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Législatives 2026 au Maroc : le défi de la parité impose de nouvelles règles du jeu aux partis politiques

Élections du 23 septembre au Maroc : le système électoral verrouille les circonscriptions régionales pour les réserver exclusivement aux candidatures féminines. Les partis politiques doivent désormais intégrer au moins 20 % de femmes parmi leurs membres fondateurs sous peine d'invalidité. Les états-majors partisans sont mis à l'épreuve pour ouvrir réellement leurs instances locales et leurs postes de décision aux compétences féminines.


À l’approche des élections législatives du 23 septembre 2026, le système électoral marocain introduit de nouveaux mécanismes contraignants pour stimuler la représentativité politique des femmes au Parlement et favoriser leur intégration dès la fondation des partis. Alors que l’accès des femmes aux postes de décision se heurte encore à d’importants blocages au sein des formations politiques, ces réformes législatives visent à concrétiser la marche vers la parité. Ce tournant électoral met désormais les états-majors partisans face à leurs responsabilités.

 

Un nouveau cadre électoral pour le scrutin du 23 septembre

Rabat se prépare pour un rendez-vous électoral important. Le 23 septembre 2026, le Maroc organisera ses élections législatives sous le signe d’une refonte significative de ses règles électorales. Le système électoral national vient d’instaurer des mécanismes supplémentaires. Ces nouvelles dispositions ont pour but de conforter la représentation féminine à la Chambre des Représentants et de structurer leur participation active à la vie partisane. Cette dynamique politique s’inscrit dans le cadre des objectifs de modernisation et de renforcement des institutions démocratiques. Selon les données officielles, ces orientations constituent des priorités nationales majeures établies depuis l’accession au Trône du Roi Mohammed VI.

 

Des circonscriptions exclusives et des incitations financières ciblées

Pour garantir une présence accrue de la gent féminine au sein de l’Hémicycle, le législateur marocain a revu l’organisation des circonscriptions. Plusieurs mesures phares se détachent de cette réforme, notamment la réservation des circonscriptions électorales régionales, autrefois mixtes, aux seules candidatures féminines. Ce mécanisme transitoire a été pensé pour permettre aux candidates de se familiariser avec le processus électoral et d’acquérir l’expérience politique requise afin de pouvoir briguer ultérieurement des mandats locaux. De plus, cette exclusivité régionale sécurise la présence féminine à la Chambre des Représentants, puisque tout siège vacant lors d’élections partielles ou par le jeu du mécanisme de remplacement sera systématiquement réattribué à une femme. Les candidates conservent néanmoins le droit légal de se présenter au niveau des circonscriptions locales.

En parallèle, l’État s’appuie sur le levier financier pour accélérer la féminisation de la représentation nationale. Le nouveau système électoral introduit des incitations financières substantielles destinées à soutenir les listes électorales régionales. L’octroi de ces aides financières est toutefois soumis à un critère strict. Les listes présentées par les partis politiques ou les candidates indépendantes doivent être exclusivement composées de femmes âgées de moins de 35 ans. Cette mesure vise à favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de femmes politiques au sein des instances représentatives.

 

Une féminisation obligatoire dès la genèse des partis

La réforme ne se limite pas à l’accès au Parlement, elle s’attaque également à la structure interne des partis politiques dès leur création. Selon les nouvelles dispositions législatives, la déclaration de constitution d’un nouveau parti politique exige désormais la présence d’au moins quatre femmes parmi les douze membres fondateurs nécessaires. De surcroît, les textes imposent que les femmes représentent un minimum d’un cinquième (soit 20 %) des membres fondateurs requis pour valider la création d’une organisation politique. Concrètement, pour un parti requérant un seuil de 2 000 membres fondateurs, au moins 400 femmes doivent figurer dans l’effectif fondateur. Ces exigences légales forcent une intégration plus inclusive des compétences féminines dès l’élaboration du paysage partisan national.

 

La trajectoire historique de la discrimination positive

Cette réorganisation globale est l’aboutissement d’une évolution progressive des outils de discrimination positive au Maroc. Comme le rappelle Karima Gharrad, chercheuse en sciences politiques et en droit constitutionnel, ces outils ont produit des résultats concrets depuis l’adoption de la liste nationale en 2002. À cette époque, le nombre de députées à la Chambre des Représentants était monté à 30, alors que l’institution ne comptait que deux femmes en 1993. Lors de la onzième Législature (2021-2026), la Chambre des Représentants comptabilisait 96 députées sur un effectif global de 395 membres. Cependant, l’analyse de ces chiffres révèle une forte dépendance aux mécanismes d’accompagnement. Sur ces 96 élues, 90 % avaient obtenu leur siège via les listes régionales, contre seulement six candidates ayant réussi à s’imposer en conduisant des listes locales.

 

Le défi de la formation et de la gouvernance interne

La chercheuse Karima Gharrad souligne que l’objectif d’atteindre un tiers de femmes à la Chambre des Représentants, étape clé vers la parité, dépendra de la volonté réelle des partis à s’ouvrir aux compétences féminines lors du choix des candidatures locales. D’après ses analyses, le soutien à la participation politique féminine doit impérativement débuter à l’intérieur même des partis politiques. À l’heure actuelle, les femmes n’occupent en moyenne que 20 % des postes de direction dans les bureaux politiques des différentes formations. Ce faible taux s’explique par la persistance de stéréotypes culturels tendant à considérer l’action politique comme un domaine exclusivement masculin, ce qui freine l’accès des femmes aux instances de décision interne.

Pour la chercheuse en droit constitutionnel, le véritable enjeu dépasse la seule augmentation arithmétique des sièges parlementaires. Pour que cette représentativité soit pleinement effective, il s’avère indispensable d’investir dans la formation politique des élues et de promouvoir activement leurs compétences au sein de l’Hémicycle. L’objectif final est de permettre aux députées d’assumer de hautes responsabilités décisionnelles au Parlement, que ce soit à travers la présidence des commissions permanentes, la participation aux missions d’enquête ou la conduite de missions exploratoires.


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