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Maroc 2026 : bilan de la conjoncture économique

Tourisme : le Maroc accueille 9,4 millions de visiteurs et engrange 64,9 milliards de dirhams de recettes voyages à fin juin 2026. Finances : le trésor replie ses levées brutes de 19,3% et restructure sa dette en marquant un repli stratégique sur les maturités à long terme. Conjoncture : la dynamique de la production d'électricité verte et de l'encours du crédit immobilier en hausse de 3,8% compense le faible repli de 0,8% du marché du ciment.


Selon les dernières notes de conjoncture de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) publiées fin août 2026, l’activité économique du Maroc au terme du premier semestre de l’année révèle des dynamiques positives mais contrastées. Porté par une croissance remarquable des recettes touristiques et une stabilisation de la liquidité bancaire, le Royaume réoriente également ses levées de fonds sur le marché du Trésor et dynamise sa production d’énergies renouvelables, malgré un léger ralentissement dans le secteur de la construction.

 

Détente de la liquidité bancaire et stabilité monétaire

Le besoin de liquidité des banques marocaines s’est légèrement atténué au cours du mois de juillet 2026. Ce besoin s’est établi à 125,7 milliards de dirhams (MMDH) en moyenne hebdomadaire, contre 127,3 MMDH au mois de juin. Dans ce contexte d’amélioration relative, Bank Al-Maghrib a diminué le volume moyen hebdomadaire de ses injections à 144,1 MMDH. La Banque Centrale a orienté ses interventions principalement vers les avances à 7 jours pour un montant de 48,9 MMDH, les pensions livrées à un et trois mois pour un volume équivalent, et les prêts garantis aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) à hauteur de 46,2 MMDH. Parallèlement, le marché interbancaire a enregistré une forte activité. Les transactions interbancaires moyennes ont progressé de 52,8% pour atteindre 3,3 MMDH en juillet. Le taux interbancaire moyen pondéré au jour le jour maintient sa stabilité à 2,25% depuis le 20 mars 2025, restant strictement aligné sur le taux directeur de la banque centrale.

 

Dette publique : repli stratégique des levées à long terme du Trésor

Les données financières de la DEPF révèlent une transformation notable de la gestion de la dette publique. Les levées brutes du Trésor ont atteint 70,8 MMDH au cours des sept premiers mois de l’année 2026, marquant un repli de 19,3% en glissement annuel. Ce recul s’explique par l’effondrement de 90,3% des souscriptions sur les maturités longues, qui sont tombées à 2,7 MMDH. Le Trésor a privilégié les maturités moyennes qui progressent de 13,7% pour s’établir à 53,3 MMDH, représentant ainsi plus de 75% du volume total levé. Les remboursements du Trésor se sont également repliés de 5% pour s’établir à 59,2 MMDH à fin juillet. Les levées nettes ont ainsi enregistré un recul de 54,4% sur un an pour s’établir à 11,6 MMDH. L’encours global des bons du Trésor s’établit à 798,9 MMDH à fin juillet, en recul de 0,6% par rapport à juin mais en progression de 1,5% depuis le début de l’année. Enfin, le volume des soumissions sur le marché des adjudications a augmenté de 1,3% pour atteindre 192 MMDH. Cette hausse a été portée par les maturités moyennes qui augmentent de 21,4% à 112 MMDH et courtes qui progressent de 26,5% à 61,4 MMDH, compensant la baisse de 61,8% des maturités longues à 18,6 MMDH.

 

Saison touristique record et envolée des recettes

Le secteur touristique marocain confirme sa position de moteur de croissance majeur. Au terme du premier semestre de l’année 2026, le Royaume a accueilli près de 9,4 millions de visiteurs, ce qui représente une hausse de 6% en glissement annuel. Les arrivées ont été stimulées par la performance des marchés émetteurs européens et américains. Les arrivées en provenance de Pologne affichent une croissance de 32%, suivies par l’Allemagne avec 14%, les Pays-Bas avec 10%, la France et la Belgique avec 9%, l’Italie avec 6% et le Royaume-Uni avec 4%. Les nuitées globales dans les établissements classés ont suivi cette dynamique avec une progression de 9%. Cette attractivité profite à de nombreuses provinces du Royaume. Les nuitées enregistrent des hausses notables à Ouarzazate de 23%, Rabat de 20%, Agadir de 11%, Casablanca de 11%, Marrakech de 10% et Tanger de 10%. Les recettes voyages ont grimpé pour s’établir à 64,9 MMDH à fin juin, affichant une progression importante de 15,9% après une hausse déjà robuste l’année précédente. Cette performance s’explique par des hausses respectives de 23,5% au premier trimestre et de 21,2% au deuxième trimestre 2026.

 

Énergie électrique et secteur immobilier : des trajectoires contrastées

La production d’énergie électrique nationale a progressé de 4% au deuxième trimestre 2026, portant la hausse au premier semestre à 1,6%. Cette évolution est soutenue par l’essor de la production des énergies renouvelables qui affiche une croissance de 21,1% dans le cadre de la loi 13-09. En revanche, la production propre de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a enregistré un recul de 6,7%. Pour combler la demande, le volume d’électricité importé a augmenté de 34,6% tandis que les exportations ont chuté de 41,5%. La consommation nationale d’électricité affiche quant à elle une progression de 8,4% au terme du premier semestre.

Enfin, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) montre des signes de ralentissement temporaire. Les ventes de ciment ont enregistré une légère baisse de 0,8% à fin juillet 2026. Ce recul est attribué aux faiblesses de la distribution et du préfabriqué qui chutent tous deux de 5,4% et de 7,2%, bien que les livraisons pour les infrastructures se soient consolidées de 13,8%. Le financement des opérations immobilières reste toutefois bien orienté. L’encours des crédits à l’immobilier a atteint 329,3 MMDH à fin juin, affichant une croissance de 3,8%. Cette dynamique est soutenue par une progression de 2,7% des crédits à l’habitat et une consolidation de 5,2% des financements destinés à la promotion immobilière.

 

Cadrage

L’économie marocaine au premier semestre 2026 se caractérise par une asymétrie majeure entre l’essor exceptionnel de ses moteurs externes et la restructuration profonde de ses modes de financement public. La trajectoire divergente de la rentabilité touristique nationale et de la politique d’émission obligataire du Trésor public est mise en évidence.

D’un côté, le secteur touristique enregistre une performance remarquable avec des recettes voyages qui grimpent à 64,9 milliards de dirhams (MMDH) à fin juin 2026, soit une progression de 15,9% par rapport à l’année précédente. Cette poussée, alimentée par l’afflux de 9,4 millions de visiteurs, démontre la forte attractivité de la destination Maroc à l’échelle internationale.

D’un autre côté, la gestion de la dette souveraine prend un tournant historique à fin juillet 2026 avec des levées brutes du Trésor en baisse de 19,3% sur un an pour s’établir à 70,8 MMDH. Cette baisse globale masque un arbitrage stratégique inédit : les émissions à long terme s’effondrent de 90,3% pour se limiter à un montant marginal de 2,7 MMDH. Pour couvrir ses engagements, le Trésor a choisi de reporter l’essentiel de ses besoins de refinancement sur le moyen terme, qui progresse de 13,7% pour atteindre 53,3 MMDH (représentant plus de 75% des levées), et sur le court terme qui augmente de 12,1% à 14,8 MMDH. Ce recul marqué des maturités longues suggère une adaptation rigoureuse des stratégies souveraines face aux conditions de taux du marché monétaire.


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