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L’Histoire au rendez-vous, mais tard

La reconnaissance de l’État de Palestine par la France et plusieurs puissances occidentales est un geste politique qui engage l’Histoire. Elle arrive tard, après des décennies de souffrances, des milliers de morts et une succession d’occasions manquées, mais elle marque une rupture symbolique majeure dans le silence et les ambiguïtés qui entouraient jusqu’ici cette cause. Ce tournant met en lumière les contradictions de l’Occident, qui rejoint aujourd’hui une position affirmée par plus de 156 pays dans le monde.

Ce basculement doit être lu à travers les contradictions de notre temps. D’un côté, la grande majorité des États reconnaissent la Palestine, affirmant leur choix souverain depuis longtemps. De l’autre, il a fallu des années pour que certaines capitales européennes franchissent enfin le pas, au prix de conditions, de nuances et de calculs. La France, en liant l’ouverture d’une ambassade à la libération d’otages, illustre cette reconnaissance sous condition, où l’humanisme affiché se mêle encore aux prudences stratégiques.

Ce geste révèle surtout la crise du multilatéralisme. L’ONU offre certes une tribune solennelle, mais elle reste incapable d’imposer ses propres résolutions. L’écart entre le vote massif de la Déclaration de New York, adoptée par 142 États en septembre, et l’absence de traduction concrète sur le terrain illustre cette impuissance. Comme pour l’Ukraine, où le veto russe bloque toute action décisive, l’organisation se heurte à ses paradoxes : politisation, sous-financement et procédures infinies. La reconnaissance de la Palestine percute de plein fouet cette fragilité, elle en est à la fois le symptôme et le révélateur.

Face à cette recomposition, le Maroc avance avec une vigilance qui lui est propre. Notre pays réaffirme son attachement au droit international et à la solution à deux États, avec Jérusalem-Est pour capitale de la Palestine, tout en plaçant cette position dans une cohérence plus large : celle de la défense de sa propre souveraineté nationale et de son engagement pour la stabilité régionale. La voix de Rabat à l’ONU n’est pas celle d’une émotion passagère, mais d’une stratégie constante qui lie le destin palestinien à une vision plus large d’équilibre et de paix.

Reste l’essentiel. La reconnaissance ne peut être une fin en soi. Elle doit ouvrir un chemin concret, capable de rompre le cycle de l’impasse et de donner enfin corps à une promesse de justice. Si elle reste un symbole sans lendemain, elle ajoutera une déception de plus à une histoire déjà saturée de rendez-vous manqués. Mais si elle s’accompagne d’actes, de pressions réelles sur l’occupation et d’un soutien concret à la souveraineté palestinienne, alors elle pourra marquer le commencement d’une ère nouvelle.


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