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Les pharmaciens déclenchent la mobilisation contre le silence du gouvernement

Une grève nationale annoncée à partir du 18 août pour sauver un secteur en péril

LA VÉRITÉ


Alors que le Maroc traverse une période sensible dans le domaine de la santé publique, une nouvelle crise menace de secouer le pays. La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) a officiellement déclenché une mobilisation nationale à partir du 18 août 2025, après des années de pourparlers infructueux avec le ministère de la Santé et de la Protection sociale. Ce mouvement, annoncé lors d’un Conseil national extraordinaire tenu jeudi 14 août, marque un tournant décisif dans une relation de plus en plus tendue entre les pharmaciens et les autorités.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette mobilisation n’est pas le résultat d’une simple contestation ponctuelle. Elle s’inscrit dans un contexte de rupture totale des négociations qui duraient depuis plusieurs années. Comme l’a souligné le président de la CSPM lors de la réunion extraordinaire : « Nous avons patienté, dialogué et compromis pendant des années, mais le gouvernement a décidé unilatéralement de suspendre toutes les conclusions auxquelles nous étions parvenus. »

En effet, les pharmaciens dénoncent une situation de plus en plus précaire, caractérisée par des difficultés d’approvisionnement, des retards répétés dans le paiement des factures par l’Assurance maladie, et un manque criant de reconnaissance pour leur rôle essentiel dans le système de santé.Un pharmacien de Casablanca insiste : ‘Nous ne sommes pas seulement des commerçants, nous sommes les premiers maillons de la chaîne de soins’, tout en demandant à rester anonyme par crainte de représailles.

Derrière cette mobilisation, se cache une problématique bien plus profonde. Les pharmaciens pointent du doigt une gestion opaque du marché pharmaceutique, où les décisions stratégiques sont prises sans concertation avec les professionnels de terrain. Leur principal grief ? La politique des prix, qu’ils jugent déconnectée des réalités économiques et incapables de couvrir les coûts de fonctionnement, surtout dans les zones rurales.

Par ailleurs, la réforme du système d’assurance maladie, censée simplifier les remboursements, s’est transformée en cauchemar administratif. « Les délais de paiement s’étirent désormais sur plus de six mois, alors que nos charges restent les mêmes. Comment voulez-vous que nous tenions le cap ? », s’interroge un pharmacien de Fès, visiblement épuisé par cette situation.

Face à ce blocage, la CSPM a décidé d’adopter une stratégie radicale. Outre la grève nationale prévue à partir du 18 août, les pharmaciens envisagent de fermer leurs officines pendant plusieurs jours, une mesure exceptionnelle qui risque de perturber l’accès aux médicaments pour des millions de Marocains.

Cette décision n’a pas été prise à la légère. Comme l’a précisé un responsable syndical : « Nous sommes conscients de l’impact que cela aura sur la population, mais nous n’avons plus le choix. Le gouvernement nous laisse mourir à petit feu, et nous devons nous faire entendre. »

Les pharmaciens prévoient également d’organiser des rassemblements devant le siège du ministère de la Santé, ainsi que des pétitions en ligne pour sensibiliser l’opinion publique à leur cause. Une stratégie médiatique habile, qui vise à transformer une simple revendication professionnelle en mouvement de société.

Le silence du gouvernement, une erreur stratégique ?

Jusqu’à présent, le ministère de la Santé est resté étonnamment silencieux face à cette crise naissante. Le silence des autorités depuis l’annonce du Conseil national extraordinaire de la CSPM alimente les spéculations sur une possible stratégie d’attente.

Pourtant, le contexte est particulièrement sensible. Le Maroc, qui ambitionne de devenir une plateforme régionale de santé d’ici 2030, ne peut se permettre une crise dans un secteur aussi stratégique. Comme le rappelle un expert en politiques de santé : « Les pharmaciens sont le premier contact des patients avec le système de santé. Si ce maillon lâche, c’est tout le système qui s’effondre. »

Malgré la tension, des voix s’élèvent pour appeler au dialogue. Le professeur Karim Zidane, ministre délégué chargé de l’Investissement, a récemment indiqué que « la santé est un secteur prioritaire pour le développement économique du pays ». Une déclaration qui pourrait ouvrir la porte à une médiation, si elle est suivie d’actions concrètes.


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