L’économie des effets

Par Sanae El Amrani
Pendant longtemps, la performance économique du Maroc s’est appréciée à travers quelques grands indicateurs : la croissance, l’inflation, le déficit budgétaire ou encore la solidité du système financier. Ces équilibres demeurent essentiels. Ils ont permis au Royaume de renforcer sa résilience, de gagner en crédibilité et d’accompagner un cycle d’investissements majeurs dans les infrastructures, l’industrie, l’énergie, les ressources hydriques et la protection sociale, malgré un environnement international particulièrement instable.
Aujourd’hui, une nouvelle exigence s’impose. Les performances macroéconomiques trouvent leur pleine portée lorsqu’elles se traduisent par davantage d’investissements privés, d’emplois qualifiés, de gains de productivité, d’innovation et d’amélioration du niveau de vie. C’est cette évolution qui structure désormais le débat économique.
Le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib s’inscrit pleinement dans cette lecture. Au-delà d’une croissance de 4,9 % et d’une inflation ramenée à 0,8 %, il rappelle que ces performances ne suffisent plus, à elles seules, à mesurer le progrès économique lorsque le chômage demeure élevé et que la création d’emplois peine à suivre le rythme de l’investissement. La prochaine étape repose sur la capacité du pays à convertir ses acquis en effets durables pour l’économie réelle. Les grands équilibres ont vocation à soutenir plus efficacement les entreprises, les territoires et les citoyens, afin d’accompagner une croissance plus créatrice de valeur.
Le Maroc dispose aujourd’hui de nombreux atouts. Une base industrielle qui se renforce, des infrastructures de premier plan, un système financier en développement, une position géographique stratégique et les investissements engagés dans les filières de l’automobile, de l’aéronautique, des batteries électriques, des énergies renouvelables ou encore du dessalement de l’eau de mer offrent des perspectives solides. Cette dynamique crée aussi une responsabilité nouvelle : améliorer la qualité de la croissance autant que son rythme.
Les prochaines années seront appréciées à travers la capacité des investissements à créer davantage de valeur, à renforcer la compétitivité, à stimuler l’innovation et à ouvrir de nouvelles perspectives d’emploi. C’est à cette condition que les performances économiques se traduiront pleinement dans l’activité des entreprises, le pouvoir d’achat, l’emploi et le développement des territoires. L’économie des effets constitue désormais le véritable rendez-vous de la prochaine décennie.

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