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Flux énergétiques : Le Maroc réduit de 24 % ses importations de gaz transitant par l’Espagne

Selon Enagás, les livraisons de gaz de l'Espagne vers le Maroc chutent de 24% début 2026, marquant un coup d'arrêt après le record de 10 375 GWh.

LA VÉRITÉ


Après plusieurs années d’une croissance ininterrompue, les livraisons de gaz naturel acheminées depuis l’Espagne vers le Maroc accusent un coup d’arrêt historique. Selon les dernières données officielles de l’opérateur espagnol Enagás, le Royaume a importé 2 319 gigawattheures (GWh) de gaz par le gazoduc Maghreb-Europe (GME) depuis le début de l’année 2026. Ce volume représente une contraction supérieure à 24 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Ce repli s’est considérablement accéléré au fil des mois : les expéditions ont reculé de 18 % en février, de près de 40 % en mars, pour s’effondrer de 54 % en avril. Les volumes enregistrés en avril ont ainsi atteint leur niveau le plus bas depuis octobre 2022, rompant brutalement avec la dynamique haussière amorcée lors de la réactivation du gazoduc en flux inversé.

Cette baisse marque une rupture nette avec l’évolution logistique observée depuis le lancement du flux inversé en juin 2022, mis en place pour pallier la fermeture unilatérale du pipeline par l’Algérie en octobre 2021. Les statistiques annuelles illustrent l’ampleur du revirement actuel avec 9 471 GWh distribués en 2023 sur la première année complète, suivis de 9 703 GWh en 2024, soit une progression de 2,8 %. L’année 2025 avait quant à elle enregistré un record historique à 10 375 GWh, mobilisant plus de 90 % de la capacité technique maximale du tube, estimée à 11 500 GWh par an. Durant cet exercice, le Maroc s’était ainsi imposé comme le deuxième plus grand débouché du gaz réexporté par l’Espagne en captant 26 % des volumes, juste derrière la France qui en absorbait 35 %.

Il convient de rappeler que l’Espagne n’agit pas en tant que vendeur direct. Le Maroc achète son gaz de schiste auprès de fournisseurs tiers, principalement les États-Unis, et les cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) sont déchargées et traitées dans les usines de regazéification espagnoles avant d’être injectées dans le gazoduc à Tarifa. Un dispositif strict de certification garantit d’ailleurs qu’aucun gaz d’origine algérienne ne transite vers le territoire marocain.

L’explication de ce tarissement soudain des flux est en grande partie liée à la conjoncture internationale. Le marché mondial de l’énergie subit de plein fouet l’onde de choc de la guerre en Iran, déclenchée le 28 février dernier. En raison de l’instabilité géopolitique majeure dans la région du Golfe, les cours du gaz naturel sur le marché européen ont enregistré une explosion spectaculaire de 70 %.

Ce coût prohibitif de la molécule sur le marché spot pousse vraisemblablement le Maroc à rationaliser ses achats à court terme ou à s’appuyer sur d’autres alternatives énergétiques, alors même que le pays continue de structurer sa propre stratégie d’autonomie gazière.


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