Législatives 2026 : 7.288 candidats pour 395 sièges, derrière les chiffres une bataille très inégale
1.850 listes, 28 formations et plus de 18 candidatures par siège : les chiffres du dépôt des candidatures révèlent une compétition intense, mais aussi de fortes différences de couverture entre les partis et les territoires

La Vérité
Les chiffres donnent immédiatement la mesure de la bataille. Pour les législatives du 23 septembre, 7.288 candidatures ont été enregistrées sur l’ensemble du Royaume, réparties sur 1.850 listes. Avec 395 sièges à pourvoir à la Chambre des représentants, cela représente une moyenne nationale de plus de 18 candidatures pour chaque siège.
Mais derrière ce ratio spectaculaire se cache une réalité plus complexe. Les 7.288 candidats ne disposent pas tous de la même implantation, de la même visibilité ni des mêmes moyens politiques. La véritable compétition se joue circonscription par circonscription, dans un paysage où certains partis ont choisi de couvrir presque tout le territoire tandis que d’autres concentrent leurs efforts sur un nombre plus limité de circonscriptions.
Plus de listes qu’en 2021
La progression est déjà visible dans les circonscriptions locales. Le ministère de l’Intérieur recense 1.615 listes locales regroupant 5.505 candidats, contre 1.472 listes et 5.046 candidats lors des législatives de 2021. Le nombre de listes progresse ainsi d’environ 9,7 %, tandis que celui des candidats augmente d’environ 9,1 %.
Cette hausse traduit une concurrence plus importante sur le terrain. Mais elle ne signifie pas automatiquement une multiplication des candidats capables de décrocher un siège. Dans chaque circonscription, le système électoral transforme une partie de cette abondance de candidatures en compétition réelle, tandis que d’autres listes peuvent surtout contribuer à élargir l’offre proposée aux électeurs.
C’est là que le chiffre de 7.288 doit être lu avec prudence. Il mesure l’ampleur de l’offre électorale, pas le nombre de candidats disposant des mêmes chances d’entrer au Parlement.
La géographie devient un premier indicateur de puissance
La répartition territoriale des candidatures permet justement de distinguer les partis qui disposent d’une implantation nationale de ceux dont la présence reste plus limitée.
Les 92 circonscriptions locales représentent 305 sièges. Quatre formations, le PAM, l’Istiqlal, le PPS et le PJD, ont présenté des listes dans l’ensemble de ces circonscriptions selon les données publiées sur les candidatures. Le RNI figure également parmi les formations ayant cherché une couverture très large, même si sa présence a été affectée par l’invalidation administrative d’une liste dans la région de Fès-Meknès.
Cette couverture territoriale constitue déjà un indicateur politique. Être présent dans une grande partie des circonscriptions signifie disposer de candidats, de structures locales et d’une capacité à mener campagne simultanément dans plusieurs territoires.
À l’inverse, une formation qui concentre ses listes sur certaines circonscriptions peut faire le choix d’une stratégie plus ciblée, en privilégiant les territoires où elle estime disposer d’un meilleur potentiel électoral.
Le nombre de listes devient ainsi un premier révélateur de la force organisationnelle des partis. Il ne suffit pas à prédire le résultat, mais il permet de mesurer leur capacité à transformer une ambition nationale en présence locale.
2.658 candidatures féminines, mais seulement 121 femmes à la tête de listes locales
Les chiffres racontent également une autre histoire, celle de la représentation des femmes.
Au total, 2.658 candidatures féminines ont été enregistrées, soit 36,47 % de l’ensemble des candidatures. Parmi elles, 1.783 se présentent dans les 12 circonscriptions régionales réservées aux femmes et 875 dans les circonscriptions locales.
La compétition y est particulièrement forte : les 235 listes régionales regroupent 1.783 candidates, soit près de 20 candidatures par siège.
Mais un autre chiffre mérite davantage d’attention. Dans les circonscriptions locales, seulement 121 listes sont dirigées par des femmes. Rapporté aux 1.615 listes locales déposées, cela représente environ 7,5 %.
Autrement dit, la présence féminine progresse fortement lorsqu’on additionne toutes les candidatures, mais elle reste beaucoup plus limitée lorsqu’on regarde la capacité à diriger une liste dans les circonscriptions locales.
Cette différence entre présence et leadership constitue l’un des enseignements politiques des chiffres de 2026.
Les sortants entrent eux aussi dans la bataille
Autre élément à prendre en compte : 227 membres du Parlement actuel se représentent. Le groupe comprend 204 députés, 20 députées et trois membres de la Chambre des conseillers.
La campagne oppose donc à la fois des candidats cherchant à entrer pour la première fois au Parlement et des élus qui tentent de conserver leur siège.
Pour ces derniers, la campagne prend une dimension particulière : ils doivent défendre leur bilan local et national face à des candidats qui peuvent, eux, transformer les attentes ou les frustrations des électeurs en argument de campagne.
7.288 candidats, mais une seule véritable question
Les chiffres du ministère de l’Intérieur permettent finalement de dépasser la simple comptabilité électorale.
Avec 1.850 listes, 7.288 candidatures et 27 formations engagées, l’offre politique est particulièrement large. Mais l’enjeu du scrutin ne sera pas de savoir combien de candidats ont réussi à déposer une liste. Il sera de déterminer quels partis ont réussi à transformer cette présence en implantation électorale et cette implantation en sièges.
Les 395 places de la Chambre des représentants constituent le véritable filtre. Entre les grandes formations disposant d’un maillage territorial important, les partis qui concentrent leurs efforts sur certaines circonscriptions et les candidats indépendants présents sur deux listes locales, la compétition sera loin d’être uniforme.
Le chiffre de 7.288 raconte donc une première histoire : celle d’une offre électorale abondante. La seconde, beaucoup plus importante pour comprendre le scrutin du 23 septembre, se jouera dans les circonscriptions : qui dispose réellement d’un appareil local, qui peut mobiliser les électeurs et, surtout, qui peut convertir cette présence en sièges ?
C’est à ce niveau que la bataille des législatives 2026 prendra tout son sens.

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