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L’Espagne, le Sahara et la mémoire courte de Alberto N. Feijoo

Par Fayçal El Amrani


Il est des débats politiques où l’histoire ressurgit avec une ironie qui frôle l’absurde. Ces jours-ci, au Parlement espagnol, Alberto Núñez Feijóo, chef du Parti populaire, s’est soudainement découvert une passion pour la cause sahraouie. À travers un discours enflammé, il a reproché à Pedro Sánchez son prétendu manque de sensibilité envers le peuple du Sahara, comparant même cette posture à son attitude sur la tragédie palestinienne à Gaza. Une comparaison hasardeuse, qui trahit moins une conviction qu’un calcul politicien.

Or, pour tout Marocain attaché à la vérité historique et au respect des équilibres diplomatiques, cette soudaine ferveur du PP a quelque chose de troublant. Car la mémoire politique est tenace, et les archives sont têtues.

Depuis des siècles, le Maroc et l’Europe entretiennent des liens étroits, faits de voisinage, d’échanges commerciaux, de circulation d’idées et d’histoires entremêlées. Avec l’Espagne, ces relations sont marquées par une proximité géographique qui dépasse le simple détroit de Gibraltar : elles sont le reflet d’un destin partagé, parfois conflictuel mais toujours indissociable.

Avec la France, ce rapport prend une autre dimension, héritée de la colonisation mais transformée en un partenariat stratégique qui dépasse aujourd’hui le champ bilatéral. De l’Union européenne à l’Union pour la Méditerranée, le Maroc a toujours défendu une approche constructive, convaincu que sa souveraineté pouvait s’affirmer sans se fermer au dialogue.

Dans ce contexte, la question du Sahara marocain s’impose comme un prisme essentiel : elle révèle la cohérence, ou l’incohérence, des positions européennes. Car l’histoire est claire : le Sahara fait partie intégrante du Royaume, et cette vérité est reconnue par la légalité internationale dans le cadre de la solution politique avancée par Rabat, seule proposition réaliste et crédible selon le Conseil de sécurité de l’ONU.

Face aux manipulations et aux revirements opportunistes, il est nécessaire de rappeler les faits. Le Sahara n’a jamais constitué un État indépendant ; il s’est toujours inscrit dans la continuité territoriale et politique du Maroc. La Marche verte de 1975, qui a scellé le retour de ces provinces au sein de la nation, reste un moment fondateur de notre mémoire collective.

Depuis lors, le Maroc a investi massivement dans le développement de ces régions : routes, ports, universités, hôpitaux, infrastructures énergétiques. Dakhla et Laâyoune sont devenues des pôles économiques et culturels, tournés à la fois vers l’Europe et vers l’Afrique. Ces réalisations ne relèvent pas du discours : elles témoignent d’une volonté profonde de faire du Sahara un espace de prospérité partagée.

En face, le Front Polisario s’enferme dans une logique figée, soutenue par un appareil idéologique hérité de la guerre froide. Camps de Tindouf, absence de pluralisme, dépendance d’Alger : l’illusion se maintient, mais la réalité échappe. Même au sein du mouvement sahraoui, des voix émergent pour contester ce monopole et proposer une approche pacifique et pluraliste, comme le Mouvement sahraoui pour la paix.

C’est ici que surgit l’ironie. Pendant des décennies, les gouvernements du PP ont traité la question du Sahara avec une froide distance. Aznar et Rajoy n’ont jamais accordé au Polisario l’audience que les socialistes, eux, offraient à la Moncloa. Leur ministre des Affaires étrangères, Margallo, reléguait ses rares rencontres avec les délégués sahraouis dans des coins obscurs de New York, loin des caméras. Dans le même temps, l’aide humanitaire aux camps de Tindouf diminuait drastiquement.

Aujourd’hui, Feijóo brandit cette cause comme un étendard moral. Mais qui peut sérieusement croire à cette conversion tardive ? En réalité, il s’agit moins d’une conviction que d’une arme dialectique contre Pedro Sánchez. Le Sahara n’est pas pour lui une question de principe, mais un levier électoral.

Le paradoxe est d’autant plus criant que le PP partage désormais cette posture avec Vox, un parti dont la vision radicale et identitaire est aux antipodes du discours sahraoui. L’opportunisme, décidément, fait d’étranges alliances.

L’Espagne, quelle que soit la couleur politique de son gouvernement, ne peut ignorer ses intérêts stratégiques. Ses relations avec le Maroc dépassent le cadre partisan : elles concernent la sécurité migratoire, la coopération économique, la lutte contre le terrorisme, la gestion commune de la Méditerranée. Toute tentative de remettre en cause le partenariat bilatéral sur le Sahara se heurtera tôt ou tard à la réalité.

Car La Vérité est simple : la stabilité de l’Espagne dépend en grande partie de la stabilité du Maroc, et celle-ci passe par la reconnaissance de son intégrité territoriale. La diplomatie madrilène le sait, même si certains discours électoraux prétendent l’oublier.

En définitive, la posture actuelle du PP illustre moins une solidarité sincère qu’une instrumentalisation politique. Le Sahara est utilisé comme un slogan, un argument de circonstance, et disparaîtra dès que le pouvoir exigera le retour à la realpolitik.

Pour le Maroc et pour ses citoyens, la question ne souffre aucune ambiguïté. Le Sahara est marocain, et le restera. Cette vérité ne se négocie pas, elle se vit et se construit chaque jour dans le développement, la culture et l’unité nationale.

Il est temps que nos partenaires européens, au-delà des jeux partisans, fassent preuve de lucidité et de responsabilité. Car la souveraineté du Maroc n’est pas un simple objet de débat électoral : elle constitue un fondement intangible de la stabilité régionale. Et c’est sur cette base, ferme et respectueuse, que doit se construire l’avenir partagé du Maroc et de l’Europe.


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