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L’université, pilier à restaurer

Par Sanae El Amrani


L’université marocaine traverse aujourd’hui une phase critique, à la fois visible et silencieuse. Avec plus de 1,3 million d’étudiants inscrits dans les établissements publics pour l’année universitaire 2024-2025, et un taux de chômage qui touche près d’un diplômé sur cinq, les signaux d’alerte sont bien présents. À cela s’ajoutent des amphithéâtres saturés, des encadrants débordés, et des filières à accès ouvert confrontées à des débouchés de plus en plus restreints. Pourtant, au milieu de ces tensions, l’université demeure le lieu central de l’effort éducatif national, portée par une jeunesse déterminée à apprendre et à réussir.

Il ne s’agit pas ici de pointer du doigt, mais d’alerter avec responsabilité. Car ce qui est en jeu dépasse les enjeux pédagogiques ou économiques : il s’agit d’un enjeu de confiance. Confiance des étudiants envers leurs établissements, confiance des familles envers l’école publique, confiance des employeurs envers les qualifications délivrées. Lorsque cette confiance vacille, c’est l’ensemble du système qui se fragilise.

Le scandale révélé à l’université Ibn Zohr d’Agadir en mai 2025, concernant un trafic présumé de diplômes, a choqué l’opinion. Il ne doit pas masquer les efforts constants de nombreux enseignants, chercheurs et cadres administratifs qui œuvrent, souvent dans des conditions difficiles, pour maintenir le cap de l’excellence. Mais il rappelle aussi qu’aucune institution n’est à l’abri des dérives si elle n’est pas soutenue, modernisée et gouvernée de manière exemplaire.

Il serait injuste de réduire le paysage universitaire aux seuls signes d’essoufflement. Des avancées notables ont été enregistrées dans le domaine de la recherche scientifique, certains établissements figurent dans les classements internationaux, et des réformes structurelles ont été engagées pour mieux arrimer les formations aux réalités du marché de l’emploi. Des établissements comme l’Université Mohammed VI Polytechnique, portée par des acteurs stratégiques du pays, illustrent ce que peut produire une vision audacieuse, structurée et tournée vers l’innovation. Cette dynamique mérite d’être consolidée et partagée, au bénéfice de tout l’écosystème académique.

Mais pour que l’université publique retrouve pleinement sa place, il faut repenser ses priorités. Mieux orienter les étudiants, renforcer les filières scientifiques et technologiques, accompagner les enseignants-chercheurs dans leur mission, valoriser les partenariats avec les entreprises et encourager la création de valeur par la recherche. Il faut aussi garantir l’intégrité académique et donner aux jeunes l’assurance que le mérite et l’effort seront reconnus.

L’université n’est pas un simple tremplin vers l’emploi. Elle est un espace de réflexion, de transmission, de dialogue. Elle joue un rôle essentiel dans la formation de citoyens éclairés, capables de contribuer à l’évolution de la société dans le respect de ses valeurs et de ses institutions. La renforcer, c’est investir dans l’avenir.


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