Mahmoud Abbas trace les contours d’un futur État palestinien sans le Hamas
Par Fayçal El Amrani
À quelques jours d’une conférence internationale cruciale aux Nations unies, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a pris tout le monde de court. Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron et au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, il affirme sans détour : le Hamas devra déposer les armes et céder la gouvernance de Gaza. Une déclaration qui pourrait bien rebattre les cartes diplomatiques au Proche-Orient.
Un État palestinien, oui, mais sans fusils ni factions
Ce message intervient alors que la communauté internationale cherche désespérément une issue politique au conflit israélo-palestinien. Mahmoud Abbas y pose les jalons d’un futur État palestinien « non militarisé », protégé par une force internationale et prêt à s’engager dans des arrangements sécuritaires au profit de tous — Israéliens compris. Il propose même l’envoi de troupes arabes et internationales sous mandat de l’ONU pour garantir la stabilité d’un tel processus.
Une condamnation ferme du Hamas
Le ton est sans ambiguïté. Abbas qualifie les attaques menées par le Hamas le 7 octobre 2023 de « condamnables et inacceptables ». Il appelle à la libération immédiate des otages encore détenus et exige que le mouvement islamiste remette ses armes aux Forces de sécurité palestiniennes. Une ligne rouge clairement tracée : le Hamas n’aura pas sa place dans la gouvernance de l’État palestinien à venir.
Réformes en interne et promesse d’élections
Sur le plan institutionnel, Abbas joue aussi la carte du renouveau. Il annonce la tenue d’élections présidentielle et législatives « dans l’année », placées sous supervision internationale. C’est un geste fort, attendu depuis des années, pour redonner une légitimité populaire à une Autorité palestinienne souvent critiquée pour son immobilisme. La nomination récente de Hussein al-Cheikh au poste de vice-président de l’OLP envoie également un signal de préparation à la transition politique.
Une opportunité pour la diplomatie française
Ces engagements ont immédiatement été salués par l’Élysée, qui y voit la preuve d’une volonté « réelle et inédite » d’avancer vers la solution à deux États. Emmanuel Macron, qui participera à la conférence de New York le 18 juin, pourrait saisir l’occasion pour reconnaître officiellement l’État de Palestine — à condition toutefois que le Hamas soit écarté de tout rôle politique. Un acte diplomatique fort qui placerait la France au centre du jeu géopolitique, dans une posture de médiateur crédible.
Reconnaissance internationale : Paris hésite encore
Mais l’Élysée avance avec prudence. Si certains proches du président estiment que la France peut faire cavalier seul, d’autres plaident pour une reconnaissance collective, impliquant notamment les pays arabes et d’autres partenaires occidentaux. L’impact diplomatique serait d’autant plus fort s’il s’inscrivait dans un élan international coordonné.
En écartant le Hamas du futur paysage politique, le président palestinien a ouvert un nouveau chapitre — reste à savoir si la communauté internationale saura le lire jusqu’au bout
Entre espoir palestinien et rejet israélien
Côté israélien, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le gouvernement de Tel-Aviv accuse Paris d’être « en croisade contre l’État juif ». En parallèle, Emmanuel Macron hausse le ton, dénonçant un blocus humanitaire à Gaza qualifié de « honte » et de « scandale ». Une position qui montre la complexité du jeu diplomatique, entre fermeté morale et volonté de dialogue.
New York, théâtre d’une relance possible
La conférence de l’ONU s’annonce donc comme un moment décisif. Pour Mahmoud Abbas, c’est peut-être la dernière chance de faire exister politiquement un État palestinien aux yeux du monde. Pour la France, c’est l’opportunité de jouer un rôle moteur dans une paix qui reste encore à inventer.
En écartant le Hamas du futur paysage politique, le président palestinien a ouvert un nouveau chapitre — reste à savoir si la communauté internationale saura le lire jusqu’au bout.
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