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Maroc : Vers le premier accord commercial du Chili avec un pays africain

Le Maroc et le Chili passent à une nouvelle étape de leur rapprochement économique avec l’ouverture de discussions en vue d’un accord commercial. Pour Santiago, le Royaume représente à la fois un marché de près de 40 millions d’habitants et une plateforme stratégique vers l’Afrique

La Vérité


Le rapprochement économique entre le Maroc et le Chili change de dimension. Après plusieurs mois de contacts politiques et commerciaux, les deux pays ont engagé des discussions en vue de conclure un accord commercial. La confirmation est venue début septembre du Sous-secrétariat chilien aux Relations économiques internationales (SUBREI), qui présente cette perspective comme une première pour Santiago sur le continent africain.

Un marché marocain, mais surtout une plateforme africaine

Derrière cette démarche, Santiago ne regarde pas uniquement la taille du marché marocain. Les autorités chiliennes mettent surtout en avant la position géographique du Royaume et sa capacité à servir de point d’accès aux marchés africains.

Cette lecture rejoint une évolution déjà visible dans la stratégie commerciale chilienne. En juin, lors de la visite à Rabat de la sous-secrétaire Paula Estévez, le Chili et le Maroc avaient signé une déclaration commune destinée à ouvrir la voie à un futur accord. Le document visait notamment à établir un cadre plus moderne pour développer les échanges de biens et de services et diversifier les investissements.

Quelques semaines plus tard, les deux pays ont également renforcé leur coopération dans le domaine sanitaire et phytosanitaire. Cette étape technique peut sembler moins spectaculaire qu’un accord commercial, mais elle est essentielle pour faciliter l’accès des produits agricoles et alimentaires aux deux marchés.

Des échanges encore modestes, mais un potentiel identifié

Pour l’instant, les échanges bilatéraux restent limités par rapport au potentiel affiché. Le Chili cherche notamment à accroître ses exportations vers le Maroc dans l’agroalimentaire, secteur qui concentre déjà une grande partie de ses ventes au Royaume.

Selon les données communiquées par la SUBREI, le potentiel supplémentaire d’exportations chiliennes vers le Maroc pourrait atteindre 48 millions de dollars à l’horizon 2030 si les deux pays poursuivent leurs efforts pour approfondir leurs échanges. Plus de 40 % de ce potentiel concernerait des produits agricoles.

Les produits identifiés comprennent notamment les noix, le kiwi, les pommes, les avocats, les poires, les cerises, le raisin, les fruits rouges surgelés et plusieurs autres produits agricoles. Le marché marocain intéresse donc directement les exportateurs chiliens, mais l’enjeu dépasse largement le seul secteur alimentaire.

Le rôle de Tanger Med dans cette équation

Pour Santiago, l’intérêt du Maroc repose aussi sur sa capacité logistique. Le Royaume dispose d’infrastructures qui permettent de connecter rapidement les marchés européens, méditerranéens et africains.

Le port Tanger Med constitue, dans cette perspective, un atout majeur. La plateforme portuaire renforce la position du Maroc comme hub commercial et logistique et donne une dimension concrète à l’idée d’utiliser le Royaume comme porte d’entrée vers l’Afrique.

Le Chili l’a d’ailleurs explicitement intégré à son raisonnement. La SUBREI souligne que la position géographique du Maroc et ses infrastructures logistiques peuvent faciliter une projection chilienne vers d’autres économies africaines.

Une relation qui commence à produire des affaires

Cette dynamique ne repose pas uniquement sur les négociations institutionnelles. En juin, ProChile avait organisé à Rabat sa première mission commerciale en Afrique du Nord. Seize entreprises chiliennes ont rencontré plus de 30 importateurs venus du Maroc, mais également d’Afrique, d’Europe et du Moyen-Orient.

Au total, 188 rendez-vous d’affaires avaient été organisés, avec des perspectives de transactions dépassant 16,2 millions de dollars.

Ces chiffres donnent une première indication de l’intérêt du secteur privé. Ils montrent surtout que la future architecture commerciale entre Rabat et Santiago ne se construit pas uniquement dans les ministères : elle commence aussi à se tester auprès des entreprises.

Pour Rabat, une ouverture supplémentaire vers l’Amérique latine

L’enjeu est également stratégique pour le Maroc. Un accord avec Santiago permettrait de renforcer la présence économique du Royaume en Amérique latine et de diversifier davantage ses partenariats commerciaux.

La négociation devra toutefois transformer les déclarations d’intention en mécanismes concrets : accès aux marchés, règles d’origine, normes sanitaires, services, investissements et facilitation des échanges.

C’est là que se situera le véritable test. Le Maroc et le Chili ont déjà posé les premières briques politiques et techniques. Ils doivent désormais déterminer jusqu’où ils veulent aller.

Pour Santiago, le calcul est clair : trouver au Maroc un partenaire commercial africain et une plateforme régionale. Pour Rabat, l’opportunité est symétrique : consolider un partenariat avec une économie latino-américaine et ouvrir davantage les portes d’un marché encore relativement peu exploré.

Le futur accord, ne sera donc pas seulement un nouveau chapitre des relations Maroc-Chili. Il pourrait aussi devenir un instrument de projection croisée : l’Afrique pour Santiago, l’Amérique latine pour Rabat.


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