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    Par:  

    Abdelhak Najib

  • 08 juillet 2020  à 15:26
  • Temps de lecture: 9 minutes
  • CHRONIQUESLiberté? La rédemption par le péché

    Liberté? La rédemption par le péché
    Abdelhak Najib, écrivain-journaliste

    L’idée n’est pas si compliquée qu’il n’y paraît. Pour se racheter, il faut d’abord avoir péché, et même lourdement. Toute l’histoire de l’humanité tient dans cette logique, à la fois simple et implacable.

    Ne peut se vider que ce qui est déjà plein. Et celui qui est vide peut bien se plaindre. Dans ce va-et-vient réside la technique infaillible : va au bout de ta misère humaine, essaie de toucher le fond du mal que tu peux infliger et faire, et il te suffit de tenter le chemin de la rédemption en faisant amende honorable, en faisant pénitence.

    Le vocable pénitence est si large qu’il peut tout contenir. C’est un déversoir à défaut d’être un réceptacle. Le concept est si vieux qu’il remonte aux origines du commerce humain. Pour cette forme de civilisation qui date des Sumériens (parce qu’il y en eu de nombreuses autres, toutes cycliquement éteintes), le mal sert de moteur. Il est l’assise mobile qui préside à l’avancée de l’Histoire. Celle-ci nous donne, à toutes les époques, de véritables révélations sur la notion du mal pour le bien. Les religions regorgent de mythes (pour la plupart copiés des mythologies d’autres cultures, surtout celle de Gilgamesh de nos ancêtres à Sumer) qui versent dans le même sens.

    Adam et Ève doivent pécher pour attendre la rédemption. Le début de notre supposée histoire ne souffre aucune ombre. Puis les deux fils qu’ils engendrent s’entretuent. La suite, dans ces innombrables variations est très connue. Il faut tuer, il faut faire la guerre, il faut envahir, il faut détruire, il faut décimer, il faut faire couler le sang… C’est après que l’on doit entamer les chemins du pardon. Sans arrêt. De manière cyclique. Jusqu’à la fin d’une époque, pour tout reprendre dans celle qui suivra. C’est la règle immuable de l’histoire des hommes. Cela n’a jamais changé. Il n’y a aucune chance que cela change, demain ou dans un futur lointain.

    Ce préambule résumant l’Histoire sert de postulat pour parler du monde où l’on vit aujourd’hui, et qui a changé de face, depuis janvier 2020 pour ceux qui ont attendu la pandémie mondiale pour le réaliser. Pour certains autres, moins nombreux, cela date de plus de 20 ans. Déjà en 2001, nous sommes entrés de plein fouet dans un autre âge. Celui du retour au mal à outrance pour préparer la rédemption dans un autre monde passé à la moulinette du sang.

    L’équation remise au goût du jour est la suivante : plus tu fais de mal, plus tu t’enfonces dans tes instincts les plus destructeurs, plus ton pardon aura de sens et de valeur.

    Autrement dit, quand tu as déclaré une guerre, quand tu as envahi un peuple et que tu réussis à le transformer en nécessité doublée d’un exploit, tu as la preuve suprême que tu es élu pour diriger, pour guider, pour faire ce qui doit être fait. C’est le gage de ta rédemption. Tu as alors carte blanche pour pousser le mal le plus loin possible, toujours au nom du désir impérieux d’être consolidé dans sa position de pécheur faisant partie d’une élite, dans le sens strictement religieux du mot.

    Ceci est vérifiable dans toutes les religions : judaïsme, christianisme et Islam. Mais on le trouve aussi chez les bouddhistes, les animistes, les zoroastriens, les confucianistes… Faites le tour de toutes les cultures du monde, de la Papouasie à la Terre de Feu et de l’Alaska aux terres Maori, l’équation est la même. C’est la force que prodigue le mal qui érige les empires. On ne construit pas une civilisation, doublée d’une culture digne de ce nom, sur des notions comme la paix, le salut par le vivre-ensemble, l’amour du voisin. «La civilisation est née comme une cloche, à l’intérieur d’un moule de matière plus grossière, plus commune : fausseté, violence, extension illimitée de tous les individus, de tous les peuples, formaient ce moule. Est-il temps de l’ôter aujourd’hui ? La coulée s’est-elle figée, les bons instincts utiles, les habitudes de la conscience noble sont-ils devenus si assurés et si généraux qu’on n’ait plus besoin d’aucun emprunt à la métaphysique et aux erreurs des religions, d’aucunes duretés ni violences comme des plus puissants liens entre homme et homme, peuple et peuple ? -Pour répondre à cette question, aucun signe de tête d’un dieu ne peut nous servir : c’est notre propre discernement qui doit en décider.

    Le gouvernement de la terre en somme doit être pris en main par l’homme lui-même, c’est son « omniscience » qui doit veiller d’un oeil pénétrant sur la destinée ultérieure de la civilisation.» (Humain, trop humain. Friedrich Nietzsche). Le propos du philosophe allemand reste d’une grande actualité à plus d’un égard. Le XXème siècle n’a été que ravages, meurtres, cadavres, guerres, holocauste et menaces réelles d’extinction nucléaire.

    Le XXIème donne encore dans d’autres variétés du mal. Les guerres sont caduques. Elles sont trop onéreuses et peuvent mettre d’un coup un terme à toute ce spectacle joué par presque huit milliards d’êtres humains. On a compris, avec le temps, appuyés sur quelques leçons de l’Histoire, que jouer au démiurge, au mauvais dieu, peut tout annihiler, comme cela a été le cas pour d’autres civilisations très lointaines. Comment alors niveler par le bas et par le haut? Comment rééquilibrer la marche des choses sans risquer la fin de tout ?

    Comment persévérer dans le mal en attendant le bien, sans tomber dans le piège d’un embrasement généralisé, puisque les temps ont changé, les attributs de cette civilisation-ci sont si différents des précédentes que les dirigeants de ce monde, les dites grandes puissances, avec leur pouvoir de l’ombre, savent qu’on peut distiller le mal de manière plus technique, plus technologique, plus High-Tech. Et nous y sommes.

    Ce que nous appelons aujourd’hui civilisation n’est «qu’une mince pellicule au-dessus d’un chaos brûlant.». Il faut, d’un côté, protéger la bulle qui est couverte d’un mince bout de cellophane bien étiré. De l’autre, il faut avoir la dextérité requise pour «bricoler dans l’incurable», selon la formule si juste d’Emil Michel Cioran, dans son Syllogisme de l’amertume. Le tout en gardant l’illusion intacte.

    Dans cette entreprise de bricolage qui date de plusieurs décennies, dans ce monde, digitalisé de surcroît (avec tout ce que cela implique comme éloignement de l’humanité des hommes par l’assujettissement au virtuel et au tout numérisé), le risque à ne pas prendre est de troubler l’image réfléchie par l’apparente pacificité qui remplit sa fonction de trompe-l’œil. Autrement dit, au moindre dérapage incontrôlé, on peut retrouver, avec éclat et horreur cet homme dont parle ici Arthur Schopenhauer : «L’Homme est au fond une bête sauvage, une bête féroce. Nous ne le connaissons que dompté, apprivoisé en cet état qui s’appelle civilisation : aussi reculons d’effroi devant les explosions accidentelles de sa nature. Que les verrous et les chaines de l’ordre légal tombent n’importe comment, que l’anarchie éclate, c’est alors qu’on voit ce qu’est l’homme.».

    Personne ne veut plus voir ce visage hideux, toujours aux aguets, cette bête qui guette, ce fauve affamé qui attend pour bondir, sauvagement, et massacrer, à tour de bras, avec des machines, à force de clics, puisque nous sommes finalement arrivés à ce stade où il suffira d’une tape sur un clavier (n’importe lequel) pour que tout disparaisse, dans la plus horribles des déflagrations. Ce type d’explosion, né d’innombrables implosions successives, doit, à tout prix, être jugulé. Comment ? Par l’asservissement. Par l’esclavage. Par la soumission voulue, désirée, contrôlée à distance. Et la trouvaille est géniale.

    Puisque l’homme est aussi juste bête. George Orwell avait décrit, avec beaucoup d’acuité cet homme si mis en avant : «L’Homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’oeufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pout attraper un lapin. Pourtant le voici suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie. Puis il garde pour lui les surplus. Qui laboure le sol ? Nous ! Qui le féconde ? Notre fumier ! Et pourtant pas un parmi nous qui n’ait que sa peau pour tout bien.». Cette carapace est déjà perforée. Et on peut y planter des puces réagissant à des télécommandes. C’est la parade pour faire le pire déguisé en meilleur, sans fumée ni feu. La guerre prend les haillons de la paix. Et la liberté pourrit dans l’esclavage.

    Derrière la façade de paix, le monde bouillonne. Les nerfs sont à vifs. Partout sur le globe. Un magma géant qui suinte. On colmate les brèches, de ci, de là, mais la lave coule. Ce n’est pas encore la coulée Pyroclastique. Nous sommes loin de la nuée ardente. Mais la croute s’amincit dangereusement. Elle perd de son épaisseur d’autant plus que les humaines souffrent terriblement.

    Là où vous tournez l’œil, il n’y a que famine, exil, fuite, danger, peur et mort. Avec, en prime, en guise de tromperie ultime, des écrans braqués sur tout et qui vous disent que le mal existe, mais qu’on y travaille pour le changer en bien.
    Alors que la vérité est claire :
    «-Comment un homme s’assure-t-il de son pouvoir sur un autre, Winston?
    Winston réfléchit:
    -En le faisant souffrir répondit-il.
    -Exactement. En le faisant souffrir.

    L’obéissance ne suffit pas. Comment, s’il ne souffre pas, peut-on être certain qu’il est, non à sa volonté, mais à la vôtre? Le pouvoir est d’infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l’esprit humain en morceaux que l’on rassemble.»

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