[ after header ] [ Mobile ]

[ after header ] [ Mobile ]

L’État en reconquête de proximité

Par Sanae El Amrani


Il y a des moments où un pays choisit de se regarder en face. L’année 2025 aura été de ceux-là. Après plus d’une décennie d’expérimentation institutionnelle, la régionalisation avancée s’est heurtée à ses propres limites. Les promesses de transfert de compétences ont laissé place à la confusion des rôles, les budgets sont restés prisonniers des circuits centraux et la lenteur a gagné les territoires. Le Maroc ne pouvait pas continuer à avancer avec une machine territoriale à deux vitesses. Il fallait reprendre la main.

Cette reprise n’est pas une rupture, c’est un recentrage. Le Souverain l’a clairement rappelé dans ses discours du Trône et du Parlement. L’État doit redevenir le garant de la cohérence, mais aussi le moteur de la confiance. Les protestations du mouvement Gen Z 212 ont révélé une impatience légitime, celle d’une génération qui veut des résultats et non des promesses. La réponse n’a pas tardé. En quelques mois, la parole royale s’est traduite en actes, une lettre du Chef du gouvernement, une circulaire du ministère de l’Intérieur, une série de concertations dans tout le pays. L’administration a repris le tempo, les chantiers ont retrouvé une direction.

Mais ce sursaut ne saurait être un simple retour de l’autorité. Il doit être la preuve que l’État sait encore écouter, comprendre et partager la responsabilité. Recentrer, oui, mais pour mieux redistribuer la confiance. C’est là que tout se joue, dans la capacité du pouvoir public à conjuguer la rigueur de la coordination et la richesse de la diversité territoriale. La verticalité n’est acceptable que si elle prépare le terrain à une nouvelle respiration locale.

Le Maroc entre dans une phase exigeante. L’efficacité devient une valeur nationale, mais elle ne doit pas se substituer à la participation. Les walis et gouverneurs incarnent cette nouvelle étape de la gouvernance, à eux de la faire vivre non comme une reprise de contrôle, mais comme une promesse d’équité. Si cette reconquête de proximité réussit, elle ne sera pas seulement administrative, elle sera politique, sociale et morale.

Un pays se juge à la manière dont il traite ses territoires. En redonnant sens à la coordination, le Maroc redonne aussi sens à sa cohésion. La vision royale nous rappelle qu’un État fort n’est pas celui qui impose, mais celui qui relie. C’est peut-être là le véritable projet de 2025, réconcilier le centre et les périphéries, la gouvernance et la confiance, l’autorité et l’écoute.


À lire aussi
commentaires
Loading...
[ Footer Ads ] [ Desktop ]

[ Footer Ads ] [ Desktop ]