Législatives 2026 : trois jours de campagne et déjà une bataille autour du pouvoir d’achat
Du SMIG aux promesses fiscales et sociales du PAM, de l’Istiqlal et de l’opposition, le premier week-end de campagne a surtout révélé une compétition autour du pouvoir d’achat, de l’emploi et du coût de la vie

La Vérité
Après trois jours de campagne, le décor est désormais posé. La majorité défend son bilan, ses trois composantes cherchent chacune à imposer leur propre marque et l’opposition tente de transformer les frustrations sociales en argument électoral. Mais une autre bataille se dessine déjà : celle de la crédibilité. Dans les dix jours qui restent avant le scrutin, les partis devront désormais démontrer que leurs promesses peuvent dépasser le stade des slogans et trouver leur traduction dans les politiques publiques.
Ce premier week-end a surtout confirmé une tendance : les législatives de 2026 ne se joueront pas uniquement sur les bilans politiques ou les rapports de force entre partis. Elles se joueront aussi sur une question beaucoup plus directe : qu’est-ce que le prochain gouvernement pourra réellement changer dans le portefeuille des ménages ?
Le bilan du gouvernement contre la promesse du changement
Pour le RNI, le premier enjeu consiste à transformer cinq années de gouvernement en argument électoral. La formation défend la poursuite des réformes engagées sous la majorité sortante, notamment dans la protection sociale, la couverture médicale et l’investissement public. Son programme 2026-2031 met également en avant l’indexation des aides sociales sur l’inflation, une nouvelle hausse du salaire minimum, la revalorisation des retraites et un objectif d’un million d’emplois supplémentaires.
Le parti propose également un crédit d’impôt pouvant atteindre 5.000 DH par enfant et par an pour les frais de scolarité. Une mesure qui touche directement les familles et qui donne au débat fiscal une dimension très concrète.
Mais cette stratégie comporte une difficulté : défendre le bilan signifie aussi accepter le débat sur ses résultats. Le pouvoir d’achat, les prix et l’emploi figurent précisément parmi les principaux sujets sur lesquels l’opposition attaque la majorité sortante.
Le PAM veut transformer la colère sur les prix en argument électoral
Le PAM, autre pilier de la majorité, adopte une posture différente. Le parti veut apparaître comme une force capable de corriger ce qui n’a pas suffisamment fonctionné pendant la législature.
Son programme annonce une enveloppe de 350 milliards de DH sur cinq ans, dont 150 milliards consacrés au « Pacte pour le pouvoir d’achat ». Parmi les mesures les plus spectaculaires figure l’exonération d’impôt sur le revenu pour les salaires bruts allant jusqu’à 15.000 DH, ainsi qu’une prise en charge des consommations d’électricité inférieures à 100 DH par mois. Le parti promet également de relever progressivement le soutien social direct.
Le PAM veut surtout agir sur la formation des prix. Marges, intermédiaires, marchés de gros, stockage et distribution sont désormais au cœur de son discours économique.
Le débat lancé avant même l’ouverture officielle de la campagne autour des 280 milliards de DH dépensés par l’État en cinq ans pour soutenir le pouvoir d’achat illustre d’ailleurs l’importance prise par cette question. Le chiffre avancé par Fouzi Lekjaa a immédiatement alimenté la discussion sur l’efficacité réelle des politiques publiques.
L’Istiqlal cherche sa propre voie
L’Istiqlal, troisième composante de la majorité, entre lui aussi dans la compétition avec un discours qui cherche à dépasser le simple bilan gouvernemental.
Le parti de Nizar Baraka fait du pouvoir d’achat l’un des cinq axes centraux de son programme. Il propose notamment de surveiller les marges tout au long de la chaîne de distribution, de soutenir progressivement les salaires et les retraites, d’aider les ménages modestes et de renforcer les dispositifs destinés à la classe moyenne. Le logement, la fiscalité familiale et l’accès au premier logement figurent également parmi les priorités annoncées.
Cette orientation révèle une réalité politique nouvelle : RNI, PAM et Istiqlal sont toujours partenaires au gouvernement, mais ils sont désormais concurrents pour arriver en tête du scrutin et peser sur la prochaine majorité. La rupture croissante entre le RNI et le PAM constitue déjà l’un des faits politiques marquants de cette campagne.
L’opposition tente de reprendre la main
Face aux trois partis de la majorité, l’opposition cherche à transformer les difficultés sociales en procès du bilan gouvernemental.
L’USFP place notamment les services publics, les revenus et la redistribution au centre de son discours. Le PJD insiste davantage sur les prix, l’emploi et la régulation économique, tandis que le PPS défend une intervention accrue de l’État dans les services publics et le soutien aux revenus.
Le premier week-end a également montré que la campagne pouvait rapidement prendre un ton plus offensif. Le secrétaire général du Parti socialiste unifié, Jamal El Asri, a ainsi demandé l’ouverture d’enquêtes sur les dépenses publiques qu’il estime liées au soutien du pouvoir d’achat et a attaqué les ministres de la majorité engagés dans la campagne.
La campagne commence donc à dépasser le simple exercice de présentation des programmes. Chaque promesse devient progressivement un argument contre le bilan de l’adversaire.
Des promesses qui devront passer l’épreuve des chiffres
C’est probablement l’un des principaux enseignements de ces trois premiers jours.
Les partis parlent tous de pouvoir d’achat, mais ils ne proposent pas la même méthode. Certains veulent augmenter les revenus. D’autres souhaitent réduire l’impôt ou certaines factures. D’autres encore veulent agir directement sur les prix, les marges et les circuits de distribution.
Le problème est désormais celui du financement.
Une hausse du salaire minimum, une exonération fiscale, une nouvelle aide sociale, une baisse de la facture d’électricité ou la création d’un million d’emplois ne constituent pas seulement des slogans électoraux. Ce sont des engagements qui devront être financés, programmés et évalués.
C’est là que la campagne pourrait entrer dans une deuxième phase : celle de la confrontation entre les promesses et leurs comptes.
Le vrai test : convaincre les 15,8 millions d’électeurs
Derrière les meetings et les affiches, les partis doivent surtout convaincre un corps électoral de 15.801.162 électeurs inscrits. Les femmes représentent 46 % des inscrits, tandis que les électeurs âgés de 60 ans et plus constituent plus de 29 % du corps électoral.
À mesure que le 23 septembre approche, la question ne sera donc plus seulement de savoir quel parti possède le programme le plus séduisant. Il faudra mesurer sa capacité à transformer les promesses en confiance électorale.
Le premier week-end de campagne a installé le décor. Le RNI défend son bilan, le PAM cherche à incarner le changement de cap, l’Istiqlal tente de construire sa propre offre et l’opposition exploite les frustrations sociales.
Mais derrière cette bataille politique se dessine surtout une compétition autour d’une préoccupation commune : le coût de la vie et le revenu disponible des Marocains.
Le premier week-end n’a donc pas encore désigné de favori. Il a surtout fixé le terrain sur lequel les partis devront désormais se départager : le bilan, les promesses et, surtout, leur capacité à convaincre les Marocains qu’elles peuvent être mises en œuvre.

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