Les walis désormais habilités à autoriser le transport d’armement et de munitions
Par Yassine Andaloussi
Le ministère de l’Intérieur vient d’opérer un changement notable dans la gestion des autorisations relatives au transport d’armement, de munitions et d’équipements de défense. Par un arrêté signé le 4 juillet 2025 par le secrétaire général du département, Abdelouafi Laftit, et publié au Bulletin officiel le 7 août, les walis se voient conférer la compétence exclusive d’autoriser ces opérations au sein de leur ressort territorial.
Jusqu’à présent, ce type de décision relevait d’un circuit administratif centralisé, impliquant des délais et une coordination complexe entre l’administration centrale et les autorités locales. Désormais, chaque wali pourra statuer directement sur les demandes émanant des forces de sécurité, des unités militaires ou d’autres structures autorisées, ce qui représente une avancée notable dans la décentralisation des pouvoirs.
Cette mesure s’inscrit dans un cadre légal déjà bien établi. Elle repose sur plusieurs textes clés : le décret n° 2.21.405 du 15 juillet 2021 appliquant la loi n° 10.20 qui encadre strictement la possession, le commerce et le transport de matériels de défense ; le décret n° 2.22.81 du 30 mars 2023 relatif à la délégation de signature ; et la décision ministérielle n° 692.25 du 12 mai 2025 fixant les procédures pour les autorisations de transport.
Sur le plan opérationnel, cette évolution pourrait s’avérer déterminante en cas d’état d’urgence. Lorsqu’une situation de crise exige un déploiement rapide de moyens, chaque minute compte : centraliser les demandes à Rabat pouvait introduire des délais critiques. En habilitant directement les walis, l’État optimise la chaîne logistique et réduit les temps d’attente, permettant aux forces sur le terrain de recevoir plus vite les matériels nécessaires. Cette réactivité accrue pourrait faire la différence lors de catastrophes naturelles, d’opérations antiterroristes ou de crises sécuritaires majeures.
Au-delà de l’aspect logistique, cette délégation témoigne d’une confiance accrue envers les représentants régionaux de l’État. Elle renforce leur rôle stratégique et consolide la cohérence de la gouvernance territoriale. Les walis, déjà garants de la sécurité et de l’ordre public dans leurs régions, voient leurs prérogatives élargies dans un domaine sensible, ce qui les place au cœur des dispositifs de prévention et d’intervention.
Cette réforme reflète également la volonté des autorités marocaines d’adapter l’appareil administratif aux réalités du terrain. Dans un contexte international marqué par des tensions régionales et des menaces hybrides, il est essentiel de disposer d’une organisation capable de conjuguer rigueur réglementaire et flexibilité opérationnelle. En rapprochant la prise de décision du terrain, le ministère de l’Intérieur anticipe les besoins et réduit les goulots d’étranglement qui pouvaient freiner l’efficacité des interventions.
Ainsi, la nouvelle compétence accordée aux walis ne se limite pas à un simple ajustement administratif : elle constitue un levier stratégique pour une meilleure préparation du pays face aux urgences, renforçant à la fois la sécurité nationale et la capacité d’action rapide.
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