[ after header ] [ Mobile ]

[ after header ] [ Mobile ]

L’IA au Maroc : Un plan ambitieux pour une soif d’excellence

IA : Le Maroc se positionne en leader africain d'ici 2030, entre ambition et défis.

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Le 1er juillet, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), campus de renommée mondiale, a été le théâtre des Assises nationales de l’IA, un événement majeur réunissant plus de 2 000 participants, dont des ministres, experts et entrepreneurs. Cette rencontre a souligné une ambition nationale claire : le Maroc entend devenir le leader africain de l’intelligence artificielle (IA) d’ici 2030, une date clé qui coïncide avec l’accueil de la Coupe du Monde de football. Plus qu’une simple aspiration, cette vision s’inscrit au cœur de la stratégie « Maroc Digital 2030 », visant à transformer le Royaume en un hub technologique régional. Mais comment le Maroc compte-t-il concrétiser cette ambition audacieuse, et quels sont les obstacles sur cette voie ?

Une stratégie hybride ancrée dans les réalités locales

Face à l’essor fulgurant de l’IA, le Maroc déploie une stratégie pragmatique et hybride. Plutôt que de viser une souveraineté technologique complète, le Royaume mise sur des alliances stratégiques et l’adaptation de modèles existants pour répondre à ses besoins internes. Grâce à des partenariats avec des géants technologiques comme IBM, Google, Huawei ou encore A171 (Abu Dhabi), le Maroc adapte des modèles préexistants. Par exemple, l’accord avec A171 permet d’utiliser le modèle open source Falcon, entraîné sur la langue arabe, pour améliorer les services publics numériques. En outre, cette coopération ouvre l’accès à des infrastructures de calcul puissantes et à des outils de traitement linguistique adaptés aux réalités locales. Le Maroc cherche à devenir un leader de l’IA appliquée à ses propres enjeux, comme l’inclusion numérique, la modernisation administrative, l’éducation à distance, l’agriculture intelligente et la gestion des ressources hydriques.

Culture et langue, des enjeux majeurs

L’identité culturelle représente un autre pilier essentiel de la stratégie marocaine en matière d’IA. Alors que les modèles d’IA dominants s’entraînent majoritairement sur des corpus anglophones, la CESAO appelle les pays arabes à investir dans des modèles linguistiques arabes, y compris dialectaux, pour préserver la diversité linguistique et culturelle. Le Maroc, avec son riche patrimoine plurilingue (arabe classique, darija, amazigh), est directement concerné. De ce fait, un modèle de langage souverain, basé sur des données en darija, est préconisé pour améliorer l’inclusion numérique et étendre l’accès à l’IA à l’ensemble de la population. Ce défi dépasse la simple traduction, il s’agit d’assurer une accessibilité équitable aux services numériques et de renforcer la souveraineté culturelle. En parallèle, l’IA pourrait valoriser le patrimoine historique marocain à travers la numérisation de manuscrits anciens, la restitution virtuelle de sites historiques ou la traduction automatique d’archives en langues anciennes.

Former, structurer, réguler

Pour que ces transformations soient durables, des capacités internes solides sont indispensables. Le Maroc en a pris conscience et multiplie les initiatives pour développer une main-d’œuvre qualifiée en IA. Des universités comme l’UM6P et l’INPT proposent des cursus spécialisés, et des partenariats académiques sont noués avec des institutions internationales. Le pays vise à augmenter significativement le nombre de lauréats formés annuellement dans le domaine du digital d’ici 2030, en généralisant les formations en IA dans toutes les filières universitaires. Toutefois, le manque de formateurs qualifiés reste un frein majeur.

En outre, sur le plan réglementaire, le Maroc s’inspire des bonnes pratiques internationales pour encadrer le développement de l’IA. Il participe activement à des forums régionaux, comme le Groupe arabe sur l’IA, afin d’élaborer des normes éthiques, de garantir la sécurité des données et de lutter contre les biais algorithmiques. Une loi-cadre sur l’IA en santé est par exemple jugée cruciale pour garantir la sécurité juridique des professionnels et des patients. Le Maroc s’est également engagé à mettre en œuvre les recommandations de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA, devenant ainsi le premier pays africain et arabe à le faire.

Au service du développement durable

L’intelligence artificielle représente un outil puissant pour accélérer les Objectifs de Développement Durable (ODD). Le Maroc, déjà engagé dans l’Agenda 2030, pourrait s’appuyer sur l’IA pour améliorer l’efficacité de ses politiques publiques, notamment dans la gestion des ressources hydriques face au stress climatique, la détection précoce des maladies, la planification urbaine intelligente et l’éducation personnalisée. Des plateformes comme AI4SDP, co-pilotée par le PNUD, visent à mutualiser les efforts régionaux pour adapter l’IA aux besoins concrets des pays arabes. Par ailleurs, en mars 2024, le Maroc a co-parrainé une résolution des Nations Unies appelant à des systèmes d’IA « sûrs, sécurisés et dignes de confiance pour le développement durable ».

Néanmoins, des défis persistent. Le Maroc, bien qu’ayant des progrès dans certains domaines, peine à combler son retard en matière d’infrastructure numérique et de recherche, notamment en ce qui concerne le débit internet et l’accessibilité des services numériques. Des lacunes persistent, telles que le manque d’infrastructures numériques dans certaines régions, l’absence d’un cadre réglementaire spécifique pour l’IA, une faible compétence en data science médicale et la réticence d’une partie du corps médical. La qualité et la standardisation des données sont également des enjeux majeurs. Enfin, des incidents de cybersécurité, comme le piratage de la CNSS, rappellent l’importance cruciale de la sécurité des données et des infrastructures.

En somme, le Maroc tisse progressivement les fondations de son avenir numérique à travers une approche réaliste et ciblée. En misant sur la collaboration, la formation, l’ouverture et la régulation, il trace les contours d’une intelligence artificielle qui lui ressemble. Il est cependant essentiel de concrétiser cette vision par des politiques publiques ambitieuses, inclusives et éthiques.

Le chemin vers le leadership africain en IA est semé d’opportunités, mais également de défis qui exigent une vigilance constante et une adaptation continue pour garantir que l’IA contribue positivement au développement économique et social du Maroc, tout en respectant les valeurs fondamentales. Le Maroc, à l’instar d’autres nations, doit-il se doter d’une « personnalité électronique » pour les systèmes d’IA afin d’encadrer pleinement les questions de responsabilité ? Cette question demeure une perspective d’avenir pour la réflexion juridique du Royaume.


À lire aussi
commentaires
Loading...
[ Footer Ads ] [ Desktop ]

[ Footer Ads ] [ Desktop ]