LÉGISLATIVES 2026 : LA PREMIÈRE FEMME OU L’HOMME DU MONDIAL
Le PAM arrive en tête avec 97 sièges et doit réunir 101 députés supplémentaires pour atteindre la majorité absolue. Le recul du RNI, la résistance de l’Istiqlal, le retour du PJD et une participation limitée à 38,02 % recomposent les rapports de force. Le scrutin a désigné le premier parti. La coalition, le Chef du gouvernement et la ligne du prochain exécutif restent à définir.

Par Sanae El Amrani
Les résultats provisoires des élections législatives placent le Parti authenticité et modernité en tête avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Le PAM progresse de 10 députés par rapport à 2021 et accède pour la première fois à la première place. Ce résultat lui accorde l’initiative politique, avec une contrainte immédiate : la majorité absolue se situe à 198 sièges. Il lui faut donc convaincre des formations représentant au moins 101 députés pour constituer une majorité capable de soutenir le prochain gouvernement.
Le scrutin a profondément modifié l’équilibre entre les 3 partis de la coalition sortante. Le Rassemblement national des indépendants passe de 102 à 66 sièges, soit une perte de 36 élus. Le Parti de l’Istiqlal recule de 81 à 65 sièges. Le PAM progresse de 87 à 97. Réunis, les 3 partis conservent une majorité de 228 députés, contre 270 en 2021. Une reconduction de leur alliance reste donc possible, avec 30 sièges au-dessus du seuil requis, mais sous une direction différente et avec un rapport de force inversé. Le PAM occuperait la première place, tandis que le RNI deviendrait le deuxième partenaire de la coalition, talonné à un siège près par l’Istiqlal.
Cette configuration offre au PAM plusieurs possibilités. Une alliance avec l’Istiqlal, le Mouvement populaire et l’Union constitutionnelle totaliserait 208 sièges. Une coalition réunissant le PAM, l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme atteindrait 207 sièges. Une autre combinaison associant le PAM, l’Istiqlal, le Mouvement populaire et le Mouvement démocratique et social disposerait de 199 élus. L’arithmétique autorise donc plusieurs majorités. Leur viabilité dépendra des accords politiques, de la répartition des responsabilités et des engagements retenus dans le programme gouvernemental.
L’Istiqlal se trouve au centre de ces calculs. Avec 65 députés, il termine à un seul siège du RNI et devient le partenaire commun aux principales coalitions envisageables. Il peut contribuer à la reconduction de la majorité sortante ou participer à une formule excluant le RNI. L’Union socialiste des forces populaires, avec 26 sièges, le Parti du progrès et du socialisme, avec 19 sièges, le Mouvement populaire, avec 29 sièges, et l’Union constitutionnelle, avec 17 sièges, disposent également d’un poids suffisant pour orienter la composition et les priorités du prochain exécutif.
Le vote marque aussi le retour du Parti de la justice et du développement. Réduit à 13 députés en 2021, le PJD obtient 54 sièges et réalise la plus forte progression du scrutin avec 41 élus supplémentaires. Ses résultats dans plusieurs circonscriptions urbaines, notamment à Casablanca, confirment la reconstitution d’un électorat qui s’était largement retiré en 2021. Le parti retrouve une place importante dans l’opposition et une capacité d’intervention parlementaire. Son score le situe toutefois en quatrième position, à 43 sièges du PAM.
L’Alliance de la gauche progresse également. Les formations qui la composent détenaient séparément 2 sièges en 2021. Elles en obtiennent désormais 8. Avec le retour de Nabila Mounib à la Chambre des représentants, cette composante pourra porter ses propositions sur l’emploi, les jeunes sans emploi, sans études et sans formation, les services publics et la redistribution. Son influence sur la future majorité dépendra cependant d’alliances plus larges, puisque l’Alliance de la gauche et le PPS réunissent ensemble 27 députés.
Le second verdict concerne la participation. Sur 15.801.162 électeurs inscrits, environ 6 millions ont voté, soit un taux de 38,02 %. Ce niveau est le plus faible enregistré lors d’élections législatives depuis 2011. Il se situe en dessous des 50,18 % de 2021, scrutin organisé le même jour que les élections communales et régionales, et des 42,29 % de 2016. Les électeurs âgés de 18 à 24 ans représentent seulement 4 % des inscrits, soit environ 632.000 personnes. Ces chiffres imposent à la prochaine majorité une obligation de résultats auprès d’une jeunesse faiblement présente dans le corps électoral et fortement exposée au chômage, à l’inactivité et aux difficultés d’accès aux services publics.
La première place du PAM ouvre également la question du Chef du gouvernement. Conformément à l’article 47 de la Constitution, SM le Roi Mohammed VI nommera le Chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête, après confirmation des résultats. La direction collégiale du PAM place Fatima-Zahra El Mansouri au premier rang des personnalités politiques susceptibles de conduire les discussions. L’adhésion de Fouzi Lekjaa au parti et son entrée au Bureau politique ont installé un autre profil dans le débat, fondé sur son expérience budgétaire, son autorité administrative et son implication dans les préparatifs de la Coupe du monde 2030. À ce stade, le PAM n’a présenté aucun candidat officiel.
Le prochain exécutif exercera ses responsabilités jusqu’en 2031. Son mandat couvrira les dernières étapes de préparation du Mondial, l’exécution des grands investissements engagés, la poursuite de la protection sociale et les réponses attendues sur l’emploi, l’éducation, la santé et le pouvoir d’achat. La coalition devra ainsi réunir 198 députés tout en définissant une ligne commune entre des partis dont les programmes, les bases électorales et les ambitions diffèrent. Le choix des alliés déterminera la composition du gouvernement, mais aussi les arbitrages sociaux et budgétaires des 5 prochaines années.
Les 101 sièges à trouver
Le PAM a remporté 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Il arrive en tête, mais doit encore réunir 101 députés pour atteindre la majorité absolue fixée à 198 sièges. Cette distance donne aux partenaires potentiels une capacité de négociation considérable et place la formation de la majorité au cœur du résultat électoral.
L’article 47 de la Constitution prévoit que SM le Roi Mohammed VI nomme le Chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants, au vu de leurs résultats. La première place du PAM détermine ainsi la formation politique dont sera issu le prochain Chef du gouvernement. Elle ne désigne automatiquement ni une personnalité précise ni la composition de l’exécutif.

Le parti doit d’abord réunir une majorité capable de soutenir durablement son programme. L’article 88 prévoit que le gouvernement est investi après avoir obtenu la confiance de la majorité absolue des membres de la Chambre des représentants. Le vote porte sur le programme présenté devant le Parlement. Le seuil des 198 sièges constitue donc la première épreuve concrète du vainqueur.
Le précédent de 2016 a montré la différence entre la victoire électorale et la capacité à constituer une majorité. Le PJD avait obtenu 125 sièges, mais Abdelilah Benkirane n’était pas parvenu à conclure un accord avec les autres partis. Saâdeddine El Othmani avait ensuite été désigné au sein de la même formation et avait constitué une nouvelle coalition. Le parti arrivé en tête avait conservé la direction du gouvernement, tandis que la personnalité chargée de le former avait changé.
Le PAM dispose aujourd’hui de plusieurs combinaisons possibles. Aucune ne s’impose uniquement par les chiffres. Chaque scénario suppose un choix politique sur la continuité de la majorité sortante, la place du RNI, le rôle de l’Istiqlal, la participation de la gauche et le statut du PJD.
La coalition sortante conserve, sur le papier, la majorité la plus confortable. Le PAM, le RNI et l’Istiqlal réunissent 228 sièges, soit 30 de plus que le seuil requis. Ces trois partis ont gouverné ensemble pendant cinq ans et connaissent déjà leurs méthodes de travail. Leur poids parlementaire permettrait d’absorber des absences ou des désaccords ponctuels sans menacer chaque vote.
Le scrutin a cependant inversé leur rapport de force. Le RNI, qui dirigeait le gouvernement avec 102 sièges, tombe à 66 élus. Le PAM passe de 87 à 97 sièges et prend la première place. L’Istiqlal recule de 81 à 65 sièges. La coalition perd 42 députés par rapport à 2021, tout en restant majoritaire.
La difficulté entre le PAM et le RNI précède l’annonce des résultats. Pendant la campagne, les deux partis ont échangé des accusations sur le recrutement d’élus et le passage de responsables d’une formation à l’autre. La direction du PAM avait alors écarté la reconduction d’une alliance identique à celle de 2021. Une nouvelle coalition entre les deux formations imposerait donc un changement de position clairement assumé.
Le RNI devrait également accepter de participer à un gouvernement dirigé par son ancien partenaire. Son passage de la première à la deuxième place modifie la répartition des responsabilités, l’accès aux ministères stratégiques et la conduite de la majorité. Pour le PAM, reconduire le RNI offrirait une sécurité parlementaire immédiate, mais compliquerait la présentation du prochain gouvernement comme une réponse politique au vote du 23 septembre.
La continuité arithmétique ne correspond donc plus à la continuité politique. Un accord reste possible, car les partis marocains ont souvent privilégié la formation d’une majorité stable après la compétition électorale. Son coût serait toutefois élevé pour deux formations qui ont construit une partie de leur campagne sur leur différenciation et leurs désaccords.
L’autre partenaire central est l’Istiqlal. Avec 65 députés, il se situe à une unité du RNI et peut participer à presque toutes les coalitions alternatives. Le PAM et l’Istiqlal totalisent ensemble 162 sièges. Il leur en manque 36. L’ajout du Mouvement populaire, avec ses 29 élus, porte l’ensemble à 191 sièges. Une quatrième formation devient alors nécessaire.
Avec les 17 députés de l’Union constitutionnelle, cette coalition atteindrait 208 sièges. Elle réunirait quatre formations disposant d’un ancrage territorial important et permettrait au PAM de gouverner sans le RNI. Son avance de dix sièges resterait suffisante pour exercer la majorité, à condition de maintenir une discipline parlementaire régulière.
Une autre combinaison associerait le PAM et l’Istiqlal à l’USFP et au PPS. Elle totaliserait 207 sièges. Cette majorité donnerait une représentation plus importante à la gauche gouvernementale et pourrait renforcer les engagements concernant l’emploi, les services publics, le pouvoir d’achat et les inégalités territoriales. Elle demanderait un accord précis sur la fiscalité, le financement des politiques sociales et la répartition de l’effort budgétaire.
L’hypothèse d’une gauche chargée de servir de contrepoids au PAM, avancée pendant la campagne, possède une cohérence politique, mais son assise parlementaire reste limitée. Le PPS dispose de 19 sièges, l’Alliance de la gauche de huit et l’USFP de 26. Avec le PAM, ces trois formations totaliseraient 150 députés. Il leur manquerait encore 48 sièges.
La gauche peut donc peser sur l’orientation d’une coalition, imposer des engagements sociaux et exercer une vigilance interne. Elle ne peut former, avec le seul PAM, une majorité suffisante. Son influence dépendrait de l’entrée d’un autre grand parti, principalement l’Istiqlal ou le RNI. L’idée d’un encadrement politique du PAM par le PPS et l’Alliance de la gauche suppose ainsi une coalition plus large que le seul rapprochement entre ces formations.
Le PJD revient également dans les calculs. Ses 54 sièges le replacent au quatrième rang et lui permettent de participer à une majorité avec le PAM et l’Istiqlal. Les trois partis réuniraient 216 députés, soit une avance de 18 sièges.
Cette formule se heurte à des divergences politiques profondes. Les relations entre le PAM et le PJD ont longtemps été structurées par leur opposition. Les positions du PJD sur la normalisation avec Israël ajoutent un point de désaccord important pour un gouvernement appelé à appliquer les orientations diplomatiques du Royaume. Cette coalition reste juridiquement et arithmétiquement possible, mais son programme commun serait difficile à établir.
Le PJD peut aussi considérer que son retour électoral lui offre davantage de perspectives dans l’opposition. Avec 54 députés, il disposerait des moyens nécessaires pour intervenir dans les débats, contrôler l’action du gouvernement et reconstruire son implantation jusqu’en 2031. Une entrée immédiate dans une coalition conduite par le PAM pourrait brouiller cette stratégie.
Le nombre de sièges ne suffit donc pas à classer les alliances selon leur probabilité. Une coalition de 228 députés peut être politiquement plus difficile à conclure qu’une majorité de 207 ou 208 sièges. À l’inverse, une combinaison compatible sur le plan partisan peut devenir fragile si son avance parlementaire reste trop étroite.
Le PAM devra arbitrer entre la sécurité numérique et la cohérence de la majorité. Il pourra rechercher une coalition large, capable d’accompagner les lois de finances et les réformes sensibles, ou privilégier un accord plus resserré qui lui laisserait une direction politique plus affirmée. Dans les deux cas, ses partenaires négocieront leur soutien en fonction du programme, des portefeuilles et des responsabilités parlementaires.
Le résultat du scrutin donne ainsi au PAM le droit de proposer une majorité. Il ne lui accorde pas la liberté de la composer seul. Ses 97 sièges lui permettent de choisir l’orientation des négociations ; les 101 sièges manquants détermineront le contenu réel du prochain gouvernement.

El Mansouri ou Lekjaa ?
La victoire du PAM ouvre une seconde compétition, interne cette fois. Fatima Ezzahra El Mansouri possède la légitimité de la direction du parti et de la campagne électorale. Fouzi Lekjaa dispose d’une expérience budgétaire, d’une forte visibilité publique et d’un rôle central dans la préparation de la Coupe du monde 2030. Leurs noms dominent les hypothèses, alors que le PAM n’a officiellement désigné aucun candidat à la fonction de Chef du gouvernement.
Fatima Ezzahra El Mansouri dirige la formation arrivée en tête. Depuis le congrès de février 2024, elle coordonne la direction collégiale du secrétariat général aux côtés de Mohamed Mehdi Bensaid et de Fatima Saadi. Cette organisation avait été retenue pour stabiliser le parti, répartir les responsabilités et refermer une période marquée par les divisions internes. Deux ans plus tard, le PAM passe de 87 à 97 députés et prend la première place.

Ce résultat renforce directement la coordinatrice nationale. Elle a porté le programme du parti, conduit ses principaux rassemblements et assumé publiquement son ambition d’accéder à la tête du gouvernement. Sa désignation établirait une continuité entre la direction partisane, la campagne et la conduite de la future majorité. Elle ferait également d’elle la première femme à exercer cette responsabilité au Maroc.
Son parcours rassemble plusieurs niveaux d’expérience politique. Avocate de formation, elle a été élue maire de Marrakech en 2009, avant de retrouver la présidence du conseil communal en 2021. Elle exerce depuis octobre 2021 les fonctions de ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Elle connaît ainsi le fonctionnement d’une grande collectivité, la gestion d’un département ministériel et les équilibres internes d’une coalition.
Sa légitimité relève d’abord du parti. Elle s’est construite dans les élections, les institutions locales et l’organisation du PAM. Pour une formation qui accède pour la première fois à la première place, choisir sa coordinatrice permettrait de confirmer la capacité de ses propres structures à produire la cheffe de l’exécutif.
Cette option comporte également une exigence. Fatima Ezzahra El Mansouri devrait passer de la coordination d’une direction à trois à l’arbitrage d’une coalition réunissant plusieurs partis. La fonction demande une présence continue devant le Parlement, une maîtrise de l’ensemble des politiques publiques et une autorité suffisante pour départager des ministres disposant eux-mêmes d’une forte assise politique. La victoire électorale lui apporte une légitimité nouvelle ; la composition de la majorité déterminera les conditions dans lesquelles elle pourrait l’exercer.
L’hypothèse Fouzi Lekjaa repose sur une trajectoire différente. Son entrée au Bureau politique du PAM, le 25 juillet 2026, est intervenue moins de deux mois avant le scrutin. Sa participation active aux rassemblements du parti a immédiatement élargi sa visibilité politique. Il a présenté les engagements du programme à partir de leur financement, défendu l’objectif d’un salaire minimum de 5 000 dirhams et soutenu la possibilité de mobiliser 350 milliards de dirhams supplémentaires sur cinq ans.
Sa valeur politique tient à la combinaison de trois fonctions. Fouzi Lekjaa connaît les finances de l’État, dirige depuis 2014 la Fédération royale marocaine de football et intervient directement dans la préparation de la Coupe du monde 2030. Ancien directeur du Budget, il occupe depuis 2021 le poste de ministre délégué chargé du Budget. Il maîtrise donc la programmation des dépenses, les arbitrages fiscaux, le financement de la protection sociale et les contraintes de la loi de finances.
Cette expérience répond à une difficulté centrale du programme du PAM. Les engagements présentés pendant la campagne supposent de financer simultanément les politiques d’emploi, les aides sociales, le logement, la santé, l’éducation et les investissements liés à 2030. La question posée au prochain gouvernement portera autant sur les priorités que sur leur calendrier d’exécution. Fouzi Lekjaa s’est précisément imposé dans la campagne comme le responsable capable de défendre la crédibilité financière de ces annonces.
Sa notoriété dépasse le champ budgétaire. Les performances de la sélection nationale, les investissements réalisés dans les équipements sportifs et le rôle attribué au Maroc dans le football africain ont associé son nom à une gestion orientée vers les résultats. Cette visibilité lui donne une popularité dont disposent peu de responsables gouvernementaux. Elle explique pourquoi son arrivée au PAM a été interprétée comme un renfort destiné à élargir l’audience du parti et à rendre crédible son ambition de prendre la tête du gouvernement.
Cette force présente son propre point de fragilité. Fouzi Lekjaa vient d’intégrer le PAM et n’a pas sollicité de mandat parlementaire lors du scrutin. Il possède une longue expérience de l’État, mais une ancienneté partisane de quelques semaines. Sa désignation placerait à la tête du gouvernement une personnalité récemment arrivée devant les cadres qui ont conduit le parti, géré ses structures et porté ses campagnes pendant plusieurs années.
Elle poserait aussi une question au fonctionnement de la direction collégiale. Le PAM a fait de cette gouvernance partagée l’un des éléments de sa reconstruction. Choisir une personnalité extérieure à ce trio pourrait être perçu comme la reconnaissance de l’efficacité d’un profil opérationnel. Le parti devrait alors préserver l’équilibre entre la direction politique, le groupe parlementaire et le Chef du gouvernement.
Fouzi Lekjaa a lui-même maintenu une distance avec cette hypothèse. Interrogé pendant la campagne sur son éventuelle accession à la tête de l’exécutif, il a déclaré ne jamais y avoir réfléchi. Il a présenté son engagement comme une mise à disposition de son expérience et rappelé que les étapes suivant le scrutin relevaient d’un autre cadre. Cette déclaration interdit de le présenter comme candidat déclaré, tout en laissant intacte la possibilité ouverte par son appartenance au PAM.
L’opposition entre les deux profils mérite toutefois d’être nuancée. Fatima Ezzahra El Mansouri possède une expérience exécutive au gouvernement et à Marrakech. Fouzi Lekjaa a quitté la seule sphère technique en adhérant au PAM, en participant à ses meetings et en défendant son programme. Le choix ne se réduit donc pas à une responsable politique face à un technocrate. Il porte sur la source principale de l’autorité du prochain Chef du gouvernement.
Avec El Mansouri, cette autorité viendrait de la direction du parti, du résultat électoral et de l’expérience des mandats. Avec Lekjaa, elle reposerait davantage sur la maîtrise budgétaire, la conduite de grands projets et une forte reconnaissance publique. La première option consoliderait la cohérence politique du PAM. La seconde installerait à la tête de l’exécutif un profil directement associé à l’exécution du programme et aux échéances de 2030.
Le comportement des futurs alliés comptera également. Une coalition composée de responsables expérimentés de l’Istiqlal, du MP, de l’USFP ou du PPS aura besoin d’un Chef du gouvernement capable d’imposer des arbitrages et de maintenir une ligne commune. Certains partenaires pourraient privilégier la clarté d’une direction partisane. D’autres pourraient considérer la maîtrise des finances publiques comme une garantie face au coût des engagements électoraux.
Le débat dépasse enfin les deux noms les plus cités. Le PAM fonctionne avec une direction collégiale et compte plusieurs ministres, parlementaires et responsables territoriaux. Mohamed Mehdi Bensaid et Fatima Saadi appartiennent à la direction du secrétariat général. D’autres figures du parti peuvent également intervenir dans les arbitrages. El Mansouri et Lekjaa concentrent aujourd’hui l’attention ; ils ne constituent pas une liste officielle arrêtée par la formation.
Le PAM doit désormais choisir le profil qui traduira le mieux sa victoire. La décision dira si le parti entend confier le gouvernement à la responsable qui l’a conduit à la première place ou à la personnalité qu’il a recrutée pour renforcer la crédibilité financière et opérationnelle de son projet. Elle fixera aussi l’équilibre entre l’appareil partisan, la coalition parlementaire et la gestion des échéances qui structureront la législature jusqu’en 2031.
Le retour du PJD
Le PJD retrouve 54 sièges après être tombé à 13 députés en 2021. Il en gagne 41, multiplie sa représentation par plus de quatre et redevient une force parlementaire capable de peser sur les débats. Sa quatrième place situe toutefois précisément la portée de ce résultat : le parti revient au premier plan sans retrouver le niveau qui lui avait permis de diriger le gouvernement pendant dix ans.
En 2011, le PJD avait remporté 107 sièges. Il avait atteint 125 députés en 2016, avant de subir l’effondrement de 2021. Avec 54 élus, il reste à 53 sièges de son résultat de 2011 et à 71 de son record de 2016. Il se situe également à 43 sièges du PAM, à 12 du RNI et à 11 de l’Istiqlal.

Le scrutin marque donc une reconstruction, davantage qu’un rétablissement complet. Le PJD retrouve un groupe parlementaire important, une représentation nationale et une capacité d’intervention qui avaient presque disparu pendant la législature écoulée. Il demeure cependant éloigné des rapports de force qui lui avaient permis d’imposer son candidat à la tête du gouvernement.
La soirée électorale a montré les deux dimensions de ce retour. Les premières remontées en provenance de plusieurs grandes villes ont placé le parti en position favorable. À Casablanca-Anfa, Abdessamad Haïker est arrivé en tête avec 33,45 % des suffrages provisoirement comptabilisés et conserve son siège. Dans la région Casablanca-Settat, les résultats partiels lui attribuent 13 députés. Le PJD s’est également placé en tête à Tanger-Assilah et dans le vote urbain des deux circonscriptions de Fès.
Cette implantation a créé, pendant les premières heures du dépouillement, l’hypothèse d’une surprise nationale. Abdelilah Benkirane a alors déclaré que les informations recueillies par son parti le donnaient en tête dans plusieurs circonscriptions et pouvaient le placer au premier rang. L’agrégation nationale annoncée ensuite par le ministère de l’Intérieur a corrigé cette appréciation : le PJD termine quatrième avec 54 sièges, derrière le PAM, le RNI et l’Istiqlal.
L’écart entre les premières perceptions et le résultat national révèle la géographie de son redressement. Le PJD retrouve une capacité de mobilisation dans des espaces urbains où son organisation militante, son discours sur la gouvernance et ses figures locales conservent une audience. Les partis arrivés devant lui disposent, de leur côté, d’une implantation plus étendue dans les circonscriptions rurales, les petites villes et les réseaux territoriaux.
Les résultats détaillés devront encore permettre de mesurer la profondeur exacte de cette progression. Les chiffres nationaux disponibles indiquent un gain massif en sièges, mais ils ne permettent pas encore d’établir les transferts de voix entre les partis. Une partie de la remontée peut correspondre au retour d’électeurs qui s’étaient détournés du PJD en 2021. Une autre peut traduire un vote de sanction contre la majorité sortante. La répartition complète des suffrages sera nécessaire pour distinguer ces deux mouvements.
Le PJD a bénéficié de sa position dans l’opposition pendant la législature 2021-2026. Il a pu concentrer son discours sur la hausse des prix, le pouvoir d’achat, les conflits d’intérêts, l’efficacité de l’action publique et la confiance dans les institutions. Il n’avait pas à défendre directement le bilan du gouvernement sortant, contrairement au RNI, au PAM et à l’Istiqlal.
Son programme électoral, composé de 467 mesures réparties en cinq axes, a prolongé ce positionnement. Le parti a proposé des commissions provinciales permanentes de contrôle des prix, une réforme des marchés de gros, une réduction du nombre d’intermédiaires et un durcissement des sanctions contre la spéculation et les ententes. Il a également mis en avant la réforme démocratique, le renforcement du Parlement, la décentralisation, la santé, l’éducation et la protection sociale.
Le PJD n’a cependant fixé ni enveloppe budgétaire globale, ni objectif chiffré de croissance ou de création d’emplois pour l’ensemble de son programme. Cette prudence lui a permis de critiquer les promesses financières de ses concurrents. Elle laisse aussi ouverte la question du financement et du calendrier de ses propres propositions. Avec 54 députés, le parti devra désormais traduire ses engagements en amendements, propositions de loi et positions budgétaires précises.
La campagne a également confirmé la centralité d’Abdelilah Benkirane. Revenu à la tête du parti après la défaite de 2021, il a été réélu secrétaire général lors du neuvième congrès national d’avril 2025. Sa parole, son expérience et sa capacité de mobilisation ont contribué à reconstituer le socle électoral du PJD.
Cette continuité a favorisé le redressement, mais elle reporte la question du renouvellement. Le parti revient avec une direction largement associée à ses deux législatures au pouvoir. Son résultat prouve la persistance de sa base et la solidité de son organisation. Il reste à savoir si cette reconstruction produira de nouvelles figures nationales, une relève générationnelle et une implantation durable au-delà de ses bastions urbains.
L’opposition à la normalisation avec Israël constitue désormais l’un des principaux marqueurs politiques du PJD. Son programme électoral demande la révision des accords conclus depuis 2020, la fermeture du bureau de liaison israélien à Rabat et la dissolution du groupe d’amitié parlementaire. Cette position a été réaffirmée après l’annonce, le 16 septembre 2026, d’un accord prévoyant la transformation des bureaux de liaison du Maroc et d’Israël en ambassades ainsi que la nomination d’ambassadeurs.
Cette évolution diplomatique accentue la différence entre le PJD et les partis susceptibles de conduire la prochaine majorité. Elle consolide son positionnement auprès d’un électorat attaché à la cause palestinienne, mais compliquerait son intégration dans un gouvernement chargé d’appliquer les orientations diplomatiques du Royaume.
Cette difficulté ne constitue toutefois pas une interdiction institutionnelle. La reprise des relations avec Israël avait été actée en décembre 2020 alors que Saâdeddine El Othmani, membre du PJD, occupait la fonction de Chef du gouvernement. Le précédent montre qu’un parti peut exprimer des réserves tout en participant à un exécutif tenu par la continuité de la politique extérieure de l’État.
Les premières déclarations du parti appellent également une lecture rigoureuse. Pendant le dépouillement, Abdelilah Benkirane a évoqué des difficultés dans la remise de certains procès-verbaux et formulé des accusations concernant des irrégularités au profit du PAM. Ces affirmations relèvent, à ce stade, de la position du PJD. Le ministère de l’Intérieur a indiqué que le scrutin s’était déroulé dans des conditions normales, à l’exception de cas très isolés. Aucune conclusion officielle ne permet encore d’établir la portée des faits dénoncés.
Le résultat place désormais le PJD devant une décision stratégique. Une participation au gouvernement lui donnerait un accès direct à l’action publique, mais l’obligerait à composer avec le PAM et à assumer les compromis d’une coalition. Une présence dans l’opposition lui offrirait une position plus cohérente avec la campagne menée et davantage d’espace pour poursuivre sa reconstruction.
Si les trois partis de la majorité sortante restent ensemble, le PJD deviendra le premier groupe de l’opposition. L’article 10 de la Constitution garantit à celle-ci des droits en matière d’expression, de contrôle du gouvernement, de participation à la procédure législative, de représentation dans les organes parlementaires et de contribution aux commissions d’enquête. Avec 54 sièges, le parti disposerait des effectifs nécessaires pour exercer ces prérogatives avec une visibilité très supérieure à celle de la législature précédente.
La réussite du prochain mandat ne se mesurera donc plus uniquement au nombre de sièges récupérés. Elle dépendra de la capacité du PJD à transformer son retour électoral en travail parlementaire, à renouveler ses responsables et à élargir son implantation territoriale. Le scrutin du 23 septembre lui rend une place centrale. Il ne lui rend ni la première place ni le niveau de domination atteint entre 2011 et 2016.

Gouverner avec 38,02 %
Près de 6 millions de Marocains ont participé aux élections législatives du 23 septembre. Ils représentent 38,02 % des 15 801 162 électeurs inscrits. Le prochain gouvernement disposera de toute la légitimité constitutionnelle issue du scrutin, mais il exercera son mandat dans un pays où près de 9,8 millions d’inscrits ne se sont pas rendus aux urnes.
L’abstention atteint ainsi 61,98 %. Elle constitue la première donnée politique du scrutin avant même la répartition des sièges. La majorité parlementaire sera formée à partir des suffrages exprimés par un peu plus de six millions de citoyens, alors que la population concernée par ses décisions est beaucoup plus large.

Le taux du 23 septembre est le plus faible enregistré depuis les législatives de 2007, lorsque la participation s’était établie à 37 %. Il est aussi le plus bas des quatre scrutins législatifs organisés depuis l’adoption de la Constitution de 2011. La participation avait atteint 45,40 % en 2011, 42,29 % en 2016 et 50,18 % en 2021.
La comparaison avec 2021 appelle toutefois une précaution. Les législatives avaient alors été organisées le même jour que les élections communales et régionales. Les scrutins locaux mobilisent davantage en raison de la proximité des candidats, des enjeux municipaux et des réseaux territoriaux. Le recul de 12,16 points observé en 2026 mesure donc à la fois une baisse de la mobilisation et la disparition de l’effet d’entraînement produit cinq ans auparavant par les trois élections simultanées.
La comparaison avec 2016 reste plus directe. Entre les deux législatives organisées séparément, la participation recule de 42,29 % à 38,02 %, soit 4,27 points. Après quinze années d’application de la Constitution de 2011, l’élection de la Chambre des représentants mobilise une proportion plus faible du corps électoral inscrit.
Cette évolution intervient malgré une offre électorale abondante. Le ministère de l’Intérieur a enregistré 1 850 listes et 7 288 candidatures pour 395 sièges, soit plus de 18 candidats par siège. Les circonscriptions locales ont réuni 1 615 listes et les circonscriptions régionales réservées aux femmes 235 listes.
Le nombre de candidatures ne s’est donc pas traduit par une mobilisation équivalente. Le problème tient davantage à la capacité de l’offre politique à convaincre qu’à sa quantité. Les programmes ont multiplié les engagements sur l’emploi, les salaires, le logement, la santé et l’éducation. Une large partie des électeurs n’a pourtant identifié aucune proposition, aucun candidat ou aucun parti susceptible de justifier son déplacement.
La composition des candidatures apporte un autre élément d’explication. Parmi les personnes en lice figuraient 227 parlementaires en exercice, dont 204 députés, 20 députées et trois membres de la Chambre des conseillers. Plus de la moitié des membres de la Chambre sortante ont ainsi cherché à poursuivre leur parcours parlementaire. Cette continuité a préservé l’expérience des élus, mais elle a limité la perception d’un renouvellement profond des responsables et des pratiques.
Le premier déséquilibre apparaît avant même le vote, dans la composition des listes électorales. Les citoyens âgés de 18 à 24 ans ne représentent que 4 % des inscrits, soit environ 632 000 personnes. Les 25-34 ans en constituent 15 %. À l’autre extrémité, les électeurs de 60 ans et plus dépassent 29 % des inscrits, soit près de 4,6 millions de personnes.
Ces proportions ne mesurent pas le taux d’inscription de chaque génération. Elles indiquent leur poids respectif au sein du corps électoral. Elles révèlent néanmoins un déséquilibre majeur : les plus de 60 ans pèsent plus de sept fois davantage que les 18-24 ans dans les listes à partir desquelles sont calculés la participation et les résultats.
Le contraste est politique autant que démographique. Les jeunes ont occupé une place centrale dans le débat public à travers les mobilisations de la Génération Z, les mouvements sociaux, les tentatives de migration et les discussions sur l’avenir des services publics. Leur présence dans le processus électoral demeure pourtant réduite.
L’enquête publiée en mars 2026 par Afrobarometer apporte un éclairage sur cette distance. Parmi les Marocains âgés de 18 à 35 ans, 37 % déclarent faire confiance au Parlement. La confiance accordée au Chef du gouvernement et aux partis de la majorité comme de l’opposition s’établit à 33 %. Seuls 28 % approuvent le travail des députés.
La même enquête montre que les jeunes soutiennent fortement les principes de contrôle démocratique. Ils sont 67 % à considérer que le Chef du gouvernement doit rendre compte au Parlement de l’utilisation des deniers publics et 63 % à estimer qu’il doit respecter les lois et les décisions de justice. Leur éloignement des urnes traduit ainsi moins une indifférence aux affaires publiques qu’une faible confiance dans les institutions chargées de les représenter.
Cette génération participe aussi autrement. Elle utilise davantage les réseaux sociaux pour diffuser des contenus politiques et rejoint plus volontiers les manifestations. Elle s’engage moins fréquemment dans les partis, le vote ou les structures traditionnelles d’intermédiation. La mobilisation existe, mais elle circule largement en dehors des organisations partisanes.
L’écart devient plus sensible face à la situation économique. Au deuxième trimestre 2026, le chômage touchait 27,2 % des 15-24 ans. Environ 1,5 million de jeunes âgés de 15 à 24 ans, soit 25,6 % de cette tranche d’âge, se trouvaient sans emploi, sans études et sans formation. Les citoyens les plus exposés aux difficultés d’insertion figurent parmi les moins présents dans le corps électoral.
Cette sous-représentation influence nécessairement la hiérarchie des priorités. Un électorat plus âgé accorde une attention particulière aux pensions, aux prix, à la santé et à la stabilité des revenus. Les jeunes placent davantage l’emploi, la formation, le logement, la mobilité sociale et la qualité des services publics au centre de leurs attentes. Le prochain exécutif devra répondre simultanément à ces demandes, alors qu’elles ne disposent pas du même poids électoral.
L’Alliance de la gauche a cherché à occuper cet espace en intégrant à son programme la prise en charge des jeunes sans emploi, sans études et sans formation, ainsi que plusieurs revendications portées par les mobilisations de la Génération Z. Ses huit députés lui permettront d’introduire ces questions dans l’hémicycle. Ce résultat montre aussi la difficulté de transformer l’écoute des mouvements sociaux en adhésion électorale suffisamment large.
La participation présente également de forts écarts territoriaux. À la fermeture des bureaux, elle atteignait 54 % dans la région Guelmim-Oued Noun, avec 77,6 % à Assa-Zag et 61,3 % à Sidi Ifni. Elle s’élevait à 79,52 % à Laâyoune, 75,36 % à Boujdour et 88,88 % à Tarfaya. Dans l’Oriental, elle était limitée à 25,33 %.
Ces écarts appellent une lecture prudente en raison des différences de population et de taille du corps électoral. Ils montrent néanmoins que la participation repose sur des dynamiques locales très contrastées. L’intensité des campagnes, la proximité avec les candidats, les réseaux sociaux et familiaux, les enjeux territoriaux et la perception de l’utilité du vote produisent des mobilisations très différentes d’une province à l’autre.
Une moyenne nationale de 38,02 % rassemble ainsi plusieurs réalités. Dans certains territoires, l’élection conserve une forte capacité de mobilisation. Dans d’autres, trois électeurs inscrits sur quatre restent à l’écart. La représentation parlementaire résulte autant de cette géographie de la participation que des préférences exprimées en faveur des partis.
Le prochain gouvernement devra intégrer cette donnée dès la préparation de son programme. Les politiques publiques destinées aux jeunes, aux territoires peu mobilisés et aux citoyens éloignés des partis devront être évaluées par des résultats accessibles et mesurables. L’emploi créé, les délais d’accès aux soins, la qualité des établissements scolaires, les possibilités de formation et le coût du logement compteront davantage que l’accumulation de nouveaux engagements.
Le mandat commence donc avec une double responsabilité. La majorité devra mettre en œuvre son programme devant les électeurs qui ont voté et rétablir un lien politique avec ceux qui se sont abstenus ou qui ne figurent pas sur les listes. Les 38,02 % déterminent la composition de la Chambre. Les 61,98 % d’abstention détermineront une grande partie de la pression sociale exercée sur le gouvernement jusqu’en 2031.

Le gouvernement du Mondial
Le prochain gouvernement prendra ses fonctions à quatre ans de la Coupe du monde 2030. Son mandat couvrira la phase principale des travaux, l’organisation de la compétition et les premiers arbitrages sur l’utilisation des équipements après l’événement. Cette succession d’échéances imposera une méthode fondée sur les délais, la coordination des intervenants et le suivi des dépenses.
La candidature commune du Maroc, de l’Espagne et du Portugal prévoit 20 stades, dont 6 au Maroc, à Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Agadir et Fès. La FIFA doit encore arrêter la répartition définitive des rencontres, ainsi que les sites du match d’ouverture et de la finale. Le Maroc prépare donc ses capacités d’accueil sans connaître encore la totalité de son programme sportif.

Le chantier dépasse largement la construction des enceintes. Les programmes déjà engagés couvrent le rail, les aéroports, les transports urbains, les routes, l’hébergement, les espaces publics, la sécurité, les télécommunications et les services aux visiteurs. Trois ensembles d’investissements directement associés à l’échéance 2030 représentent déjà environ 154 milliards de dirhams. Ce montant additionne 96 milliards pour le programme ferroviaire, 38 milliards pour les aéroports et près de 20 milliards pour les principales infrastructures footballistiques. Il ne constitue donc pas une estimation du coût total du Mondial, mais le volume de trois programmes publics identifiés qui conserveront une utilité nationale après la compétition.
Le programme ferroviaire concentre à lui seul 96 milliards de dirhams. Il comprend 53 milliards pour la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech, 29 milliards pour l’acquisition de 168 trains et 14 milliards pour le maintien et le développement du réseau. Les nouvelles commandes portent sur 18 trains à grande vitesse, 40 trains Intervilles et 110 trains destinés aux services ferroviaires de proximité de type réseau express régional. La desserte de l’aéroport Mohammed V et du Grand Stade Hassan II doit intégrer ces équipements à un système de mobilité reliant les principaux pôles urbains.
La valeur économique de cet investissement dépendra de son usage quotidien. Une ligne ferroviaire, une gare ou un train de proximité produit un rendement collectif lorsqu’il réduit les temps de déplacement des salariés, facilite l’accès aux zones d’activité et dessert durablement les habitants. Le Mondial fixe la date de livraison. La politique publique doit déterminer les fréquences, les tarifs, les correspondances et la qualité du service après 2030.
Le même raisonnement s’applique aux aéroports. Le protocole conclu entre l’État et l’Office national des aéroports prévoit 38 milliards de dirhams d’investissements entre 2025 et 2030. Une enveloppe de 25 milliards finance notamment le nouveau terminal et la nouvelle piste de l’aéroport Mohammed V ainsi que l’augmentation des capacités à Marrakech, Agadir, Tanger et Fès. Les 13 milliards restants sont destinés à la maintenance, à la modernisation et aux acquisitions foncières. L’objectif national consiste à porter la capacité aéroportuaire de 34 millions à 80 millions de passagers par an à l’horizon 2030.
Cette capacité supplémentaire devra accompagner une activité déjà en forte progression. Le Maroc a accueilli près de 20 millions de touristes en 2025. Au premier semestre 2026, les arrivées ont atteint environ 9,4 millions et les recettes de voyages 64,9 milliards de dirhams. La compétition peut accélérer cette trajectoire à condition que l’offre hôtelière, les transports, la formation professionnelle et la qualité du service progressent au même rythme.
Les infrastructures sportives constituent le volet le plus visible. L’enveloppe annoncée pour la rénovation des principaux stades et la construction du Grand Stade Hassan II à Benslimane avoisine 20 milliards de dirhams. Le calendrier public fixait à décembre 2027 la livraison de cette nouvelle enceinte. Une fois les travaux achevés, le futur gouvernement devra traiter les coûts d’exploitation, la programmation sportive, les accès et l’utilisation des équipements entre les grands événements. Un stade mobilise durablement des dépenses de sécurité, d’entretien, d’énergie et de transport. Sa fréquentation annuelle devient donc un indicateur aussi important que le respect du calendrier de construction.
La loi portant création de la Fondation Maroc 2030 a installé un centre de coordination chargé de préparer les compétitions internationales, de suivre les engagements pris envers la FIFA et d’accompagner les régions et les villes concernées. Son conseil exécutif réunit notamment les autorités chargées de l’Intérieur, des Affaires étrangères, du Sport et du Budget. Un comité de management territorial assure l’articulation avec les collectivités.
Cette organisation peut accélérer les décisions entre l’État, les établissements publics et les autorités locales. Elle donne aussi au prochain gouvernement une responsabilité précise : intégrer les projets du Mondial à la programmation budgétaire ordinaire. La Fondation dispose de l’autonomie financière, reçoit des subventions publiques, arrête son propre budget et approuve son règlement des marchés. Elle est soumise à un contrôle financier spécifique de l’État défini par convention. La publication régulière de ses engagements, de ses contrats, de ses paiements et de l’avancement physique des chantiers permettra de mesurer l’utilisation des fonds mobilisés.
La commande publique formera un autre point de contrôle. Le programme ferroviaire prévoit déjà des engagements de compensation industrielle, dont l’installation au Maroc d’une unité de fabrication de trains de proximité. Cette logique peut être étendue aux travaux, à la maintenance, aux services numériques, à l’hôtellerie et aux prestations événementielles. La part des contrats attribuée aux entreprises marocaines, le nombre d’emplois durables créés et les compétences transférées fourniront des résultats plus précis que le volume global des investissements annoncé.
La concentration des projets dans 6 villes appelle également un suivi territorial. Les infrastructures réalisées à Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Agadir et Fès doivent améliorer les déplacements et les services de leurs habitants. Les autres régions attendront, elles aussi, des effets économiques mesurables à travers les circuits touristiques, l’activité des entreprises, la formation et l’emploi. Le Mondial peut renforcer plusieurs pôles urbains tout en finançant des connexions avec les territoires voisins.
Le prochain exécutif devra enfin organiser la coexistence entre les dépenses liées à 2030 et les priorités sociales de la législature. Les budgets consacrés aux transports, aux espaces publics ou à la sécurité peuvent servir simultanément la compétition et les besoins permanents. Cette double utilité devra apparaître dans chaque décision d’investissement, avec des objectifs de fréquentation, des coûts d’exploitation et un calendrier de mise en service.
En 2031, les résultats seront vérifiables : équipements livrés, coûts définitifs, emplois pérennisés, fréquentation des transports, recettes touristiques et charges annuelles d’exploitation. Le Mondial aura alors produit son véritable bilan, celui des infrastructures et des services restés aux Marocains.


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