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L’eau, enjeu central du conflit entre Inde et Pakistan: comprendre la montée des tensions

Par Fayçal El Amrani


Les tensions entre l’Inde et le Pakistan ont atteint un niveau critique ces dernières semaines, avec l’eau au cœur des affrontements. Un bien précieux et rare dans la région, devenu symbole de souveraineté et de survie économique, mais aussi une arme géopolitique dans un conflit vieux de près de huit décennies.

Une escalade déclenchée par un attentat et des décennies de rivalité

Le 25 avril 2025 , la mort de 26 touristes hindous dans un attentat attribué à des extrémistes pakistanis à Cachemire a provoqué une réaction musclée du Premier ministre indien Narendra Modi. Ce dernier a annoncé la suspension du Traité des eaux de l’Indus , un accord historique signé en 1960 sous l’égide de la Banque mondiale, qui répartissait les ressources en eau entre les deux pays.

Mais cette décision s’inscrit dans un contexte plus large : depuis l’indépendance des deux nations en 1947, le Cachemire reste un point chaud de tensions. La région, divisée entre l’Inde et le Pakistan depuis 1947, est un territoire stratégique tant pour son accès aux sources fluviales que pour sa symbolique nationale . « Le Cachemire cristallise les rivalités historiques et géopolitiques », explique Franck Galland, spécialiste des conflits hydriques.

Pourquoi l’eau est-elle stratégique ?

Le fleuve Indus, qui prend sa source au Tibet et traverse le Cachemira avant d’atteindre le Pakistan, est vital pour plus de 220 millions de personnes. Selon le traité de 1960, environ 80 % de l’eau de surface pakistanaise provient de rivières indiennes, essentielles à l’agriculture (70 % des cultures pakistanaises) et à la production d’énergie hydraulique.

En détournant temporairement certains flux vers ses propres barrages, l’Inde a non seulement privé Islamabad d’eau potable, mais aussi de ressources pour l’irrigation, l’énergie et le transport fluvial . Cette manœuvre, perçue comme une « punition économique » par Islamabad, menace de paralyser un secteur agricole déjà fragilisé par des sécheresses récurrentes et une gestion inefficace des canaux d’irrigation

Vers une crise humanitaire au Pakistan ?

Le Pakistan, classé parmi les dix pays les plus vulnérables au stress hydrique selon le World Resources Institute (WRI), pourrait connaître une catastrophe alimentaire et économique. La surexploitation des sols dans le Pendjab, l’inefficacité des canaux d’irrigation et la pollution des nappes phréatiques aggravent une situation déjà critique.

« Si l’Inde coupe durablement l’eau, ce serait un coup fatal pour notre économie », prévient un expert pakistanais cité par The Dawn . En 2024, 40 % des 240 millions de Pakistanais vivaient déjà sous le seuil de pauvreté, et la dépendance à l’agriculture rend le pays extrêmement vulnérable.

L’eau comme arme de guerre : un précédent inquiétant

La rupture du Traité des eaux de l’Indus marque un tournant majeur. Jusqu’ici, cet accord, malgré les conflits militaires et terroristes, avait résisté aux tensions. « L’eau était un pilier de coopération, même fragile », rappelle la Banque mondiale, qui craint désormais une escalade incontrôlable.

Mais pour New Delhi, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large : « L’eau de l’Inde coulera désormais exclusivement pour le progrès indien », a martelé Modi, affirmant que les barrages indiens génèrent 25 % de l’énergie renouvelable du pays. Pour Islamabad, c’est une déclaration de guerre économique.

Appels à une gouvernance mondiale de l’eau

Face à cette crise, le Forum économique mondial insiste sur l’urgence d’une coopération transfrontalière et d’une gestion équitable des ressources. Plus de 50 % du PIB mondial est menacé par la pénurie d’eau, nécessitant des investissements massifs en infrastructures résilientes et une planification nationale intégrant la sécurité hydrique.

« L’eau ne doit pas être une arme, mais un pilier de paix », souligne un rapport récent, plaidant pour des mécanismes internationaux contraignants. De l’Asie du Sud à l’Espagne, où des projets ambitieux sont lancés, la résilience hydrique s’impose comme une priorité planétaire.

Un conflit aux répercussions globales

La rupture du Traité des eaux de l’Indus illustre comment les ressources naturelles, exacerbées par le changement climatique, deviennent des leviers de pouvoir. Dans un monde confronté à la raréfaction des ressources, la coopération plutôt que la confrontation s’impose comme la seule voie viable.


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