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Made in Europe : la bataille du protectionnisme industriel relancée à Bruxelles

Bataille budgétaire à Bruxelles : la définition du « Made in Europe » divise profondément les Vingt-Sept. Protectionnisme strict ou ouverture aux alliés : la France et l'Allemagne opposent deux visions de la souveraineté industrielle. Automobile et énergies vertes : l'Union européenne cherche un compromis décisif pour l'attribution des subventions publiques.


Réunis à Bruxelles ce jeudi 24 septembre 2026, les ministres de l’Industrie de l’Union européenne ont relancé le débat crucial sur les conditions d’accès aux financements publics. Entre la volonté française de réserver prioritairement les aides aux usines du continent et le souhait germano-belge d’inclure des pays partenaires, l’arbitrage s’annonce décisif pour l’avenir des filières stratégiques de l’UE.

 

Une fracture européenne sur l’attribution des deniers publics

La bataille politique sur la définition réglementaire du « Made in Europe » s’est intensifiée à Bruxelles le 24 septembre 2026. La France a officiellement appelé à réviser le dispositif d’encadrement des aides d’État présenté en mars dernier par la Commission européenne. Avant de rejoindre ses homologues européens pour une réunion ministérielle, le ministre français de l’Industrie, Sébastien Martin, a réaffirmé la nécessité de réserver les fonds publics aux outils de production régionaux. Le ministre français a martelé que l’argent public des Européens devait aller en priorité aux ouvriers et aux usines du continent.

Le texte initial élaboré par l’exécutif européen en mars 2026 vise à conditionner les subventions publiques à l’achat de biens européens pour les secteurs stratégiques comme l’automobile et les énergies décarbonées. Toutefois, Bruxelles a proposé d’élargir cette équivalence industrielle aux marchandises issues de pays tiers liés à l’UE par des accords de libre-échange, des unions douanières ou des traités sur les marchés publics. Cette disposition d’ouverture internationale suscite une opposition ferme de Paris, qui redoute une dilution de la préférence continentale.

 

L’opposition entre le « Made in Europe » et le « Made with Europe »

Face à la fermeté française, plusieurs États membres privilégient une approche plus flexible de la souveraineté industrielle. L’Allemagne défend le concept de « Made with Europe », qui permet d’intégrer dans les chaînes de valeur européennes des pays tiers alliés. La ministre allemande Katherina Reiche a rappelé l’importance de produire en Europe tout en collaborant étroitement avec des partenaires comme la Norvège, la Suisse ou le Canada. Selon Berlin, cette souplesse est indispensable pour préserver l’approvisionnement des usines continentales.

Cette ligne d’ouverture est partagée par la Belgique. Dans une déclaration accordée à la presse, le ministre belge David Clarinval a rejeté l’idée d’une liste fermée au profit d’une liste ouverte incluant toute nation respectant les règles du jeu, à l’instar du Royaume-Uni, de la Suisse, du Canada ou de la Corée du Sud. Pour la Commission européenne et ses soutiens, l’enjeu central consiste à éviter toute déstabilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales tout en préservant les relations commerciales avec les alliés stratégiques.

 

Une recherche de compromis secteur par secteur sous présidence irlandaise

Chargée d’assurer la présidence tournante de l’UE jusqu’à la fin de l’année 2026, l’Irlande tente de rapprocher les positions des Vingt-Sept. Dublin ambitionne de faire émerger une position commune au Conseil européen avant la fin de son mandat. Pour surmonter les blocages, les négociateurs étudient une formule consistant à adapter la liste des pays assimilés au « Made in Europe » secteur par secteur, voire produit par produit.

Cette approche modulée est également évoquée par la France. Le ministre Sébastien Martin a souligné que le secteur automobile bénéficie d’une chaîne de valeur fortement intégrée sur le continent européen, ce qui justifierait une protection renforcée. À l’inverse, d’autres filières industrielles dont la chaîne de valeur est plus ouverte pourraient bénéficier de critères plus souples.

 

Le Parlement européen et les industriels sous la pression du calendrier

Le débat législatif s’accélère parallèlement au Parlement européen. Les co-rapporteurs du texte, la députée allemande Anna Cavazzini et les élus français Christophe Grudler et Pierre Jouvet, présenteront leurs amendements lundi prochain. Leur objectif est de restreindre le champ géographique de la préférence européenne tout en renforçant les exigences de décarbonation. Une fois la position du Parlement arrêtée, des négociations directes s’engageront avec les États membres, au risque d’un enlisement procédural en cas de désaccord persistant.

Sur le terrain, les acteurs économiques expriment une vive inquiétude face au calendrier institutionnel. Lors d’une conférence organisée mardi par le gouvernement français, Louis Gallois, président de la Fabrique de l’Industrie et ancien dirigeant du groupe PSA (devenu Stellantis), a averti qu’il y avait urgence pour le secteur. Le même jour, plus de 600 industriels ont signé une lettre ouverte appelant l’Europe à adopter sans attendre un dispositif volontariste face à une concurrence internationale jugée déloyale.

 

L’inquiétude des partenaires britanniques après le Brexit

La perspective d’un durcissement des règles européennes suscite des craintes chez les partenaires extérieurs de l’UE, en particulier au Royaume-Uni. Les industriels britanniques redoutent un nouveau contrecoup économique consécutif au Brexit. En réponse à ces inquiétudes, Sébastien Martin a rappelé que si la coopération reste possible dans certaines filières, les pays ayant choisi de quitter le projet européen ne peuvent prétendre aux mêmes conditions que les États membres.

Du côté britannique, les représentants du secteur automobile plaident pour le maintien des synergies existantes. Mike Hawes, dirigeant de l’association des constructeurs automobiles britanniques (SMMT), a averti qu’exclure le Royaume-Uni des dispositifs d’équivalence reviendrait pour l’Union européenne à marquer un but contre son propre camp. Les arbitrages à venir entre le Conseil et le Parlement européen détermineront la capacité de l’UE à concilier protection industrielle et partenariats internationaux.


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