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    Par:  

    Abdelhak Najib

  • 26 avril 2021  à 14:10
  • Temps de lecture: 10 minutes
  • CHRONIQUESL’Occident: Ce cadavre parfumé

    L’Occident: Ce cadavre parfumé
    Abdelhak Najib: Ecrivain-Journaliste

    « Nous aurons ces grand États-Unis d’Europe, qui couronneront le vieux monde comme les États-Unis d’Amérique couronnent le nouveau. Nous aurons l’esprit de conquête transfiguré en esprit de découverte ; nous aurons la généreuse fraternité des nations au lieu de la fraternité féroce des empereurs ; nous aurons la patrie sans la frontière, le budget sans le parasitisme, le commerce sans la douane, la circulation sans la barrière, l’éducation sans l’abrutissement, la jeunesse sans la caserne, le courage sans le combat, la justice sans l’échafaud, la vie sans le meurtre, la forêt sans le tigre, la charrue sans le glaive, la parole sans le bâillon, la conscience sans le joug, la vérité sans le dogme, Dieu sans le prêtre, le ciel sans l’enfer, l’amour sans la haine. »
    Victor Hugo. Congrès de la Paix, le 21 août 1849

    L’auteur des «Misérables» était bien crédule et un tantinet naïf. On se souviendra pour longtemps de son discours enflammé pendant cette journée d’été, avec force gestes mettant tout l’enthousiasme qu’il faut dans son propos, la larme pas bien loin d’un humaniste qui a cru que l’Europe pouvait un jour devenir une réalité viable. 170 plus tard, l’Europe est toujours un mirage. À y voir de plus près, ce que nous appelons Europe, c’est d’abord les pays de l’Ouest, avec les pays de l’Est comme États satellites d’un axe bien connu et somme toute déséquilibré, celui de l’Allemagne en tête qui emmènent dans leurs sillages une France suiveuse et affaiblie. Quant au Royaume-Uni, après une longue erreur, il a mis en place son Brexit, tournant le dos à une idée condamnée à ne jamais prendre corps. De Berlin à Bucarest en passant par Athènes, Dublin ou Lisbonne, en dehors de la monnaie unique, rien n’est européen dans le sens où l’entendent les Allemands et les Français. Et tant que ces disparités identitaires, ethniques et idéologiques n’ont pas été effacées, jamais l’Europe ne sera une Union. Elle n’a pas pu le devenir durant plus d’un demi-siècle, ce n’est pas aujourd’hui en 2021, qu’elle va réussir ce pari déraisonnable dont l’unique visée était le progrès économique, avec un marché plus grand et plus étendu.

    En ce qui concerne la culture, l’Europe est un ensemble de cultures très éloignées les unes des autres, avec des frontières à la fois raciales et historiques. Le Bosniaque ne sera jamais considéré comme Européen, pas plus que le Slovaque ou l’Albanais, qui lui, restera le parent pauvre d’un continent qui, quand il réfléchit Europe, il ne va pas au-delà du Danube. Et c’est cette idée de l’Europe qui sous-tend celle de ce que l’on nomme communément Occident. Celui-ci n’est pas autre chose que cette Europe de l’Ouest qui s’arrête à la frontière polonaise et n’excède pas celles de la steppe hongroise. Avec cette impératif historique millénaire : ce club fermé n’est pas accessible aux non chrétiens.

    C’est dire que malgré tous les discours et toute la littérature de circonstance, l’Occident est d’abord la chrétienté. Pire, c’est le cœur du catholicisme, avec les autres églises, anglicane et l’orthodoxe, qui restent aux lisières de cette géographie bien délimitée. Cette Europe-Occident, qui a tenu les séparations, sous la tutelle d’une Église ségrégationniste, a raté tous ses rendez-vous pour construire un véritable continent, à la fois solide et pérenne. Bien avant les unions qui se sont succédées, avec, à chaque palier, de nouveaux entrants au club, des penseurs qui ont bien étudié les recoins de ce territoire tumultueux, avançaient déjà la débâcle d’un continent à la fois vieux, sénile, moribond et agonisant.

    Ceci, nous l’avons constaté, avec force arguments au XIXème siècle, quand un philosophe comme Arthur Schopenhauer faisait le diagnostic sans appel d’une région du monde qui se délite. Avant 1900, le marteau de Friedrich Nietzsche s’est abattu sur cette vieille idée de l’Europe en assénant : «Un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre, l’Européen d’aujourd’hui !» avant d’ajouter, dans le même esprit : «Le plus important des événements récents, le fait que Dieu est mort, commence déjà à projeter sur l’Europe ses premières ombres.». Cela veut dire, que, déjà il y a plus d’un siècle, le socle religieux, incarné par le Dieu européen, s’effritent en morceaux qui sont des régions bien définies dans ce continent.

    Autrement dit, le vent des républiques naissantes s’accompagnait aussi par des relents nationalistes pour qui la confession commune n’est pas le gage premier du rapprochement et de la cohabitation. Cela a conduit aux guerres entre les Germaniques et les Français, puis à la révolution de 1917, avec l’arrière-fond marxiste qui fait éclater en mille morceaux le confessionnal catholique, avant de donner corps à deux guerres mondiales qui ont fait plus de 80 millions de morts et des dizaines de millions de blessés, avec les spectres des fascismes qui ont la peau dure et qui s’incarnent aujourd’hui, dans les mouvances d’extrême droite dont l’Europe regorge encore. Ces mouvements se positionnent déjà comme les remplaçants desdites démocraties affaiblies par l’usure de la politique, par une récession économique qui s’est installée dans la durée, et par ces vieux démons européens que sont le racisme et la xénophobie. Le vœu pieux de Victor Hugo vole en éclats et se fracasse sur le mur des réalités : « Soyons la même république, soyons les États-Unis d’Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle.»

    Le Dieu est mort du philosophe allemand sonne alors comme un couperet qui prend aujourd’hui tout son sens, dans la mesure où les Européens ont perdu du même coup la foi, supplantée par l’idée de la modernité, les privilèges économiques qui ont atteint leurs limites finales, à cause d’une situation économique mondiale globalisée qui prend l’eau de tous les côtés, traversant crise après crise, avec le spectre d’un chaos économique, financier et politique pour les 20 prochaines années. C’est dire toute la fragilité d’une Union européenne qui n’a plus d’unité que le nom, déjà écorné, à coups de conflits régionaux entre une Europe du Nord qui ne se reconnaît pas dans celle du Sud, qui, lui, de son côté, n’arrive plus à s’en sortir vivant sous perfusion par des États comme l’Allemagne, qui se dégage de ce marasme, comme la locomotive fatiguée d’une Europe finissante.

    C’est cet Occident qui se meurt et qui ne sera plus jamais un moteur d’idées pour un humanisme perdu. Pour résumer, un écrivain hongrois de belle facture, Imre Kertész, qui avance cette pensée qui ne souffre aucune ombre : «Le risque est grand de voir les gardes-frontières qui entreprennent de défendre l’Europe contre la barbarie montante devenir à leur tour des fascistes.». Le fascisme est déjà là, avec force et elle balaie les dernières résistances d’une Europe larguée. «Cet espoir de concorde finale, européenne, spirituelle, représente vraiment le seul élément de croyance religieuse de l’humanisme, habituellement sec et rationnel : les humanistes répandent le message de leur foi en l’humanité avec la même ferveur que d’autres, en ces temps si sombres, proclamant leur foi en Dieu, ils ont conviction que l’esprit du monde, son but, son avenir résident dans la solidarité et non dans l’individualisme, ce qui permettra à ce monde de devenir de plus en plus humain », écrit Stefan Zweig, dans Erasme, grandeur et décadence d’une idée.

    La décadence est si profonde aujourd’hui que l’Europe ne véhicule plus aucune idée humaniste. Par contre, elle se morfond dans les thèses nationalistes, qui retrouvent de leur hargne dans des États livrés à la pauvreté grandissante, aux disparités sociales criardes et au fossé qui sépare ceux qui ont tout de ceux qui n’ont presque rien. « Plus personne ne sera heureux en Occident. Nous devons aujourd’hui considérer le bonheur comme une rêverie ancienne, les conditions ne sont tout simplement plus réunies», affirme Michel Houellebecq, qui a raison d’insister sur l’absence de toutes les composantes essentielles qui peuvent faire société, avec l’espoir plus ou moins permis d’un hypothétique bonheur. Ce à quoi répond en écho, Gilbert Gesbron, dans Mourir étonné : « En Occident, l’on vit exaspéré et l’on meurt désespéré.» Ce sont là deux ingrédients néfastes qui montrent à quel point ce continent où sont nées les idées des Lumières, est bel et bien révolu.

    Le spectacle auquel on assiste aujourd’hui est celui de la désolation autour d’États surendettés avec de plus en plus de laissé-pour-compte, ce qui constitue le terreau fertile de tous les extrêmes qui, eux, poussent comme du chiendent sur la misère et la désespérance, avec pour point de rupture : l’impossible cohésion sociale et la défunte égalité. Le vieux slogan éculé : Liberté, égalité, fraternité reste juste une pancarte vide de toute signification. Cela a atteint un tel degré de fragilité que le vieux constat de Jacques Bénigne Bossuet, selon lequel, «Tout l’occident est à l’abandon », résonne aujourd’hui comme une vérité imparable dont la résonance s s’amplifie du côté d’un humaniste comme Alexandre Soljenitsyne, qui a payé un lourd tribut à l’hégémonie de la dictature de l’esprit et de la pensée qui en est l’essence, affirmant avec conviction que «L’Occident qui était perçu essentiellement comme le Chevalier de la Démocratie est désormais appréhendé comme le vecteur d’une politique pragmatique, souvent égoïste, voire cynique.» De la part d’un écrivain qui a connu le Goulag, traiter la vieille Europe occidentale de cynique est déjà un paroxysme, pour quelqu’un qui a vécu dans la chair la mort de Dieu, la fin de la fraternité et l’enterrement des libertés.

    Autrement dit, si du fin fond de cette sainte Russie communiste, qui a vu régner les Lénine et les Staline, on voit ce voisin Occident comme égoïste et cynique, il faut bien se résoudre à cette vérité d’ordre historique : les démocraties auront été une illusion nourrie des espoirs de populations qui ont trop souffert, à cause des guerres et des conflits interminables durant des siècles de privation et d’inégalités, avec des révolutions à la clef, qui ont été avortées aussitôt nées. Il a bien raison ce vieux roumain d’Emil Michel Cioran qui assène sans appel que : «L’Occident : une pourriture qui sent bon, un cadavre parfumé.»

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