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Législatives 2026 : Des voix, des choix

Emploi, pouvoir d’achat, école, santé et souveraineté structurent les programmes des partis. À trois semaines du scrutin du 23 septembre, leurs mesures, leurs chiffres et leurs priorités dessinent les choix proposés aux électeurs.

Par Sanae El Amrani


Le 23 septembre, les électeurs seront appelés à renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Le scrutin réunira 27 partis politiques dans une séquence marquée par la rentrée scolaire, la reprise des activités économiques et la présentation progressive des programmes pour la période 2026-2031. La campagne officielle se déroulera du 10 au 22 septembre, après l’achèvement du dépôt des candidatures.

Le processus électoral a rapidement pris de l’ampleur. À la fin du 1er septembre, 1 003 déclarations de candidature avaient été enregistrées sur la plateforme électronique, contre 702 lors du premier pointage effectué le 31 août. Ces déclarations couvrent les circonscriptions locales et régionales des 12 régions. L’enregistrement électronique doit être finalisé avant le 8 septembre à 12 h, tandis que le dépôt matériel des originaux peut se poursuivre jusqu’au 9 septembre à 12 h.

Cette activité autour des candidatures accompagne une publication soutenue de propositions économiques et sociales. Le Rassemblement national des indépendants présente une offre organisée autour de 3 engagements et 12 mesures. Le Parti authenticité et modernité décline son programme en 5 pactes et 20 engagements, assortis d’un effort financier global annoncé de 350 milliards de DH sur 5 ans. Le Parti de l’Istiqlal retient 5 grands engagements consacrés à la famille, au pouvoir d’achat, aux services publics, à la gouvernance et à la souveraineté. L’Union socialiste des forces populaires avance 20 engagements assortis de nombreux objectifs quantitatifs. Le Mouvement populaire propose un contrat social composé de 11 axes et 33 mesures. Le Parti du progrès et du socialisme a présenté son programme le 2 septembre, après en avoir dévoilé les principales orientations en juillet.

Les autres formations progressent selon un calendrier différent. Le Parti de la justice et du développement a lancé une plateforme participative et commencé à dévoiler ses têtes de liste. L’Union constitutionnelle expose ses priorités économiques et sociales à travers les interventions de ses responsables. Le Mouvement démocratique et social concentre sa communication sur son implantation territoriale et le renouvellement de ses candidatures. Le Front des forces démocratiques présente plusieurs objectifs chiffrés sur la croissance, l’emploi, les revenus et la précarité. Le Parti socialiste unifié et la Fédération de la gauche démocratique ont constitué une Alliance de la gauche autour de candidatures et d’orientations communes.

La diversité de ces présentations fait apparaître une première différence entre les partis. Certains publient un document structuré, des objectifs précis et une estimation financière. D’autres communiquent principalement à travers des discours, des entretiens ou des orientations sectorielles. Le degré d’information fourni au public pèse déjà dans l’appréciation des offres politiques. Un engagement gagne en portée lorsqu’il précise son coût, sa source de financement, l’administration chargée de son exécution, le calendrier prévu et l’indicateur retenu pour mesurer son résultat.

 

Emploi : le million à préciser

L’emploi s’impose comme l’un des principaux points de convergence des programmes électoraux. Le Rassemblement national des indépendants, le Parti authenticité et modernité et le Parti du progrès et du socialisme affichent chacun un objectif d’un million d’emplois au cours de la prochaine législature. Derrière ce chiffre commun apparaissent des différences importantes dans la définition des postes annoncés, leur répartition sectorielle, les publics ciblés et les moyens financiers prévus.

Les dernières données du Haut-Commissariat au Plan situent le débat. Au deuxième trimestre 2026, le Maroc comptait 10,643 millions de personnes disposant d’un emploi contre revenu, soit 279 000 de plus qu’au trimestre précédent. Le nombre de chômeurs au sens strict s’établissait à 1,121 million et le taux de chômage à 9,5 %, contre 10,8 % au premier trimestre. Il atteignait 11,9 % en milieu urbain, 14,8 % chez les femmes, 16,7 % parmi les titulaires d’un diplôme avancé et 27,2 % chez les jeunes de 15 à 24 ans.

Le taux de chômage strict ne décrit qu’une partie de la situation. En intégrant le sous-emploi lié à la durée du travail et les personnes disponibles qui restent à proximité du marché du travail, le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre atteint 18,9 %. Il monte à 26,7 % chez les femmes et à 41,7 % parmi les jeunes de 15 à 24 ans. Le taux de participation des femmes demeure limité à 18,1 %, contre 66,5 % pour les hommes. Chez les jeunes, il s’établit à 22,9 %.

Ces chiffres proviennent de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre lancée en 2026. Le Haut-Commissariat au Plan retient désormais comme emploi le travail exercé contre rémunération ou en vue d’un profit et applique une définition plus stricte du chômage. Les résultats de cette enquête ne sont pas directement comparables aux données publiées auparavant selon l’ancienne méthode. Cette évolution explique pourquoi certains programmes ou discours continuent de citer un chômage proche de 13 %, alors que le dernier taux strict disponible est de 9,5 %.

Le RNI vise la création d’un million d’emplois et un taux de chômage inférieur à 9 % en 2031. Le parti prévoit une enveloppe de 15 milliards de DH et un taux d’investissement porté à 33 % du produit intérieur brut. Son programme répartit les emplois annoncés entre l’industrie, avec 300 000 postes, le numérique, avec 250 000, l’agriculture et le monde rural, avec 150 000, les chantiers liés à la Coupe du monde 2030, avec 100 000, le tourisme, avec 100 000, puis l’artisanat et les services, avec 100 000.

Le dispositif prévoit également près de 250 000 insertions professionnelles par an, une allocation de retour à l’emploi pouvant couvrir une période de 12 mois, un régime social adapté aux travailleurs saisonniers et un fonds de prêts productifs sans intérêt destiné aux porteurs de projets. Le concept d’« État accompagnateur » défendu par le RNI repose ainsi sur une articulation entre protection sociale, formation, financement et insertion économique.

Une intervention récente d’un responsable du parti a présenté la donnée comme un outil transversal de cette politique. Cette orientation devra se traduire par des indicateurs permettant de distinguer les emplois nets, les recrutements, les insertions temporaires, les créations d’entreprises et les emplois déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale. La territorialisation annoncée suppose également de publier la répartition des résultats par région, par secteur, par sexe et par catégorie d’âge.

Le RNI porte aussi le bilan de la majorité qu’il dirige depuis 2021. En 2025, l’économie nationale avait créé 193 000 postes selon l’ancienne enquête sur l’emploi. Les services avaient généré 123 000 postes, le bâtiment et les travaux publics 64 000 et l’industrie 46 000, tandis que l’agriculture, la forêt et la pêche en avaient perdu 41 000. Le changement de méthode statistique intervenu en 2026 impose une lecture prudente des comparaisons, mais la composition sectorielle confirme le rôle déterminant des services et la vulnérabilité persistante de l’emploi agricole.

Le PAM annonce pour sa part au moins un million d’emplois nets sur la durée du mandat. Il fixe un objectif de chômage ramené à 7 % et prévoit de porter le taux d’activité des femmes de 17,5 % à 21,2 %. Les emplois seraient répartis entre l’industrie et la substitution aux importations, avec 250 000 postes, les services numériques, le savoir et l’offshoring, avec 270 000, les chantiers du Mondial 2030 et le tourisme, avec 360 000, le milieu rural, avec 80 000, puis le sport et la culture, avec 40 000.

Le parti ajoute un dispositif de premier emploi destiné à favoriser le recrutement de 500 000 jeunes sur 5 ans, l’accompagnement de 60 000 microentreprises et l’ouverture de canaux de mobilité professionnelle internationale pour 125 000 jeunes. Il prévoit aussi d’intégrer un million de jeunes sans emploi, sans études et sans formation dans un parcours de formation ou d’activité. Ces différents objectifs décrivent des parcours distincts. Une entrée en formation, une mobilité professionnelle à l’étranger, la création d’une microentreprise et l’obtention d’un contrat de travail ne peuvent être comptabilisées de la même manière parmi les emplois nets annoncés.

Le PPS retient également l’objectif d’un million d’emplois sur 5 ans. Son programme en attribue 500 000 à l’industrie et 150 000 au numérique. Il veut porter la part de l’industrie de 15,3 % à 20 % du produit intérieur brut, faire progresser la contribution du numérique à 10 % et intégrer 20 % des unités informelles dans l’économie formelle. La création annuelle de 15 000 très petites, petites et moyennes entreprises fait aussi partie des instruments annoncés.

D’autres objectifs du PPS concernent 150 000 emplois dans les industries culturelles et créatives ainsi que 100 000 emplois directs et indirects dans le sport. La présentation publique du programme devra permettre de déterminer la part de ces postes déjà incluse dans le million annoncé. Cette précision est essentielle pour éviter l’addition de mesures sectorielles qui pourraient concerner les mêmes emplois ou les mêmes bénéficiaires.

L’Union socialiste des forces populaires adopte une présentation différente. Son programme prévoit 250 000 emplois industriels et 500 000 emplois directs et indirects associés à la dynamique de la Coupe du monde 2030. Il annonce également l’insertion de 200 000 jeunes par an dans l’emploi ou l’entrepreneuriat, ainsi que l’accompagnement de 50 000 entreprises portées par des jeunes sur 5 ans.

L’USFP veut ramener le chômage global sous 8 %, celui des jeunes sous 10 % et celui des femmes sous 15 %. Il fixe à plus de 30 % son objectif de participation féminine au marché du travail. Le parti propose aussi de conditionner les subventions et les exonérations fiscales accordées aux entreprises à la création effective d’emplois, de réserver 30 % des marchés publics aux petites entreprises et 10 % aux jeunes entreprises innovantes.

Le Front des forces démocratiques vise également un taux de chômage inférieur à 8 %, accompagné d’une croissance comprise entre 5,5 % et 6 %. Il veut porter la participation des femmes au marché du travail à 35 % et leur réserver, avec les jeunes, un quota de 33 % dans les programmes d’emploi et les postes de décision. Le parti n’a pas associé à ces objectifs un volume global d’emplois comparable au million annoncé par le RNI, le PAM et le PPS.

L’Istiqlal privilégie pour le moment des programmes territoriaux d’auto-emploi, le développement des coopératives, le soutien à l’économie sociale et solidaire et la création de marques régionales. Le Mouvement populaire, l’Union constitutionnelle, le Parti de la justice et du développement et plusieurs autres formations mettent l’emploi des jeunes et le développement territorial parmi leurs priorités, sans avoir encore publié un objectif global suffisamment détaillé pour permettre une comparaison sur les mêmes bases.

Sur une période de 5 ans, un objectif d’un million correspond à une moyenne de 200 000 emplois par an, à condition qu’il s’agisse d’un solde net entre les postes créés et ceux qui disparaissent. Le résultat change lorsque le chiffre additionne des contrats temporaires, des insertions, des bénéficiaires de formation, des entreprises créées ou des départs encadrés vers l’étranger. La durée des emplois, leur niveau de rémunération, leur déclaration sociale et leur répartition territoriale déterminent également leur portée réelle.

Les programmes accordent une place importante à l’industrie, au numérique, au tourisme, aux services et aux chantiers liés à la Coupe du monde 2030. Le marché actuel reste dominé par les services, qui concentrent 49,3 % des emplois contre revenu, devant l’agriculture, la forêt et la pêche avec 24,1 %, l’industrie avec 13,7 % et le bâtiment et les travaux publics avec 12,7 %. La capacité des secteurs annoncés à absorber durablement les jeunes diplômés, les femmes et les travailleurs issus de l’informel constitue donc le principal point de différenciation entre les offres électorales.

Le chiffre du million attire l’attention, mais la précision des engagements se mesure dans leur exécution. Les définitions retenues, les financements mobilisés, les entreprises concernées, les contrats proposés et les indicateurs publiés permettront d’établir la portée de chaque programme. Sur l’emploi, la différence entre les partis réside désormais dans la qualité et la stabilité des postes qu’ils entendent créer.

 

Pouvoir d’achat : qui gagne quoi ?

Les partis abordent le pouvoir d’achat par quatre voies principales. Certains privilégient les hausses de salaires, de pensions et d’aides sociales. D’autres proposent de réduire l’impôt sur le revenu ou certaines dépenses contraintes. Plusieurs formations veulent agir sur les circuits de distribution, les marges et les exportations de produits alimentaires. Ces choix visent des catégories différentes et produisent des effets variables selon le revenu, la situation professionnelle et la composition de chaque ménage.

Les dernières données du Haut-Commissariat au Plan apportent un premier repère. En juillet 2026, l’indice des prix à la consommation a reculé de 1 % par rapport à juin et de 0,6 % sur un an. Les prix alimentaires ont baissé de 3,7 % sur douze mois, tandis que les produits non alimentaires ont progressé de 1,9 %. Le transport a enregistré une hausse annuelle de 4,1 %. Entre juin et juillet, les légumes ont diminué de 7,6 %, les poissons et fruits de mer de 3,9 %, les fruits de 3,7 %, les viandes de 1,2 % et les carburants de 4,9 %.

Cette détente récente mesure une évolution, tandis que le niveau général des prix conserve les hausses accumulées au cours des années précédentes. Le budget réellement supporté varie aussi fortement d’un foyer à l’autre. Une famille avec plusieurs enfants concentre davantage de dépenses sur la scolarité, l’alimentation et le transport. Un retraité dépend principalement du montant de sa pension et du coût des soins. Un salarié déclaré peut bénéficier d’une baisse d’impôt, alors qu’un travailleur informel sera davantage concerné par les aides directes, les prix des produits essentiels et l’accès aux services publics.

Le RNI place l’indexation des aides sociales au premier rang de sa réponse. Le parti propose une revalorisation automatique du soutien direct lorsque l’inflation franchit un seuil prédéfini, sur la base d’un indice intégrant notamment l’énergie et l’électricité. Selon ses estimations, environ 4 millions de ménages seraient concernés, représentant près de 12 millions de personnes, dont plus de 5,5 millions d’enfants. Le programme prévoit également une nouvelle hausse du SMIG, un rapprochement progressif du SMAG et du SMIG ainsi qu’une revalorisation des pensions.

Pour les classes moyennes, le RNI annonce un crédit d’impôt pouvant atteindre 5 000 DH par an et par enfant afin de participer aux frais de scolarité. Il propose aussi un compte d’épargne simplifié destiné en priorité aux travailleurs du secteur informel. Une partie de l’épargne resterait disponible, tandis qu’une seconde serait immobilisée pendant 24 mois et accompagnée d’une contribution publique de 0,25 DH pour chaque dirham épargné. Le plafond de cette contribution, ses conditions d’accès et son coût budgétaire restent à préciser.

L’indexation des aides constitue le principal élément nouveau par rapport au dispositif social déjà installé pendant la législature qui s’achève. Son efficacité dépendra du seuil retenu, de la fréquence de révision et de l’indicateur choisi. Une indexation annuelle sur l’inflation générale produirait un résultat différent d’un ajustement fondé sur les dépenses des ménages modestes. Le crédit d’impôt scolaire concernera surtout les foyers qui acquittent effectivement l’impôt sur le revenu. Son gain réel sera également limité par le montant de l’impôt dû.

Le PAM présente l’ensemble de mesures le plus large sur ce chapitre. Sur les 350 milliards de DH de dépenses supplémentaires annoncées pour la période 2027-2031, le parti affecte 150 milliards au pacte consacré au pouvoir d’achat. Cette enveloppe regroupe des mesures fiscales, sociales et des interventions sur l’organisation des marchés. Elle correspond à une dotation globale sur cinq ans et non au coût individuel déjà établi de chaque proposition.

Le parti propose une exonération totale de l’impôt sur le revenu pour les salaires bruts allant jusqu’à 15 000 DH par mois. Il prévoit une tranche de 10 % entre 15 000 et 46 000 DH, puis un taux maximal de 20 % au-delà de 46 000 DH. À cette réforme fiscale s’ajoutent une pension minimale de 3 000 DH dans les secteurs public et privé et un soutien social direct d’au moins 1 000 DH par mois pour chaque famille éligible. Le PAM souhaite également remplacer le système actuel de notation du Registre social unifié, ce qui suppose la définition d’un nouveau mécanisme de sélection des bénéficiaires.

Sur l’électricité, le PAM annonce la gratuité des factures inférieures à 100 DH par mois, correspondant dans sa présentation à une consommation de moins de 100 kilowattheures. Le financement reposerait sur une contribution de solidarité appliquée aux consommations dépassant 200 kilowattheures. La portée budgétaire et sociale du dispositif dépendra du nombre de compteurs concernés, des écarts saisonniers de consommation et de la manière dont seront traités les logements occupés par plusieurs ménages.

Le second volet du programme du PAM porte sur les prix alimentaires. Le parti prévoit six sociétés régionales de distribution agricole dans le Souss, le Tadla, le Gharb, le Loukkos, Doukkala-Abda et l’Oriental. Il annonce aussi la modernisation des marchés de gros et la création d’unités frigorifiques publiques dans les ports de Larache, Al Hoceima, Safi, Tan-Tan, Laâyoune et Dakhla. Les exportations de produits vivriers seraient soumises à une autorisation préalable afin de garantir l’approvisionnement national. L’effet sur les prix dépendra de la gouvernance de ces structures, de leur coût, de la concurrence entre opérateurs et du maintien d’un revenu convenable pour les producteurs.

L’Istiqlal adopte une combinaison proche sur le principe, avec un mécanisme national de suivi des marges bénéficiaires sur les biens de consommation courante et des sociétés régionales chargées de l’achat, du stockage et de la distribution des produits agricoles et alimentaires. Le parti propose aussi un relèvement progressif du salaire minimum et des pensions, une déduction fiscale pour les familles supportant des frais de scolarité et un mécanisme de financement du premier logement destiné aux jeunes et aux classes moyennes. Les montants, les plafonds de revenu, le rythme des revalorisations et le coût consolidé de ces mesures ne figurent pas encore dans la présentation publique consultée.

L’USFP retient une série d’objectifs relatifs. Le parti vise une hausse de 20 % du salaire moyen et de 15 % du revenu net des salariés, accompagnée d’une baisse de 10 % de leur pression fiscale. Il veut réduire de 20 % les dépenses de santé supportées par les familles, augmenter de 25 % la pension minimale et accompagner 250 000 ménages de la classe moyenne dans l’acquisition d’un logement. Ces pourcentages devront être rattachés à une année de référence et à une population clairement définie. La hausse du salaire moyen, celle du revenu net et la baisse de l’impôt peuvent se recouper partiellement dans le calcul du gain final.

Le PPS précise davantage ses montants depuis la présentation de son programme le 2 septembre. Il propose une augmentation de 15 % du SMIG, du SMAG et des rémunérations dans la fonction publique, puis une indexation des futures revalorisations sur l’inflation. Son dispositif prévoit un soutien mensuel d’au moins 1 000 DH pour les ménages en situation de pauvreté multidimensionnelle, une allocation de rentrée de 1 000 DH par enfant scolarisé et une indemnité pour perte d’emploi pouvant atteindre 7 500 DH par mois pendant douze mois. Pour les retraites, le parti fixe le minimum au niveau du SMIG, une référence différente du seuil de 3 000 DH retenu par le PAM.

Le PPS chiffre à près de 124,5 milliards de DH sur cinq ans l’axe consacré à la solidarité universelle. Cette enveloppe couvre un champ plus étendu que les seules mesures de pouvoir d’achat. Elle s’inscrit dans un programme global évalué par le parti à 575 milliards de DH de dépenses supplémentaires, pour 622 milliards de recettes additionnelles attendues. Sur les prix, le PPS défend un encadrement des tarifs et des marges dans le secteur des carburants ainsi qu’un retour de la raffinerie Samir sous contrôle public.

Le Mouvement populaire privilégie la transparence des prix et la fiscalité familiale. Il propose une plateforme nationale permettant de suivre le coût de revient, les marges et l’évolution du prix final. Son compte fiscal social ouvrirait droit à la déduction d’une partie des frais de scolarité de l’assiette de l’impôt sur le revenu. Le parti prévoit également une suspension temporaire des exportations de produits de base lorsque l’approvisionnement national exige une intervention.

La nature de l’avantage fiscal mérite ici une distinction. Le crédit d’impôt de 5 000 DH annoncé par le RNI réduit directement le montant de l’impôt à payer, dans la limite des conditions qui seront retenues. Une déduction d’assiette, comme celle proposée par le MP, diminue le revenu soumis à l’impôt. Son avantage dépend donc du montant déductible et du taux d’imposition du foyer. La proposition de l’Istiqlal devra être précisée pour déterminer à laquelle de ces deux catégories elle appartient.

Le Front des forces démocratiques fixe pour sa part un objectif d’augmentation de 25 % du pouvoir d’achat de la classe moyenne et prévoit de faire sortir 1,2 million de familles de la précarité. Il remet en avant son Revenu de dignité et propose de financer sa politique sociale par un allègement de la pression fiscale sur les salariés et la classe moyenne, associé à une taxation progressive des fortunes improductives et des superprofits. L’objectif de 25 % reste à convertir en mesures précises, avec une définition de la classe moyenne, une base de calcul et un calendrier.

Au 3 septembre, les documents accessibles du PJD, de l’Union constitutionnelle, du MDS, du PSU et de la Fédération de la gauche démocratique exposent surtout des orientations sur la vie chère, la fiscalité, les rentes, les monopoles et les services publics. Ils ne présentent pas encore un ensemble comparable de seuils, de montants et d’échéances sur le pouvoir d’achat. Une intervention publique signale une priorité politique, tandis qu’un engagement complet exige un dispositif, des bénéficiaires, un coût et une date d’application.

À ce stade, le PAM et le PPS sont les deux formations qui publient une enveloppe identifiable pour leurs grands axes sociaux. Les 150 milliards de DH du pacte du pouvoir d’achat du PAM et les 124,5 milliards de l’axe de solidarité universelle du PPS couvrent toutefois des périmètres différents. Le RNI, l’Istiqlal, l’USFP, le MP et le FFD ont communiqué des mesures ou des objectifs, sans coût global comparable pour ce chapitre.

Pour un salarié imposable, les propositions fiscales du PAM, le crédit d’impôt scolaire du RNI et les objectifs salariaux de l’USFP peuvent produire le gain le plus direct. Pour un retraité, les seuils annoncés par le PAM et le PPS ainsi que la revalorisation prévue par l’USFP deviennent déterminants. Pour une famille bénéficiaire du soutien social, le choix porte entre indexation, relèvement du montant minimal et modification des critères d’éligibilité. Les ménages vivant de l’informel restent davantage tributaires des aides directes, des prix alimentaires, de l’électricité et des services publics. Le montant affiché par un parti prend ainsi tout son sens lorsqu’il est rapporté au foyer qui pourra effectivement en bénéficier.

 

École, santé : les moyens annoncés

La rentrée scolaire donne une dimension immédiate aux engagements consacrés à l’école et aux services publics. Le calendrier arrêté par le ministère prévoit l’accueil progressif des élèves les 3, 4 et 5 septembre, avant le démarrage effectif des cours dans tous les niveaux le 7 septembre. Cette organisation place les familles, les enseignants et les établissements au centre des premières décisions de la prochaine législature.

Les programmes électoraux portent sur la qualité des apprentissages, le préscolaire, le transport scolaire, les cantines, les effectifs enseignants, les universités et la santé publique. Les partis proposent également de nouveaux hôpitaux, des centres de santé de proximité, des médecins de famille et une meilleure répartition du personnel médical entre les régions. La question essentielle concerne la capacité à transformer ces objectifs en services accessibles dans les quartiers, les zones rurales et les provinces éloignées.

Le RNI inscrit l’école publique dans un calendrier précis. Le parti prévoit la généralisation des écoles pionnières à l’horizon 2028 et l’extension du modèle aux lycées d’ici 2031. Il annonce le développement du transport scolaire en milieu rural, l’extension des cantines et un accompagnement individualisé des élèves à l’aide des outils numériques. Il fixe également l’objectif de réduire de moitié le décrochage scolaire, de faire passer le nombre d’universités de 12 à 27 et d’achever les 12 Cités des métiers et des compétences.

Dans l’enseignement supérieur, l’augmentation du nombre d’universités soulève une question de capacité. Elle implique des enseignants, des filières accréditées, des laboratoires, des résidences universitaires et des moyens de transport. La qualité des écoles pionnières repose également sur la formation des enseignants, la disponibilité des manuels et la stabilité des équipes pédagogiques. La généralisation d’une méthode expérimentée dans un nombre limité d’établissements exige un suivi régulier des résultats et une adaptation aux réalités de chaque territoire.

Le programme du RNI prévoit, pour la santé, la généralisation des groupements sanitaires territoriaux d’ici 2027 et la mise en place du médecin de famille. Il annonce près de 5 000 agents de santé supplémentaires dans les zones rurales, une hausse de la densité médicale de 30 à 45 professionnels pour 10 000 habitants à l’horizon 2030, l’achèvement des centres hospitaliers universitaires d’ici 2029 et la réhabilitation de 1 600 établissements de soins primaires.

À ces mesures s’ajoutent la création de 200 structures sanitaires dans les zones sous-dotées, le déploiement de 100 unités médicales mobiles, un numéro national d’urgence médicale et 12 services régionaux du SAMU. Le parti prévoit également la généralisation progressive du tiers payant dans le secteur public. La réalisation de ces objectifs dépendra des recrutements, de la formation des médecins et des infirmiers, de l’attractivité des postes ruraux et du fonctionnement concret des groupements territoriaux.

Le PAM affecte 100 milliards de DH à son pacte de la citoyenneté, qui regroupe la santé, l’école et le logement. Dans les hôpitaux, il prévoit 4 nouveaux centres hospitaliers universitaires à Béni Mellal, Guelmim, Errachidia et Casablanca d’ici 2028, ainsi que la mise à niveau de 1 600 centres de santé de proximité et de 90 hôpitaux.

Le parti propose aussi un encadrement plus strict du cumul d’activités des médecins du public dans le secteur privé afin de renforcer leur présence dans les établissements publics. Il avance une couverture médicale permanente pour les services de gynécologie-obstétrique et de pédiatrie, avec une garde opérationnelle 24 heures sur 24. Sur l’Assurance maladie obligatoire, le PAM estime le déficit prévisionnel à 33 milliards de DH à l’horizon 2030 et propose d’agir sur les prix des médicaments, les protocoles thérapeutiques et les pratiques médicales.

Dans l’éducation, le PAM veut généraliser le préscolaire dès l’âge de 4 ans, instaurer le transport scolaire gratuit dans le monde rural et renforcer la restauration scolaire. Il prévoit des visites médicales régulières et gratuites dans les établissements, 20 minutes de lecture quotidienne et une réorganisation de l’enseignement supérieur autour de trois pôles, l’excellence internationale, la formation technique et professionnelle et les passerelles modulaires.

Les objectifs du PAM associent donc infrastructures, organisation et accès. La création de nouveaux CHU apporte une réponse territoriale, tandis que la mise à niveau des centres de proximité agit sur le premier contact avec le système de santé. Dans l’école, le transport, la restauration et le suivi médical concernent directement les conditions de scolarisation. Chaque mesure appelle toutefois un calendrier d’exécution, une répartition des responsabilités entre l’État et les collectivités territoriales ainsi qu’une estimation du nombre de bénéficiaires.

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L’Istiqlal place l’école publique et l’hôpital public au cœur de son engagement en faveur de l’État social. Le parti prévoit de mieux prévenir le décrochage scolaire, de développer les écoles de la deuxième chance et de mettre en place un système numérique national pour mesurer la qualité de chaque établissement. Il propose également la généralisation du préscolaire gratuit et un investissement accru dans la petite enfance.

Sur le volet sanitaire, l’Istiqlal défend un renforcement de l’offre publique et une meilleure égalité entre les régions. La présentation publique de son programme insiste sur la qualité des services, la gouvernance et la proximité. Les documents accessibles détaillent cependant davantage les orientations que les volumes de recrutement, le nombre d’établissements à construire ou les montants affectés à chaque action.

L’USFP fixe des objectifs quantitatifs sur l’école et la santé. Le parti veut porter le nombre de prestataires de soins à 4,5 pour 1 000 habitants, réduire de moitié le temps d’attente et diminuer de 20 % le coût des soins pour les familles. Il propose l’achèvement des CHU, le renforcement des hôpitaux publics, le contrôle des cliniques privées et le doublement du nombre de diplômés des instituts de formation aux métiers de la santé.

Pour l’école, l’USFP vise une classe limitée à 30 élèves, la généralisation du préscolaire et une réduction de moitié de la déperdition scolaire. Le parti prévoit également de porter le budget de la recherche scientifique à 2 % du PIB, de créer 10 pôles universitaires dans les filières d’avenir et d’améliorer l’insertion professionnelle des diplômés. La réalisation de ces objectifs suppose une programmation pluriannuelle des recrutements et des investissements, avec des indicateurs régionaux permettant de suivre les écarts entre les établissements.

Le PPS a présenté le 2 septembre un programme particulièrement détaillé sur les services publics. Il prévoit 47 milliards de DH de dépenses supplémentaires pour la santé, l’intégration des personnes encore éloignées de l’Assurance maladie obligatoire, la création de 9 000 lits hospitaliers publics, le recrutement de 15 000 médecins et de 33 500 infirmiers et professionnels de santé. Le parti fixe également l’objectif d’une généralisation effective de l’AMO à l’horizon 2028.

Dans l’éducation et l’enseignement supérieur, le PPS prévoit 117 milliards de DH de dépenses supplémentaires, le recrutement annuel de 18 000 enseignants dans le primaire et le collège et la création de 30 000 salles de classe. Il veut renforcer la recherche et le développement, améliorer l’encadrement des élèves et replacer l’école publique au centre de l’égalité des chances. Ces chiffres donnent une première estimation de l’effort humain et financier envisagé, avec un impact direct sur la masse salariale et les investissements publics.

Les propositions des partis se retrouvent sur plusieurs priorités, mais leurs méthodes diffèrent. Le RNI privilégie la généralisation progressive d’un modèle pédagogique et la territorialisation de la santé. Le PAM met l’accent sur la construction d’hôpitaux, la mise à niveau des centres existants et la réorganisation des services. L’Istiqlal insiste sur la qualité de l’école et de l’hôpital publics. L’USFP avance des objectifs de densité médicale, de temps d’attente et de taille des classes. Le PPS associe des recrutements élevés à des enveloppes budgétaires détaillées.

Le budget sanitaire de 2026 fournit un point de comparaison utile. Le ministère de la Santé dispose d’une enveloppe annuelle de 42,3 milliards de DH, en hausse de 30 % par rapport à l’exercice précédent, dont 14,5 milliards consacrés à l’investissement. Le budget prévoit également 8 000 postes, parmi lesquels 5 000 postes d’infirmiers et de techniciens de santé, 2 000 postes de résidents et 250 postes de médecins généralistes. Les programmes électoraux annoncent des volumes supplémentaires qui devront être ajoutés à cette base existante.

La difficulté principale concerne les ressources humaines. Un hôpital livré sans médecins, sans infirmiers, sans techniciens et sans équipes administratives ne produit pas le service attendu. La même exigence vaut pour les écoles. La réduction du nombre d’élèves par classe, l’extension du préscolaire et l’ouverture de nouveaux établissements impliquent des recrutements réguliers, une formation continue et des conditions de travail suffisamment attractives pour stabiliser les équipes.

La rentrée permet aussi d’observer la continuité entre les annonces nationales et l’organisation quotidienne. Le transport scolaire dépend des collectivités, les cantines nécessitent des marchés et des contrôles, les manuels doivent parvenir aux établissements avant le début des cours et les services de santé doivent fonctionner avec des équipements disponibles. Les engagements politiques prennent une portée concrète lorsqu’ils indiquent l’établissement responsable, le territoire prioritaire, le nombre de bénéficiaires et la date de mise en service.

Dans les programmes rendus publics, l’école et la santé apparaissent ainsi comme deux politiques de proximité. Les résultats seront mesurés dans la classe, le centre de santé, l’hôpital provincial et le CHU. Pour les familles, la qualité d’un programme se traduira par la présence d’un enseignant, la disponibilité d’un médecin, la réduction du temps d’attente, la continuité des soins et la capacité de l’établissement scolaire à maintenir les élèves dans leur parcours.

 

Ressources stratégiques : les priorités

L’eau, l’énergie, l’alimentation et les infrastructures numériques occupent une place croissante dans les programmes électoraux. Ces secteurs déterminent la capacité du pays à protéger son économie, ses ménages et ses entreprises face aux sécheresses, aux tensions internationales, aux fluctuations des marchés et aux ruptures d’approvisionnement. Les partis proposent des réponses différentes, entre grands investissements, production locale, régulation publique et développement de capacités nationales.

La question de l’eau constitue le premier point de référence. La capacité annuelle de production d’eau dessalée au Maroc atteint aujourd’hui environ 420 millions de mètres cubes. L’objectif national est de la porter à 1,7 milliard de mètres cubes. Le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 prévoit également l’augmentation des capacités de stockage, la construction de barrages, le développement de petits ouvrages et l’interconnexion des bassins hydrauliques.

Cette évolution modifie la politique de l’eau. Les précipitations et les barrages restent essentiels, mais l’approvisionnement repose désormais sur plusieurs sources combinées. Le dessalement, la réutilisation des eaux usées, l’économie d’eau agricole, la réduction des pertes dans les réseaux et la protection des nappes deviennent des éléments liés d’une même politique. La question du coût de production, de la consommation d’électricité et du prix de distribution aura une influence directe sur la viabilité de ces solutions.

Le RNI veut accélérer les grands projets hydrauliques, notamment les barrages, les transferts d’eau entre bassins et les stations de dessalement. Le parti prévoit aussi des solutions de proximité dans les zones rurales et les territoires soumis au stress hydrique, avec la collecte des eaux pluviales et le développement de l’irrigation localisée. Il associe cette politique à une utilisation plus précise des données pour déterminer les besoins des régions et suivre l’état des ressources.

Le programme du PAM fixe un objectif de construction de 6 nouvelles stations de dessalement, afin d’atteindre une capacité de 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031. Le parti avance également une réserve stratégique de carburants équivalente à 3 mois de consommation nationale et prévoit de moderniser les capacités de stockage liées à la Samir. Dans le domaine énergétique, il vise une part de 52 % d’énergies renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2030.

L’Istiqlal inscrit la sécurité hydrique dans une approche plus large de souveraineté nationale. Le parti met l’accent sur la protection des ressources, l’égalité entre les régions et le développement d’infrastructures capables de réduire les écarts entre les territoires. Son programme prévoit également une loi sur les stocks stratégiques, destinée à encadrer les réserves de produits essentiels et à mieux organiser les réponses en cas de tension sur les marchés.

L’USFP propose de réduire de 40 % les pertes d’eau dans les réseaux et d’assurer un approvisionnement durable en eau potable. Le parti veut achever les projets d’interconnexion des bassins et les stations de dessalement prévues dans le cadre des plans nationaux. Il fixe aussi l’objectif de porter à 60 % la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité et de réduire de 20 % la facture énergétique nationale.

Le PPS prévoit de porter la capacité de dessalement à 1,7 milliard de mètres cubes par an, notamment avec 5 nouvelles unités. Il veut réutiliser 50 % des eaux usées traitées et réduire de 25 % la consommation d’eau agricole. Ces objectifs s’accompagnent d’une réorientation de la production agricole vers les besoins alimentaires stratégiques et d’un soutien annoncé à 400 000 petites exploitations.

Le parti fixe également un objectif de couverture nationale comprise entre 40 % et 50 % pour les besoins alimentaires de base. Cette proposition renvoie à plusieurs politiques publiques, depuis le choix des cultures jusqu’à la gestion des stocks, en passant par la protection des petits producteurs et la transformation agroalimentaire. La sécurité alimentaire dépendra aussi de l’accès à l’eau, du coût de l’énergie, des capacités de stockage et de la disponibilité des intrants.

Les mesures présentées par les partis répondent à des contraintes différentes. Le dessalement apporte une ressource régulière pour l’eau potable et certaines activités agricoles, mais il demande des investissements lourds et une alimentation électrique stable. La réutilisation des eaux usées réduit la pression sur les ressources conventionnelles, avec des exigences élevées en matière de traitement et de contrôle sanitaire. La réduction des pertes permet d’utiliser davantage l’eau déjà produite, à condition d’engager des travaux continus sur les réseaux.

Dans l’énergie, les programmes mettent en avant les énergies renouvelables, le stockage et la réduction de la dépendance extérieure. Le RNI propose un programme national d’autoproduction solaire permettant aux ménages de s’équiper sans apport initial, avec un remboursement progressif grâce aux économies réalisées sur la facture. Le PAM avance une montée de la part des renouvelables et la constitution d’une réserve de carburants. L’USFP associe la transition énergétique à un objectif de baisse de la facture nationale.

Le PPS prévoit d’ajouter 4 gigawatts de capacités renouvelables et de réduire la dépendance énergétique extérieure de 90 % à 80 % à l’horizon 2031. Le parti souhaite également renforcer la production industrielle nationale et développer les filières liées aux équipements énergétiques. Cette orientation relie la transition énergétique à la politique industrielle, avec l’objectif de produire davantage de composants, de compétences et de services au Maroc.

La souveraineté alimentaire occupe une place particulière dans les propositions du PAM, de l’Istiqlal et du PPS. Le PAM veut conditionner certaines aides agricoles à la réservation d’une partie de la production au marché national et soumettre les exportations de produits vivriers à une autorisation préalable. L’Istiqlal propose des sociétés régionales chargées de l’achat, du stockage et de la distribution des produits agricoles et alimentaires. Le PPS privilégie une production davantage orientée vers les besoins essentiels du pays.

Ces dispositifs peuvent agir sur l’approvisionnement, les prix et la stabilité des revenus agricoles. Ils doivent cependant préciser la durée des restrictions, les produits concernés, les conditions d’autorisation et les modalités d’indemnisation éventuelle des producteurs. Une priorité accordée au marché intérieur peut sécuriser les consommateurs pendant les périodes de tension, tout en demandant une organisation précise pour préserver les débouchés des exploitants.

La souveraineté numérique complète ces politiques. La stratégie Digital Morocco 2030, lancée en 2024, vise la transformation numérique de l’administration, le développement de l’économie numérique, l’inclusion sociale et le renforcement de la compétitivité. Elle crée un cadre national déjà engagé, auquel les programmes électoraux ajoutent des propositions sur les données, l’intelligence artificielle, les infrastructures et le cloud.

Le RNI présente la donnée comme un outil transversal de décision publique et de gestion territoriale. Le parti veut développer des services numériques dans l’éducation, la santé, l’administration et les collectivités. Le PAM prévoit un programme national d’intelligence artificielle, des infrastructures numériques souveraines et une couverture renforcée des zones rurales. Il annonce également le déploiement de 1 500 espaces numériques de proximité et le raccordement de 80 % des foyers ruraux au très haut débit.

Le PPS prévoit 26 milliards de DH de dépenses supplémentaires pour le numérique et l’intelligence artificielle. Il vise une contribution du secteur équivalente à 10 % du PIB, la création de 300 000 emplois et la mise en place d’infrastructures souveraines, notamment un cloud public national. Cette proposition associe la protection des données, la formation, les services publics et la création de nouvelles activités économiques.

La difficulté consiste à assurer la cohérence entre les différentes stratégies. Un cloud national exige des centres de données, de l’électricité, des réseaux sécurisés, des compétences techniques et un cadre de protection des données. L’intelligence artificielle demande également des chercheurs, des ingénieurs, des capacités de calcul et des règles précises pour l’utilisation des données publiques et privées. Le coût d’une politique numérique comprend donc les équipements, les logiciels, la formation et la maintenance sur plusieurs années.

À travers ces propositions, les partis présentent plusieurs modèles d’action publique. Le RNI insiste sur la territorialisation, l’autoproduction et l’utilisation des données. Le PAM privilégie les réserves stratégiques, les grands projets et la planification des approvisionnements. L’Istiqlal met l’accent sur les stocks, la coordination régionale et la protection des filières essentielles. L’USFP fixe des objectifs de réduction des pertes et de hausse des renouvelables. Le PPS relie l’eau, l’énergie, l’agriculture et le numérique à une politique de production nationale.

La prochaine législature devra donc gérer des projets déjà lancés et de nouveaux objectifs annoncés par les partis. Les capacités de dessalement, les interconnexions hydrauliques, les infrastructures énergétiques, les réseaux numériques et les dispositifs de stockage exigent des calendriers compatibles avec les budgets, les compétences disponibles et les besoins de chaque région. La portée de ces engagements se mesurera à la continuité de l’eau, à la stabilité de l’énergie, à la disponibilité des produits essentiels et à la sécurité des infrastructures numériques.

 

Financer les promesses

Le coût des engagements constitue un élément central de leur faisabilité. Les programmes publiés présentent des objectifs dans l’emploi, le pouvoir d’achat, les services publics et l’investissement, avec des niveaux de précision différents sur les dépenses nouvelles, les recettes attendues et le calendrier d’exécution.

Le PAM présente un schéma de financement détaillé, fondé sur 3 sources principales. Son programme prévoit 350 milliards de DH de dépenses supplémentaires sur 5 ans, soit une moyenne de 70 milliards de DH par an. Cette enveloppe concerne notamment le pouvoir d’achat, la citoyenneté, la jeunesse et les secteurs liés à la sécurité stratégique.

Le parti prévoit de mobiliser 300 milliards de DH grâce à l’accélération de la croissance et à l’élargissement de l’assiette fiscale. Il ajoute 40 milliards de DH provenant d’une contribution accrue des collectivités territoriales et 10 milliards de DH issus de gains d’efficacité dans la gestion publique. Le PAM fixe également un objectif de croissance moyenne de 5 %, un déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB et une dette publique portée à 62 % du PIB à l’horizon 2031.

Le PPS a présenté un programme structuré en 4 grands axes, 22 sous-axes, 63 objectifs, 220 engagements et 996 mesures. Son programme prévoit 575 milliards de DH de dépenses supplémentaires et 622 milliards de DH de recettes additionnelles sur la période 2027-2031. Le solde théorique atteint ainsi 47 milliards de DH. Les principales enveloppes concernent la santé, avec 47 milliards de DH, l’éducation, avec 117 milliards, et la solidarité, avec environ 124,5 milliards.

Le financement proposé par le PPS repose notamment sur une fiscalité plus progressive, une contribution accrue des hauts revenus, une réforme de certains dispositifs fiscaux et une mobilisation renforcée des ressources publiques. Le parti associe ces recettes à des dépenses consacrées aux services publics, à l’emploi, à l’industrie et à la protection sociale.

Le RNI annonce une enveloppe de 15 milliards de DH pour son dispositif consacré à l’emploi. Cette enveloppe doit accompagner la création d’activités, l’insertion des jeunes, le soutien aux entreprises et les mesures destinées aux territoires. Le parti présente ses engagements économiques et sociaux à travers plusieurs mesures, tandis qu’un coût global consolidé de l’ensemble du programme n’apparaît pas dans la présentation publique consultée.

Dans les documents et présentations publiques consultés au 3 septembre 2026, l’Istiqlal et le Mouvement populaire présentent plusieurs mesures fiscales et sociales sans publier de coût global consolidé pour l’ensemble de leurs engagements. L’Istiqlal avance des propositions sur le pouvoir d’achat, les retraites, la fiscalité, les marges commerciales et le financement régional. Le Mouvement populaire met l’accent sur la traçabilité des prix, les frais de scolarité, les classes moyennes, la santé et l’accompagnement des petites entreprises.

Le Front des forces démocratiques a rendu publics plusieurs objectifs dans les domaines de la croissance, de l’emploi, des revenus et de la précarité. Il propose notamment une fiscalité progressive sur les fortunes improductives et les superprofits afin de financer son revenu de dignité. Son programme électoral complet devait toutefois encore être présenté. Aucun coût global consolidé ne figure donc, à ce stade, dans les éléments publics consultés.

La question du financement concerne aussi les recettes futures. Une croissance plus élevée peut élargir les bases fiscales et augmenter les ressources de l’État, mais cette évolution dépend du rythme de l’activité, de l’investissement privé, de la consommation et de la situation extérieure. Les économies annoncées dans la gestion publique doivent également être détaillées pour permettre d’évaluer leur montant et leur calendrier.

Les dépenses électorales constituent un autre volet financier de la campagne. L’État mobilise 400 millions de DH pour soutenir les campagnes des partis et 50 millions de DH supplémentaires pour les candidatures âgées de 35 ans au plus. Les formations doivent justifier l’utilisation de ces fonds et respecter les règles de contrôle applicables aux dépenses électorales.

La faisabilité des programmes reposera donc sur la précision des engagements, la disponibilité des ressources et la capacité administrative à exécuter les mesures annoncées. Les montants publiés par certains partis devront être suivis dans les projets de loi de finances, les budgets sectoriels et les calendriers d’application qui accompagneront la prochaine législature.

 

Campagne sous contrôle

Le financement public de la campagne électorale repose sur 2 composantes. La première correspond à une dotation forfaitaire de 1 million de DH accordée à chaque parti remplissant les conditions légales. La seconde sera calculée après la proclamation des résultats, selon le nombre de sièges obtenus dans les circonscriptions locales et régionales. Une avance pouvant atteindre 30 % de cette seconde composante peut être demandée par les partis.

L’accès à ce financement suppose une participation effective au scrutin. Chaque formation doit présenter des candidats dans au moins un tiers des circonscriptions locales, réparties sur les trois quarts des régions, tout en couvrant les circonscriptions régionales. Ce mécanisme réserve le soutien public aux partis disposant d’une implantation électorale suffisamment étendue.

Le dispositif prévoit aussi une incitation renforcée pour l’élection de candidats âgés de moins de 35 ans, de Marocains résidant à l’étranger et de personnes en situation de handicap. Pour chaque siège remporté par un candidat appartenant à l’une de ces catégories, le parti peut recevoir un montant équivalant à 6 fois la valeur normalement attribuée à un siège. Une enveloppe distincte de 50 millions de DH accompagne les candidatures indépendantes de moins de 35 ans.

De nouvelles dispositions concernent également la représentation féminine. Les circonscriptions régionales sont désormais réservées aux candidatures féminines, tandis que des incitations financières sont prévues pour les listes composées exclusivement de femmes âgées de moins de 35 ans. Ces listes peuvent être présentées par des partis politiques ou par des candidates indépendantes.

Chaque parti devra transmettre à la Cour des comptes un état détaillé de ses dépenses dans un délai de 4 mois après le scrutin. Les sommes reçues devront être appuyées par des factures, des contrats et des pièces comptables permettant d’établir leur affectation électorale. Les montants inutilisés ou insuffisamment justifiés devront être restitués au Trésor. Un défaut de dépôt ou de régularisation peut entraîner la perte du soutien public lors d’échéances ultérieures.

Le dernier rapport disponible de la Cour des comptes porte sur les comptes annuels des partis pour 2023. Il concerne le soutien public destiné aux frais de gestion et à l’organisation des congrès, distinct du financement de la campagne de 2026. Sur 33 partis légalement reconnus, 27 avaient transmis leurs comptes à la juridiction financière. Les 6 autres formations concernées étaient le Mouvement démocratique et social, le Parti de la réforme et du développement, le Parti de la renaissance et de la vertu, le Parti Al Ahd, le Parti des forces citoyennes et l’Union nationale des forces populaires.

L’annexe consacrée à la validité des dépenses fait apparaître des irrégularités chez 17 des 27 partis ayant déposé leurs comptes. Les montants concernés atteignaient 5,73 millions de DH, soit 6,27 % des 91,37 millions de DH de dépenses déclarées. Les observations portaient principalement sur des rémunérations, des loyers et différentes charges insuffisamment appuyés par des pièces justificatives.

Le rapport relevait également des remboursements encore dus au Trésor. À la fin de mars 2025, 24 partis avaient restitué 35,92 millions de DH entre 2022 et 2024. Un montant de 21,96 millions restait à recouvrer auprès de 15 formations. Cette somme comprenait 2,41 millions de DH liés aux campagnes de 2015 et 2016 ainsi que 18,13 millions relatifs aux scrutins de 2021.

La campagne numérique fait l’objet d’un encadrement spécifique. La Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel a adressé 10 impératifs aux partis et aux candidats. Tout traitement de données électorales doit être déclaré, répondre à une finalité précise et respecter une durée de conservation définie. L’utilisation d’informations relatives aux opinions politiques et la prospection directe exigent le consentement préalable des personnes concernées.

La Commission demande également de signaler les contenus produits par l’intelligence artificielle, d’encadrer la sous-traitance par des contrats conformes à la loi 09-08 et de respecter les règles applicables aux transferts de données. Une ligne directe, le 3020, est mise à la disposition du public pour les demandes relatives à la protection des données durant le processus électoral.

Les outils numériques occupent déjà une place importante dans la stratégie des partis. Au RNI, les responsables présentent la donnée comme un instrument transversal utilisé pour élaborer les mesures, suivre leur exécution et adapter la communication aux différents publics. Cette approche devra respecter les règles relatives au consentement, à la transparence des traitements et à l’identification des contenus générés par l’intelligence artificielle.

Le contrôle de la campagne portera ainsi sur les dépenses engagées, les justificatifs déposés, la restitution des fonds publics et l’utilisation des données personnelles. Les comptes transmis après le scrutin permettront d’établir la manière dont chaque formation aura utilisé les moyens financiers et numériques mobilisés pour convaincre les électeurs.


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