pour l’élection de juin 2027 : le Nigeria et la Guinée-Bissau pour l’Afrique de l’Ouest, ainsi que le Maroc et la Libye pour l’Afrique du Nord.
Le document ne départage donc pas Rabat et Tripoli.
Au contraire, l’Union africaine invite les régions d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest à mener des consultations « au plus haut niveau politique » afin de parvenir à un candidat unique pour chaque région. Le Comité des candidatures du Groupe africain à New York doit examiner le dossier et présenter un rapport au Comité ministériel lors du sommet de l’UA de janvier 2027.
À ce stade, il serait donc prématuré de présenter le Maroc comme le candidat déjà désigné de l’Afrique du Nord.
Tripoli a lancé sa campagne cinq jours avant l’annonce de Bourita
La Libye mène parallèlement sa propre campagne. Son ministère des Affaires étrangères indique avoir officiellement lancé sa candidature le 17 septembre à New York, lors d’une réception organisée au siège des Nations Unies. Selon les autorités libyennes, des ambassadeurs et représentants de plus de 140 États membres y ont participé.
Trois jours plus tard, le représentant permanent de la Libye auprès de l’ONU, Taher El-Sonni, a défendu publiquement la candidature de son pays. Il a affirmé que Tripoli avait confirmé dès 2020 son intention de briguer le siège pour 2028-2029 et considère que cette période correspond, selon l’interprétation libyenne du mécanisme de rotation africain, au tour de la Libye.
Il s’agit toutefois de la position défendue par Tripoli. La décision de l’Union africaine de juillet 2026 ne reconnaît pas une priorité définitive à l’un des deux pays et maintient formellement les deux candidatures nord-africaines.
Une campagne marocaine préparée depuis plusieurs années
De son côté, Rabat travaille depuis plusieurs années à la construction de soutiens diplomatiques autour de sa candidature.
La Côte d’Ivoire avait notamment exprimé son soutien à la candidature marocaine, tout comme l’Éthiopie. Le Burundi a également annoncé explicitement son appui au Maroc pour le mandat 2028-2029, tandis qu’un communiqué conjoint maroco-cambodgien fait état du soutien du Cambodge.
Ces soutiens bilatéraux constituent des éléments de la campagne diplomatique marocaine, mais ils ne remplacent ni le processus de coordination au sein de l’Union africaine ni le vote final de l’Assemblée générale.
Une élection prévue en juin 2027
L’élection des membres non permanents pour la période 2028-2029 doit se tenir à New York en juin 2027, comme le confirme la décision de l’Union africaine.
La décision finale appartient à l’Assemblée générale des Nations Unies. Les membres non permanents du Conseil de sécurité sont élus à bulletin secret et doivent obtenir une majorité des deux tiers des États présents et votants.
Une éventuelle coordination africaine autour d’un candidat unique peut donc faciliter une candidature, mais elle ne vaut pas automatiquement élection.
Un quatrième mandat en cas d’élection
Le Maroc a déjà siégé à trois reprises au Conseil de sécurité : en 1963-1964, 1992-1993 et 2012-2013. Une élection pour 2028-2029 constituerait donc son quatrième mandat comme membre non permanent.
La séquence ouverte à New York le 22 septembre marque ainsi moins la naissance d’une candidature que son entrée dans une phase plus visible. Dans les prochains mois, l’un des passages déterminants se jouera au sein même de l’Afrique du Nord : Rabat et Tripoli restent, à ce jour, les deux candidatures recensées par l’Union africaine, qui leur demande de parvenir à une position régionale commune avant l’élection de 2027.

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