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Le théâtre marocain perd l’une de ses grandes figures

Le dramaturge, metteur en scène et cinéaste marocain Nabyl Lahlou est décédé jeudi 7 mai 2026 à Rabat, à l’âge de 81 ans. Avec sa disparition, la scène culturelle marocaine perd l’un des artistes les plus singuliers de plusieurs générations, un créateur qui aura profondément marqué l’histoire du théâtre national par son écriture, sa liberté de ton et sa manière de penser la scène comme un espace de réflexion intellectuelle autant qu’artistique.

Par Kenza El Mdaghri


Né à Fès en 1945, Nabyl Lahlou appartient à cette génération d’artistes marocains qui ont accompagné les grandes transformations culturelles du pays après l’indépendance. Formé en France à l’École Charles Dullin de l’Université du Théâtre des Nations, il débute son parcours dans un contexte où le théâtre marocain cherche encore ses repères, son langage et ses formes propres. Très tôt, il développe une approche personnelle, souvent exigeante, loin des registres classiques du divertissement populaire.

Son parcours se construit entre écriture dramatique, mise en scène, cinéma et réflexion culturelle. Au fil des décennies, il s’impose comme une figure à part dans le paysage artistique marocain, avec une œuvre marquée par la satire, le questionnement politique, l’expérimentation scénique et une forte présence de l’absurde. Plusieurs de ses pièces deviennent des références pour toute une génération de comédiens, de metteurs en scène et d’étudiants en art dramatique.

Dans les années 1970 et 1980, alors que le théâtre marocain connaît une phase d’effervescence intellectuelle importante, Nabyl Lahlou participe à l’émergence d’une création plus critique et plus contemporaine. Son travail contribue à installer de nouvelles formes d’écriture théâtrale, mêlant langue arabe, français, ironie sociale et regard politique sur les mutations du Maroc urbain et institutionnel.

Son parcours artistique s’étend également au cinéma, où il développe un univers très personnel. Producteur, réalisateur, scénariste et parfois acteur de ses propres films, il choisit souvent des productions indépendantes, portées par une vision d’auteur assumée. Sa filmographie comprend notamment Al Qonfodhi, Ibrahim Yach, Koumani, Nahiq Al Rouh ou encore Années d’exil, œuvres qui ont accompagné plusieurs débats autour du cinéma marocain d’auteur et de la place de la création indépendante.

Au-delà des œuvres elles-mêmes, Nabyl Lahlou représentait aussi une certaine idée de l’artiste marocain. Une figure intellectuelle attachée à la liberté de création, à la place de la culture dans le débat public et à la nécessité d’un théâtre capable d’interroger la société. Plusieurs artistes lui reconnaissent d’ailleurs un rôle important dans la transmission et dans l’accompagnement de jeunes générations de comédiens et de créateurs.

Sa disparition intervient quelques semaines seulement après sa dernière apparition artistique au Théâtre Mohammed V de Rabat, où sa pièce « Macha Machmecha trid dawra fi film mouhakamat Socrate » avait attiré l’attention du public culturel et des critiques. Cette présence récente sur scène donnait encore l’image d’un artiste resté profondément attaché au théâtre malgré l’âge et les évolutions du paysage culturel.

Depuis l’annonce de son décès, plusieurs hommages ont émergé dans les milieux artistiques, universitaires et culturels marocains. Comédiens, réalisateurs, écrivains et anciens collaborateurs saluent un homme de culture qui aura traversé plusieurs décennies de création sans jamais abandonner son indépendance artistique.

Avec Nabyl Lahlou disparaît l’une des grandes mémoires du théâtre marocain contemporain, une voix qui aura accompagné les débats culturels, politiques et esthétiques d’un Maroc en pleine transformation.


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